Giorgia Meloni prépare son prochain coup politique
Depuis plusieurs semaines, la Ville éternelle étouffe sous une chaleur accablante. C'est pire encore dans le centre historique, au pied des célèbres sept collines, notamment sur la Piazza Colonna, où se dresse le Palazzo Chigi, siège du gouvernement italien. Pas le moindre souffle d'air ne vient rafraîchir cette place dominée par la colonne de Marc Aurèle. Même constat dans la cour intérieure du Palazzo Chigi: l'air est immobile et la chaleur suffocante.
A seulement 700 mètres de là, sur la colline du Quirinal, les températures sont nettement plus supportables. Une brise venue de la mer y apporte presque toujours un peu de fraîcheur. Les papes, qui savaient parfaitement où trouver un peu de répit durant les étés romains, y avaient autrefois établi leur résidence. Aujourd'hui, c'est le président de la République italienne qui occupe cet imposant palais.
En pleine canicule, la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a soudain évoqué publiquement l'idée de quitter le Palazzo Chigi pour le palais du Quirinal. «Rien ne dit que ce grand tabou ne puisse pas être brisé et que l'Italie ne puisse pas avoir un président de la République qui ne soit pas issu du centre gauche», a-t-elle déclaré, lundi soir, sur la chaîne Rete 4, proche du gouvernement.
Un tel scénario serait évidemment «terrible pour une certaine partie de l'establishment», a poursuivi Giorgia Meloni. «Mais ce serait aussi l'occasion de rappeler une évidence: ne pas être de gauche ne fait pas de vous un citoyen de seconde zone.»
En réalité, Giorgia Meloni nourrit depuis longtemps déjà des ambitions présidentielles. Mais selon le quotidien La Verità, proche du gouvernement, un véritable «plan M» serait désormais sur la table.
Concrètement, ce plan prévoit une succession rapide: la coalition de droite remporte les élections législatives de 2027 et Giorgia Meloni est reconduite à la tête du gouvernement. Deux ans plus tard, en février 2029, à l'expiration du mandat du président Sergio Mattarella, elle se fait élire à la présidence de la République par les deux chambres du Parlement réunies en séance commune. Selon ces informations, son successeur à la tête du gouvernement est déjà tout désigné: Alfredo Mantovano, son fidèle secrétaire d'Etat.
La première femme à la tête de l'Etat italien
Si ce scénario se concrétise, Giorgia Meloni entrerait dans l'histoire comme la première femme à avoir dirigé le gouvernement italien, mais aussi comme la première femme à accéder à la présidence de la République. Avant de réaliser cette ambition, elle devra toutefois franchir un premier obstacle: les élections législatives de l'an prochain.
Rien ne garantit qu'elle parviendra à rééditer son succès de 2022. Cette fois-ci, les partis d'opposition ne lui feront sans doute pas le cadeau de faire campagne séparément et de lui offrir une nouvelle victoire. De plus, Giorgia Meloni doit composer avec un sérieux concurrent: l'ancien général Roberto Vannacci, leader du nouveau parti d'extrême-droite Futuro Nazionale, déjà crédité de 6% des intentions de vote, essentiellement au détriment de la coalition de droite de Giorgia Meloni.
Elle a tenté une manœuvre
Dans un premier temps, la cheffe du gouvernement espérait améliorer ses chances de réélection en modifiant la loi électorale. Elle a notamment introduit une prime majoritaire accordée à la coalition victorieuse: même avec moins de 50% des voix, celle-ci aurait obtiendrait automatiquement 55% des sièges au Parlement. Mais plus Roberto Vannacci gagne en influence, moins cette réforme électorale semble en mesure d'assurer la victoire de la droite.
Pis encore: en cas de courte défaite de la droite, c'est l'opposition qui bénéficierait de cette prime majoritaire, réduisant à néant les chances de Giorgia Meloni d'accéder un jour à la présidence de la République. Résultat: plus l'ancien général gagne du terrain, plus l'ardeur de la coalition de droite à faire adopter cette réforme électorale s'émousse.
Un accord avec l'ami de Poutine?
Sur le papier, la solution la plus simple serait d'intégrer Roberto Vannacci à la coalition gouvernementale. Mais cette hypothèse paraît peu probable. En s'alliant à cet admirateur de Vladimir Poutine et adversaire déclaré de l'Union européenne, Giorgia Meloni perdrait toute crédibilité à Bruxelles.
Les observateurs romains spéculent donc sur une solution très italienne: un «accordo sottobanco», c’est-à-dire un pacte secret entre Meloni et l’ancien général. Le principe serait simple: Giorgia Meloni continuerait officiellement d'afficher sa ligne de fermeté vis-à-vis de Roberto Vannacci. En contrepartie, Futuro Nazionale obtiendrait quelques postes de choix et d'autres avantages, puis voterait pour Giorgia Meloni lors de l'élection du successeur de Sergio Mattarella
Le soutien des élus de Roberto Vannacci pourrait ainsi permettre à Giorgia Meloni de réaliser son rêve présidentiel, même en cas de courte défaite aux élections législatives. Elle pourrait ensuite toujours nier, la main sur le cœur, avoir bénéficié de l'appui de l'ancien général. L'élection du président de la République présente en effet un avantage de taille: le vote est secret. (trad.: mrs)
