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Abus sexuels de ses médecins: l’OMS aurait tenté d’étouffer l’affaire

Fin 2020, un gros scandale d'abus sexuels a entaché l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Directement mise en cause, la direction genevoise a réagi en ouvrant une enquête. De nouveaux éléments dévoilent que les responsables étaient déjà au courant des abus et dans quelle mesure ils les auraient étouffés.
15.05.2021, 18:5916.05.2021, 09:07
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Malgré son importance stratégique dans la résolution des problématiques humaines, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est également confrontée à de graves dérapages internes. C’est du moins ce que révèle l’agence Associated Press (AP), documents à l’appui, dans le cadre du scandale majeur d’abus sexuels dont des travailleurs humanitaires se seraient rendus coupables entre août 2018 et juin 2020, alors qu’ils étaient déployés en République démocratique du Congo (RDC) pour lutter contre l’épidémie Ebola.

C’est l’année dernière que l’affaire a été révélée. Pas moins de 51 femmes ont témoigné d’abus sexuels répétés, de chantage à l’emploi, de viol et d’exploitation sexuelle notamment. Certaines seraient même tombées enceintes de leurs bourreaux. La direction de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus en tête, s’était alors dit «choquée» et avait affirmé ouvrir une enquête poussée. Cependant, l'Associated Press (AP) révèle cette semaine que la direction de l'OMS a non seulement été informée de l'inconduite sexuelle présumée en 2019, mais a été invitée à «s'occuper» de la situation.

Selon l’enquête de l'AP, il n’y aurait pas que des travailleurs humanitaires subordonnés parmi les malfaiteurs présumés, mais également deux médecins employés par l’Organisation mondiale de la santé. Tous deux ayant été dénoncés à l’OMS et plus précisément au manager, le Dr. Michel Yao, via des e-mails de plaintes.

Ce dernier n’a pas pris de mesures ni pour le premier, considéré comme intouchable grâce à sa relation privilégiée avec Tedros, ni pour le second. Yao a «depuis été promu au poste de directeur du département des opérations stratégiques de santé de Genève», écrit l’Associated Press.

«Huit hauts fonctionnaires ont reconnu en privé que l'OMS n'avait pas réussi à lutter efficacement contre l'exploitation sexuelle pendant la flambée d'Ebola et que le problème était systémique»
Enregistrements de réunions internes

«Nous nous doutions peut-être tous, depuis le début de la gestion du virus Ebola, que quelque chose comme cela serait possible», a déclaré Andreas Mlitzke, directeur du bureau de la conformité, de la gestion des risques et de l'éthique de l'OMS, lors d'une réunion interne en novembre. Mlitzke a comparé les responsables de l'Organisation mondiale de la santé au Congo à «une force d'invasion» et a déclaré: «Historiquement, ce genre de choses se produit en temps de guerre».

Depuis la publication de l’enquête, le 12 mai, des diplomates britanniques, européens et américains sont montés au créneau pour dire leur inquiétude face à la manière dont l’Organisation mondiale de la santé a géré cette situation. Ils ont tapé du poing sur la table afin que toute la lumière soit faite sur cette histoire:

«Le Royaume-Uni a une approche de tolérance zéro en matière d'exploitation et de harcèlement sexuels - et cela s'étend à toutes les organisations internationales que nous finançons. Nous nous entretenons avec l'OMS et d'autres grands donateurs de toute urgence pour établir les faits»
Simon Manley, ambassadeur du Royaume-Uni auprès des Nations unies à Genève

La Grande-Bretagne est le troisième plus grand donateur de l'OMS, après les États-Unis et la Fondation Bill & Melinda Gates.

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source: sda / eraldo peres
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