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Pierre-Emmanuel Barré, ce «sale con» que personne n'assume

Pierre-Emmanuel Barré
Pierre-Emmanuel Barré a claqué la porte de France 5.dr

Personne ne veut assumer ce «sale con» d'extrême gauche

Après avoir déglingué Hanouna et embarrassé le service public, Pierre-Emmanuel Barré a claqué la porte de France 5, ce week-end. L'humoriste sans gant, qui déteste Macron et tape sous la ceinture, se considère une nouvelle fois censuré. Que va-t-on faire de cet anarchiste que Marina Rollmann avait dû remplacer sur France Inter en 2017?
30.01.2023, 18:5931.01.2023, 06:45
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Sur les ondes de France Inter, il y a les blagues végétariennes et syndiquées de Guillaume Meurice. Jadis, on pouvait équilibrer en s'envoyant l'humour tout aussi vert (mais de rage) de Pierre-Emmanuel Barré. Les deux sont très à gauche. Les deux sont très populaires. Les deux évitent la viande une fois à table. Mais seul le premier est capable de garder un boulot sur le service public français.

Ce n'est pourtant pas faute d'essayer et la dernière tentative est toute fraîche. Mais après seulement trois chroniques corrosives, le gentleman cash et breton (pléonasme?) a claqué la porte de l'émission C L’Hebdo sur France 5. Avec un tweet qui situe bien sa ligne éditoriale, puisqu'il coince la pauvre première dame dans son seul âge, pour suggérer que la chaîne ne lui a pas permis de se ruer sur son cas.

«Au revoir la télé! Il semblerait que contrairement à ses élèves, Brigitte Macron soit intouchable. A bientôt ailleurs :)»

Elle est facile, mais c'est factuel: Barré s'est encore barré. De son plein gré. Après France Inter en 2017 (nous y reviendrons), France 5 en 2023. Dans le Parisien du samedi, l'humoriste explique la raison (officielle) de sa fuite: «On m’a demandé d’enlever trop de choses dans ma chronique pour que ce soit acceptable de mon côté». Et France Télévisions ne souhaite pas qu’elle soit diffusée.»

L'affaire Hanouna

Aux commandes de l'émission pourtant, son grand pote Ali Baddou, qu'il avait fréquenté avec succès sur Canal +. C'est dire si sa grossièreté AOC n'était un secret pour personne. Le Parisien a fouiné dans les open-space du service public, manifestement embarrassé par les balles réelles du Breton: son «humour ne correspond pas au style de la chaîne». C'est tout?

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Pas vraiment. Le 21 janvier dernier, c'est Cyril Hanouna qui s'est mangé les bourrasques diaboliques d'un Barré toutes voiles dehors, empruntant peu ou prou la totalité du lexique ayant trait au sexe oral pour défoncer la star de C8. Sans oublier la ligne de coke et l'air débile. Bref, ça tape fort.

«Qu’est-ce qu’ils ont tous à lui polir le gland à Hanouna?»
Pierre-Emmanuel Barré.

Le taulier de TPMP, qui s'est récemment montré hostile au service public, s'est empressé de qualifier notre homme de «guignol qui a fait un sketch nullissime». Attendu, mais suffisant pour faire dire à certains que son influence dans les dédales du Tout-Paris a eu raison de l'humoriste. La chronique en question a, depuis, disparu du site et du compte Twitter de la chaîne.

En voici un extrait:

Vidéo: watson

L'affaire France Inter

Depuis son auto-éviction de France Inter en 2017, Pierre-Emmanuel Barré a compris que le service public n'envoie pas toujours les plats sans avoir goûté avant. Le petit check d'usage qui peut éviter le procès. A l'époque, le trentenaire déboulait hirsute dans la Bande Originale, pour hurler sa colère contre le pouvoir. En vrac, Macron est un connard, le capitalisme pue du cul et l'humanité court à sa perte. Le tout, dans un micro qui ne tolère, d'ordinaire, que les postillons inoffensifs de la team à Nagui.

Durant la campagne d'entre-deux-tours, l'animateur avait stoppé net cet ancien étudiant en biologie, jugeant le moment peu propice pour griffer Emmanuel Macron en direct. Avant de lui proposer de revenir le lendemain, armée du même texte. Trop tard. Barré s'était déjà barré, fomentant la diffusion de sa chronique sur son compte Facebook. Un carton (comme le micro aux couleurs de France Inter qu'il s'était bricolé pour l'occasion): huit millions de vues en quelques jours et les débuts tonitruants (mais dans la marge) de l'un des humoristes les plus populaires de sa génération.

La fameuse chronique «censurée»

Vidéo: youtube

Faux méchant, vrai sensible

Clivant. Il n'y a pas vraiment d'autres mots. Pour beaucoup, les gesticulations verbales de Pierre-Emmanuel Barré sont cathartiques. De l'ordre du «Putain, il a osé». Quand ces ennemis ne voient que le gauchiste pipi-caca agaçant. Le service public, lui, joue à se faire peur en engageant cet insortable blaguiste populaire et rentable, sans l'assumer jusqu'au bout une fois lâché à l'antenne. «Rhââââ, moi je l'aime pas», nous dira même ce collègue pourtant gourmand d'irrévérence politique.

Pour dire, de 2012 à 2017, à chaque fois qu'on lui tendait le crachoir, la France entière (ou Inter) se bouchait les oreilles par avance, comme des enfants devant des pétards du 1er Août. Gorgés d'excitation et d'appréhension à l'idée de connaître sa prochaine victime et la teneur de ses assauts scato-anarchistes.

«La vulgarité, je sais faire et j’ai la chance qu’il soit facile de trouver une métaphore entre la politique et le système digestif»
Pierre-Emmanuel Barré.

Pierre-Emmanuel Barré est un «sale con». C'est son blase sur Twitter et le titre de son tout premier seul-en-scène en 2007. Au Monde, ce fils de psychiatre (sa mère) offrait il y a quelques années sa définition personnelle du sale con: «Volontairement taquin, méchant, fait de l’humour un peu stupide sans se croire intelligent.» Le connard d'extrême gauche, il en joue. Beaucoup. Mélenchon, à côté, est un océan de sérénité.

Un personnage tout trouvé pour gueuler contre tout ce qui l'empêche de dormir, en s'économisant un détour par la finesse. Pierre-Emmanuel ne vote pas, mais il rote. Niveau jauge de provocation, c'est un peu la lame aiguisée de Gaspard Proust plantée dans la main de Philippe Poutou. Plus volontiers PMU que Lutetia. Niveau bêtise con-con, c'est le Didier Super de l'actualité. Et puis, comme notre Alexandre Kominek national, s'il fait son «bâtard sensible», c'est pour mieux se protéger. Ressort classique des anxieux qui réfléchissent.

Remplacé par Marina

Ce faux méchant, passé par le prestigieux cours Florent, préfère les chroniques drôles et bêtes que l’inverse. «Sinon on devient un éditorialiste et c'est chiant.» Dans les studios de France Inter, en 2017, c'est l'élégance coriace d'une certaine Marina Rollmann qui a été dépêchée, pour remplacer la vulgarité de Barré au pied levé.

«Il y a chez ces auditeurs mécontents, une nostalgie du style… C’est vrai que Pierre-Emmanuel avait un côté un peu outrancier très rigolo. Y’avait beaucoup de métaphores sexuelles un peu osées. Et là c’est vrai que moi, je ne vaux rien.»
Marina Rollmann, taquine, dans sa première chronique sur France Inter.

Malgré sa propre éviction des radars médiatiques traditionnels, Pierre-Emmanuel Barré remplit les salles et rameute sur réseaux sociaux. Un peu comme Dieudonné, mais sans les pensées nauséabondes et les détours par les tribunaux.

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En 2022, il avait dégoupillé des grenades faites (à la) maison, sorte de journal corrosif de campagne présidentielle. Dans son équipe, sa compagne GiedRé, la célèbre chanteuse française aux refrains... salaces. L'amour a décidément ses raisons que la radio et la télévision ignorent. Pour Barré, il n'a jamais été question de ne plus rien pouvoir dire, mais de le faire là où c'est autorisé. Sans s'acharner. Surtout, sans rédacteur en chef en sueur sur l'épaule. Et depuis ce week-end, ce n'est plus sur France 5.

Calme-toi mère Nature
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