Les images de l'attentat brutal perpétré en mars contre la salle de concert Crocus City Hall près de Moscou ont fait le tour du monde. Sur les réseaux sociaux, on pouvait voir des vidéos d'hommes masqués qui tiraient au hasard sur les spectateurs. Des corps sans vie gisaient sur le sol, tandis que d'autres, paniqués, tentaient d'échapper aux assaillants. Au moins 144 personnes sont mortes sous les balles et des centaines d'autres ont été blessées.
Ces images ont bouleversé la Russie et le monde entier. Dans le pays, le souhait d'une action stricte contre le terrorisme s'est accru. Il s'agit de l'attentat le plus meurtrier en Russie depuis près de deux décennies. L'Etat islamique de la province du Khorasan (EI-K) a revendiqué l'acte.
Fait surprenant, le président russe Vladimir Poutine s'est exprimé, récemment, sur un autre groupe terroriste islamiste, les talibans, à l'occasion du sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Selon lui, la Russie veut coopérer avec eux dans la lutte contre... le terrorisme.
Pour rappel, les talibans sont un groupe terroriste islamiste qui contrôle l'Afghanistan depuis 2021 et qui a fortement restreint les droits des femmes. Ils sont connus pour leurs actions violentes contre tous ceux qui ne respectent pas leurs lois strictes, tirée de leur interprétation idéologique du Coran.
Lors du sommet de l'OCS, Poutine a fait savoir que Moscou était en contact avec les talibans. Une information rapportée par le média indépendant russe Meduza. La maître du Kremlin a déclaré, à cette occasion:
Détail piquant, depuis 2003, les talibans sont considérés comme une organisation terroriste en Russie contrairement aux Etats-Unis et aux Nations Unies, qui leur accordent un autre statut.
En mai, le ministère russe de la Justice et le ministère des Affaires étrangères ont recommandé de retirer les talibans de la liste des organisations terroristes. Le ministre des Affaires étrangères Sergei Lavrov a annoncé, fin mai, selon l'agence de presse RIA Novosti, qu'il s'agissait de reconnaître les réalités sur le terrain. Les talibans sont ceux qui détiennent le pouvoir.
Cette mesure n'a toutefois pas encore été officiellement mise en œuvre, rapporte Meduza.
Poutine a justifié cette coopération par le fait que les talibans avaient pris une importance considérable. Certes, des problèmes subsistent, qui nécessitent une attention constante de l'intérieur et de l'extérieur, estime le président russe qui martèle: «Je suis sûr que les talibans sont intéressés par une situation stable en Afghanistan.»
C'est peut-être aussi une manière, pour le président russe, de jouer avec la maxime, «l'ennemi de mon ennemi est mon ami» et jouer sur la concurrence idéologique entre les deux groupes islamistes qui se livrent une guerre sans mercis.
Depuis le retrait des troupes américaines d'Afghanistan, en 2021, la Russie a renforcé ses relations avec le pays, analyse le grand média d'enquête allemand Der Spiegel. Après leur retour au pouvoir, les talibans ont introduit une interprétation stricte de la loi islamique. Les femmes ont été en grande partie bannies de la vie publique. Beaucoup n'ont plus le droit de travailler et ont sombré dans la pauvreté. Elles n'ont pas le droit de sortir en public sans être accompagnées d'un membre masculin de leur famille.
Malgré des contacts renforcés, Moscou et la communauté internationale ne reconnaissent pas officiellement le gouvernement taliban et l'«Emirat islamique d'Afghanistan».