Dana White, «le cogneur» qui va réaliser le fantasme de Trump
60 millions de dollars de budgets, un President's Park défiguré par une arche géante baptisée «The Claw», une cage de MMA, des gradins pouvant accueillir quatre mille proches de Donald Trump triés sur le volet et un écran géant en dehors pour des dizaines de milliers d'Américains dans les parages. Alors que Joe Biden s'était planqué pour fêter ses 80 ans, en 2022, le 47e président fait, sans surprise, tout l'inverse.
S'il déteste vieillir, ça ne l'empêche pas de faire péter la banque pour pouvoir s'offrir, dans la nuit de dimanche à lundi, une fiesta inédite, démesurée et controversée.
🇺🇸🔥 UFC FREEDOM 250 TOMORROW NIGHT — HISTORY IN THE MAKING! 🔥🇺🇸
— Paul A. Szypula 🇺🇸 (@Bubblebathgirl) June 13, 2026
The Octagon is set up on the South Lawn of the White House for the very first time to celebrate America’s 250th!
Epic view from the Washington Monument shows the massive stage, patriotic arch, and “FREEDOM 250”… https://t.co/SfWt3ECrSz pic.twitter.com/4niBlAcla9
L'architecte de cette nuit de combats est un allier de longue date de Donald Trump: Dana White, patron de la puissante ligue UFC (pour Ultimate Fighting Championship), se prétend apolitique, mais ses actions ne l'on jamais été. C'est notamment lui qui conseilla au gourou MAGA d'enchaîner les podcasts avec les commentateurs extrémistes de droite durant la campagne présidentielle, en vue d'attirer les jeunes hommes américains dans ses urnes.
Un pari réussi à l’époque.
Rebelote cette nuit, dans les jardins de la Maison-Blanche et à moins de cinq mois des Midterms. Mais il n'est pas certain que cette énième sauterie égocentrique se montre aussi bénéfique à l’électorat de Trump qu'il y a deux ans. Le président fête ses 80 ans, l'indépendance des Etats-Unis 250 et Dana White en a 56. Tout ce petit monde jure être en pleine forme. Pourtant, l'Amérique suffoque, le président somnole à chaque réunion et on ne donnait au président de l'UFC que 10,4 années à vivre.
Nous sommes en 2022 lorsque Dana White réalise que son style de vie est une lame de guillotine en stand-by, prête à s'abattre sur sa nuque à n'importe quel moment. En cause, un taux de triglycérides très élevé, qui peut se révéler fatal si le puissant patron du célèbre Ultimate Fighting Championship ne se prend pas en main. Réveillé au beau milieu de la nuit par un certain Gary Brecka, le jeune quinquagénaire va sonner l'alarme.
Gary Brecka est un pseudomédecin (dixit L'Equipe), un biohacker controversé et un obsédé de la vie éternelle. Après avoir glissé une poignée de conseils à Cristiano Ronaldo et une substance interdite à Paul Pogba, le type aurait ainsi sauvé la vie du roi de la castagne à l'américaine. Brecka fut surtout un ancien employé d'assurance-vie chargé de prédire la date de la mort des clients.
Chacun jugera. Reste que Dana White va être frappé par un immense instinct de survie et se jettera sans réfléchir sur les techniques de ce gourou du développement personnel. A 54 ans, deux ans de plus et dix-huit kilos de moins, le boss de l'UFC est un autre homme en juin 2024.
«En pleine forme», le voilà fin prêt pour muscler la campagne de son pote de toujours, Donald Trump. En quelques semaines, il va l'aider à fédérer une bonne grappe de jeunes mâles blancs américains d'ordinaire peu familiers avec les urnes. Sa stratégie? Dérouler le tapis rouge au candidat MAGA à chaque combat et décapsuler un discours de soutien qui fera date, lors de la convention républicaine, au côté du milliardaire de Mar-a-Lago.
Dana White just introduced Donald Trump at the Republican National Convention pic.twitter.com/MbiU3bZVeH
— Happy Punch (@HappyPunch) July 19, 2024
Ce n'est pas tellement un hasard si les deux hommes s'entendent comme deux compères de comptoir. Propulsés par la gagne et le refus d'abandonner, ils ont gravi leurs propres échelons en n'oubliant jamais le petit coup de main au copain. Sans la passion de Donald Trump pour la baston en cage, ce sport violent autrefois en marge ne serait sans doute jamais devenu la puissance politique et culturelle qu'il incarne aujourd'hui.
C'est aussi dans l'adversité que les similitudes sautent aux yeux. Une fois dans la mouise, les deux colosses de la liberté d'expression restent invariablement debout. Qu'il ait été filmé en train de gifler sa femme dans un club en 2023 ou qu'il réhabilite la bière Bud Light alors que les conservateurs l'ont mise à mort, Dana White possède une «vision à long terme de la publicité» et considère qu'on «n'annule pas les gens, ce ne sont pas des manières».
Alors que le sénateur John McCain comparait le MMA à un dangereux combat de coqs en 1996, trois ans après la naissance de la ligue UFC, Donald Trump a été le seul entrepreneur à accepter sans tiquer que le sang coule en ses murs.
En 2001, alors que Dana White est le manager des combattants stars Tito Ortiz et Chuck Liddell, il apprend que la ligue UFC, étranglée par les dettes, est à vendre. Quelques coups de fil plus tard, son ancien pote d'école Lorenzo Fertitta, qui fait pousser des casinos à Vegas, rachète la franchise et hisse White à sa tête. En exagérant un poil, ce sera la dernière fois que les bagarres en cage auront mauvaise presse.
En février 2001, c'est l'homme d'affaires Donald Trump qui accueillera le premier combat sous l'ère White, au Taj Mahal d'Atlantic City. Les débuts d'un empire qu'il imaginait déjà lorsqu'il tapait dans un sac dans sa jeunesse, à Boston.
L'entrepreneur sait aussi entretenir le mystère et encore plus quand ça souligne la sinuosité de son existence. Il raconte notamment avoir fui Boston d'un jour à l'autre, poursuivi par des hommes de main du chef présumé du Winter Hill Gang. La raison? Une dette de 2500 dollars qui «venait de nulle part». Ce qui semble sûr, c'est son envie de bouffer son rêve américain sans mâcher.
Et sa conquête de l'Ouest se résumera à faire de Las Vegas son terrain de jeu et d'un sport de mâles supposément mal éduqués «le Super Bowl des arts martiaux mixtes». Car White a très vite compris que sans divertissement, le MMA n'allait jamais attirer la foule dans les gradins et les télévisions familiales, effrayées par les coups et la cage. Bien sûr, tout ne sera pas aussi rapide qu'un coup de pied dans une mâchoire. Les premières années, les propriétaires perdront jusqu'à 40 millions de dollars.
Mais celui qui voulait devenir boxeur professionnel va finir par mettre KO toutes les autres ligues de combat professionnelles. Comme Trump avec «The Apprentice», c'est avec une émission de télé-réalité qu'il parviendra à installer la bagarre dans la vie quotidienne des Américains: «The Ultimate Fighter». Faisant de Dana White une petite célébrité de Vegas. Ce sera suffisant pour commencer à engranger les millions.
Car Dana Wight est avant tout un homme d'affaires qui adore que «les choses marchent comme sur des roulettes» et déteste quand «l'Amérique est trop molle». La joute politique n'a jamais été un vrai hobby. Du moins jusqu'à la pandémie de Covid-19, quand le patron des cages, comme beaucoup de libéraux conservateurs, va péter un plomb.
En colère contre la stratégie des vaccins et surtout les confinements généralisés, sa grogne va fricoter avec celle de la plupart des commentateurs proches de Donald Trump. Il va notamment croiser la route de Tucker Carlson & Cie, critiquer ouvertement les décisions du gouvernement Biden et se mettre à détester les grands médias généralistes. De quoi en faire un MAGA pur jus? Presque. Depuis toujours, White est moins guidé par les idéologies que par un opportunisme très américain: le pognon d'abord.
Et ça va même plus loin que ça, puisqu’il a affirmé, deux semaines après une élection où il a joué un rôle clé, en avoir terminé avec la politique, qu'il trouve «dégoûtante».
Ses actes montrent prouvent cependant le contraire.
Aujourd'hui, l'UFC a fusionné avec la célèbre ligue de catch WWE, donnant naissance à un monstre du divertissement sur ring valorisé à plus de 20 milliards de dollars. En 2026, on ne sait toujours pas vraiment si la politique américaine s'est inspirée des combats en cage ou si Dana White s'adapte constamment à la société dans laquelle il fait fructifier ses affaires. Ou les deux.
Saviez-vous qu'il est également derrière cette récente discipline qui consiste à s'envoyer professionnellement des gifles?
Un exemple 👇
Da Crazy Hawaiian ate that like it was nothing 🤯
— Power Slap (@powerslap) January 7, 2025
He returns to defend his title January 30th at #PowerSlap11@RiyadhSeason | #RiyadhSeason pic.twitter.com/AsKGqjxZTs
Le petit gars de Boston aimante chaque année davantage de jeunes mâles blancs, jusqu'à faire craquer Mark Zuckerberg. Passionné lui aussi de MMA et soucieux de rester dans les jupes du nouveau pouvoir à Washington, le patron de Meta lui a ouvert un siège à son conseil d'administration en janvier 2025. «Je crois fermement que les médias sociaux et l'IA sont l'avenir», dira Dana White au moment d'accepter le nouveau défi.
Que ce businessman de 56 ans le veuille ou non, ses choix l’ont toujours mené à Trump, sa politique, à ses coups fourrés et, la nuit prochaine, jusqu’à ses jardins exclusifs de la Maison-Blanche. Une question reste néanmoins sans réponse. A-t-il toujours peur de mourir, sachant qu'il lui resterait théoriquement 6,4 années à vivre sans les conseils de son étrange gourou?
