L'Ukraine a trouvé comment saboter la puissance de l'armée russe
L'avancée russe en Ukraine s'est presque arrêtée. Seules la ville stratégique de Kostiantynivka, à l'est, et la petite ville de Houliaïpole, sur le front sud, voient encore le corps d'invasion de Vladimir Poutine progresser. D'ailleurs, Kostiantynivka devrait tomber dans un avenir proche entre les mains des Russes.
Les gains territoriaux des forces du Kremlin paraissent néanmoins dérisoires, surtout comparés à l'immense tribut humain qu'ils ont coûté. Le groupe d'observateurs ukrainien Deep State, connu pour ses estimations prudentes, arrive à un total d'un peu plus de 700 kilomètres carrés conquis par la Russie cette année. C'est un peu moins que la superficie du canton de Neuchâtel.
Peu de progrès et toujours plus de morts
En septembre 2024, les avancées russes avaient atteint un record de 41 kilomètres carrés par jour. Les troupes de Poutine se rapprochaient alors du carrefour logistique de Pokrovsk, dans le Donbass, conquis depuis.
En mai, en revanche, ce chiffre n'était plus, selon Deep State, que d'un demi-kilomètre carré, et en juin, jusqu'ici, de moins de deux kilomètres carrés par jour. Il est important de noter que les observateurs occidentaux estiment les gains territoriaux de la Russie à un niveau encore bien plus faible. Ainsi, le centre de recherche washingtonien Institute for the Study of War (ISW) évalue la superficie des territoires conquis cette année par Moscou en Ukraine à seulement 100 kilomètres carrés environ.
Si l'on en croit le ministre ukrainien de la défense Mykhaïlo Fedorov, les pertes russes par kilomètre carré conquis ont bondi en un an, passant de 67 morts à 179 actuellement. Cela s'explique principalement par la supériorité aérienne ukrainienne en matière de drones, qui prévaut sur de nombreux secteurs du front et qui est responsable d'une grande partie des pertes.
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Comme ces drones enregistrent des vidéos de leurs attaques, qui sont analysées en permanence par l'état-major ukrainien, les forces de Kiev disposent de chiffres assez précis sur les pertes réelles des Russes. La situation était différente au début de la guerre, lorsque la plupart des morts et des blessés des deux camps étaient dus aux tirs d'artillerie.
Le blocage de Starlink, l'infortune des Russes
Les statistiques sur les territoires conquis ou perdus occultent cependant peut-être des évolutions décisives pour l'issue de la guerre.
Je suis assis avec un jeune major ukrainien en civil, une bière à la main, dans un parc, et je lui demande comment il évalue la situation actuelle par rapport à celle d'il y a un an. Le major, au crâne quasi rasé, hésite, balançant la tête, et se dérobe à une réponse claire. Puis il finit me par dire, en riant:
A la différence des quadricoptères bon marché, utilisés à proximité immédiate du front, la portée des drones à moyenne portée se situe entre 20 et 200 kilomètres. Il s'agit de drones à voilure fixe propulsés par hélice. Dans ce domaine, les Russes ont longtemps eu une longueur d'avance, par exemple avec leur Molnia (Eclair) ou leur Lancet (Lancette).
L'hiver dernier, les Russes ont équipé certaines versions du Molnia d'antennes Starlink. Ils ont ainsi causé des dégâts considérables le long des lignes d'approvisionnement de Kiev. Les envahisseurs faisaient alors avec la logistique ukrainienne exactement ce que les Ukrainiens font désormais, par exemple, dans le corridor terrestre qui relie la Russie à la péninsule occupée de Crimée.
Le tournant est survenu après que le ministre de la défense Mykhaïlo Fedorov a téléphoné au patron de Starlink, Elon Musk, et que ce dernier a commencé, début février, à bloquer tous les terminaux Starlink russes en Ukraine.
Un point faible de la Russie découvert
Depuis lors, la situation s'est inversée, et des centaines de véhicules de ravitaillement et de camions-citernes russes ont été réduits en flammes. La Crimée connaît désormais une grave pénurie de carburant. Selon des médias russes, les réservations d'hôtels y ont littéralement chuté au début de la saison balnéaire.
Les conséquences seront plus graves encore pour le ravitaillement du corps d'invasion dans le sud et le sud-est de l'Ukraine. Si les frappes ukrainiennes se poursuivent et que les Russes ne trouvent pas de contre-mesure, la puissance de combat des unités touchées par la pénurie d'approvisionnement va diminuer. Cela vaut aussi pour les unités de drones russes, si leurs générateurs électriques ne peuvent plus recharger de batteries sans livraisons de carburant.
Sans batteries, les drones ne peuvent pas voler, et sans électricité, les écrans des bunkers de commandement restent noirs.
Cela pourrait, en été ou en automne, ouvrir un espace pour des contre-offensives ukrainiennes. Pour l'heure, Kiev dispose d'un avantage, notamment grâce aux drones à voilure fixe américains Hornet, car les pilotes peuvent confier le pilotage sur le dernier kilomètre à une intelligence artificielle. Ce logiciel moderne aide également à la détection des cibles. Le Hornet (Frelon, en français) a été développé par l'entreprise de l'ancien patron de Google et milliardaire Eric Schmidt.
Une défense antimissile affaiblie
Le talon d'Achille de Kiev reste en revanche la défense antimissile. En raison de la guerre américaine contre l'Iran et de l'attitude hostile de Trump envers l'Ukraine, les systèmes de défense tels que le Patriot américain font défaut.
Alors que les Ukrainiens abattent, grâce à des drones intercepteurs, un nombre croissant de drones russes à longue portée, qui attaquent surtout de nuit, ils sont désormais presque sans défense face aux missiles balistiques. Une variante moins coûteuse du Patriot est certes en cours de développement par les Ukrainiens, mais on ne sait pas encore quand elle sera opérationnelle.
Pourtant, un coup d'œil sur Kiev et Odessa laisse douter que les frappes de missiles russes puissent provoquer un tournant dans la guerre. Il faut chercher longtemps dans ces métropoles avant de tomber (hormis des vitres brisées) sur des dégâts importants. C'est le cas par exemple du musée de Tchernobyl, dans le quartier de Podil à Kiev, qui a été presque entièrement détruit.
La tentative de Vladimir Poutine de mettre l'Ukraine à genoux avec l'aide de Trump a échoué. Comme l'a récemment formulé l'ancien président ukrainien Petro Porochenko dans une interview, désormais, le temps joue plutôt en faveur des défenseurs que des agresseurs.
