«Trump va tricher, mais on fait tout pour l’en empêcher»
watson sur la route des Midterms 🇺🇸
C’est quoi le mood aux Staaaates? Afin de mieux cerner l’état d’esprit des Américains, watson a décidé de prendre la route de Seattle (Washington) à Austin (Texas).
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Les Etats-Unis renouvelleront leur Chambre des représentants le 3 novembre prochain dans un climat politique tendu et avec un président Trump qui sait qu’il peut trébucher.
Armé de petites histoires pour mieux comprendre la grande, watson sillonne un pays que l’on croit connaître, secoué, mal-aimé et inquiet pour son avenir. Sans oublier, au passage, ses amusantes curiosités culturelles. Welcome on board!
Samedi 17 octobre au matin, le thermomètre affiche -3º à West Yellowstone. Malgré ses 1414 habitants, ce petit patelin du Montana n’a rien d’un trou perdu. Comme son nom l’indique, la bourgade est la porte d’entrée la plus prisée de l’un des parcs nationaux les plus populaires des Etats-Unis. A quelques enjambées de là, le clou du spectacle, à savoir les fameux geysers plébiscités par des millions de touristes chaque année.
Quand on apprend à Joey que l’accès au parc coûte désormais 100 dollars de plus aux visiteurs étrangers, selon la volonté de Donald Trump, il nous tend immédiatement une solution: «Oh, sorry to hear that... essayez d’emprunter le pass annuel d’un habitant du coin!» Joey, lui, n’est pas là pour jouer au touriste. Posté au bord de la route qui mène à l’entrée de Yellowstone, et malgré un froid de grizzli, ce retraité planqué sous son bonnet est en mission: promouvoir le vote anticipé en prévision des élections de mi-mandat, sous l’égide du gigantesque mouvement citoyen «No Kings».
Ses armes? Des pancartes, une vingtaine de camarades emmitouflés et une foi inébranlable en la démocratie, malgré des temps particulièrement difficiles. On ose la question qui fâche: «Est-ce que ça sert réellement à quelque chose de se geler les miches pendant deux heures pour brandir des slogans aux automobilistes pressés de profiter de leur week-end?»
Ce samedi 17 octobre, tout le pays, de New York à Los Angeles, a été le théâtre de manifestations «No Kings». Un mouvement né en juin 2025, en réaction aux décisions politiques de l’administration Trump. Officiellement non partisane, cette éruption populaire est logiquement née d’une pulsion démocrate, soutenue par différentes stars du show-business au fil des rassemblements.
Après avoir bruyamment signifié leur colère contre le gourou MAGA en personne, les raids de la police de l’immigration ou les coupes budgétaires, les manifestants veulent désormais faire comprendre aux électeurs que l’urgence se trouve dans les urnes.
Donald Trump et ses soldats, en panique face à une possible défaite républicaine aux midterms, cherchent déjà par tous les moyens à invalider les scrutins et soupçonnent certains Etats démocrates de fraude, notamment en Californie.
Pousser la population à voter le plus tôt possible n’empêchera pas le président de déployer son stratagème, mais «plus les bulletins de vote seront nombreux et surtout correctement remplis, moins il pourra remettre en question l’intégrité du scrutin», nous explique Shelley, organisatrice du rassemblement du jour à West Yellowstone.
Pour Mady, qui vit non loin de West Yellowstone, passer deux heures au bord d’une route avec des pancartes est synonyme de «bonne santé démocratique»: «On veut montrer que la population n’est pas seule dans ce processus et qu’elle peut trouver du soutien, mais aussi une aide administrative au coin de la rue, dans le village».
Le mouvement se concentre actuellement sur le vote anticipé et le processus démocratique en vue des élections de mi-mandat. Mais la vingtaine de manifestants qui bravent le froid dans ce petit village touristique aux allures de western en ont évidemment après Trump.
S’ils sont persuadés que les démocrates vont pouvoir piquer quelques sièges aux républicains dans quelques jours, ils alertent encore et toujours sur le «danger» que représente le 47e président des Etats-Unis selon eux. En tête, la «violence» ambiante ou encore «l’inflation» bien sûr: «J’entends de plus en plus d’histoire de famille qui ne peuvent plus payer le loyer ou prendre leur voiture, c’est dramatique, assure Mary.
Les manifestants s’inquiètent aussi de l’image «catastrophique» du pays que Donald Trump propage dans le reste du monde.
Sur ce dernier tronçon de trottoir avant Yellowstone, tous se sont montrés curieux de savoir comment Donald Trump est perçu en Suisse. On se contente de glisser le fait que les sondages réalisés depuis l’élection présidentielle en Suisse dévoilent une sévère impopularité de l’actuel président de 80 ans. «Raison de plus pour prendre les devants en prévision du 3 novembre. Nous avons les moyens de changer le quotidien des Américains, mais, pour cela, il faut voter le plus tôt possible, histoire de prévenir les mauvaises surprises», confie encore Shelley.
Avant de reprendre la route direction Jackson (Wyoming), la ville la plus riche des Etats-Unis et petite bulle démocrate dans l’Etat le plus trumpiste du pays, on lui demande ce que ça fait d’être de gauche dans une région plus volontiers conservatrice: «Oui, je sais, c’est étrange, n’est-ce pas? Mais vous avez sans doute vu la beauté de notre région, non? Et bien... cela vaut tous les sacrifices du monde!»
