Les démocrates tournent le dos à leur nouvel espoir
Il y a encore un mois, Graham Platner avait tout du vainqueur triomphant. Ce novice en politique avait remporté les primaires démocrates dans l'Etat du Maine avec 72% des voix. Mais aujourd'hui, sa candidature au Sénat semble condamnée.
Des alliés de gauche réclament désormais que ce populiste de 41 ans renonce à sa candidature — les mêmes démocrates qui l'avaient pourtant défendu envers et contre tout, et qui espéraient qu'il contribue, lors de l'élection de novembre, à reconquérir la majorité au Sénat. Mardi encore, le sénateur socialiste Bernie Sanders a indiqué avoir conseillé à Graham Platner de laisser sa place.
Une agression sur fond d'alcool
Que s'est-il passé? Une femme de 41 ans originaire elle aussi du Maine accuse Graham Platner de l'avoir violée en 2021. Les deux entretenaient alors une relation sans engagement, a-t-elle expliqué à Politico et à CNN. Selon elle, Graham Platner était «intelligent» et «charmant», mais menait une vie instable.
Puis, un soir de fin 2021, elle aurait reçu un SMS de Graham Platner lui demandant s'il pouvait passer la voir. Elle aurait répondu non mais il n'aurait pas tenu compte de son refus, et une demi-heure plus tard il se trouvait chez elle, très alcoolisé, et voulait avoir des relations sexuelles. Elle raconte s'être défendue, verbalement et physiquement, mais Graham Platner, un homme de forte carrure, était plus fort qu'elle.
Le candidat, aujourd'hui marié, rejette catégoriquement cette grave accusation. Mais son retrait ne semble plus être qu'une question de temps. Dans une vidéo publiée lundi, le démocrate a en tout cas annoncé qu'il réfléchissait à l'avenir de sa candidature au Sénat. Cette vidéo a été visionnée près de 10 millions de fois sur X.
— Graham Platner for Senate (@grahamformaine) July 6, 2026
Des frasques à répétition
Graham Platner avait annoncé sa candidature il y a un an. Inconnu du monde politique, il correspondait parfaitement à l'air du temps. Après la nouvelle victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle de 2024, les démocrates étaient en effet à la recherche de personnalités originales capables de séduire de nouveaux électeurs.
Et Graham Platner a été, dès le départ, un politicien atypique. L'homme avait servi dans les forces armées, mais s'était opposé à la politique étrangère américaine musclée. Il gagnait sa vie comme ostréiculteur et semblait, du moins aux yeux des stratèges politiques, entretenir un bon contact avec la classe ouvrière.
Son langage cru, en tout cas, plaisait aux démocrates. Ses meetings de campagne ont rapidement fait salle comble, notamment parce qu'il se rendait dans des villages où aucun politicien de gauche ne s'était plus aventuré depuis longtemps.
Mais sa vie privée a dès le début soulevé de nombreuses questions. Graham Platner a reconnu ouvertement avoir abusé de l'alcool après avoir servi et avoir traversé une période de fragilité psychologique. Des propos stupides et répugnants qu'il avait tenus sur des réseaux sociaux comme Reddit ont refait surface.
D'anciennes petites amies ont également affirmé, dans des interviews, qu'il les avait maltraitées. Graham Platner a également dû admettre s'être fait tatouer, en 2007, une tête de mort rappelant l'insigne de la division SS du même nom sous le Troisième Reich. Il affirme n'avoir alors pas eu conscience de la signification de ce symbole nazi.
L'histoire passionne aux USA
Bien que le Maine soit l'un des plus petits Etats américains, l'affaire Platner attire l'attention dans tout le pays. Cela s'explique par le fait que les démocrates misent, cette année, sur des candidats non conventionnels dans d'autres régions du pays également.
Quelle est la logique derrière cette approche? La frange de gauche de la population américaine serait tellement exaspérée par l'establishment de Washington que les qualifications des candidats ne joueraient plus un rôle déterminant. L'essentiel serait plutôt leur capacité à enthousiasmer les électrices et les électeurs. Le cas de Graham Platner montre aujourd'hui à quelle vitesse cette stratégie peut se retourner contre ses auteurs.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
