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Du groupuscule de fachos aux portes de l'Elysée: la saga du Front national.
Du groupuscule de fachos aux portes de l'Elysée: la saga du Front national.
Présidentielle 2022

D'une poignée de fachos aux portes de l'Elysée, la saga du Front national

Le Front national (FN), c'est une saga qui dure depuis 50 ans. Cinq décennies d'extrêmes, de tumultes politiques, de scandales médiatiques, de défaites écrasantes, de victoires éclatantes et de déchirements familiaux. Aujourd'hui, Marine Le Pen, l'héritière dédiabolisée d'un parti radical, toque méchamment aux portes de l'Elysée. Récit.
17.04.2022, 08:0317.04.2022, 10:28
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1972: La fondation

Le 5 octobre 1972. Rue de Grenelle 84, à Paris. La salle dite «des Horticulteurs» fourmille d'un étrange brouhaha. Une réunion privée rassemble discrètement quelque 70 invités. Au-delà des murs de l'amphithéâtre, une France qui peine encore à se remettre du traumatisme de la Seconde Guerre mondiale. Un paysage dans lequel l'extrême droite survit difficilement, moribonde, morcelée en petits groupuscules épars et dénués du moindre poids politique.

Ce moment est crucial. Car, au cœur de cet amphithéâtre bouillonnant, un nouveau parti s'apprête à voir le jour. Son nom? Le Front national pour l'unité française. Abrégé «FNUF». Bientôt raccourci en «FN». Par commodité.

Les heureux parents? L'Ordre nouveau. Un mouvement qui rassemble tous azimuts anciens SS, poignées de pétainistes et de nostalgiques du régime de Vichy. Mais aussi quelques néonazis ou encore d’anciens militants de l’Algérie française. Bref, une assemblée de personnalités pour le moins infréquentables. Hétéroclite, elle possède toutefois une force: la même volonté de faire son entrée dans l'arène électorale - et ce, dans les formes, s'il vous plaît. Mais, pour cela, il faut un parti politique.

L'Ordre nouveau a besoin d'un visage - respectable, de préférence - pour incarner le renouveau. Et son choix se porte sur un ancien député et parachutiste de 44 ans qui a combattu durant la guerre d'Algérie. Il faut dire qu'il a d'innombrables atouts: un certain talent d'orateur, un carnet d'adresses bien fourni, une relative expérience politique et surtout, une image de «modéré», indispensable pour ratisser large au sein de l'électorat. Sans compter que leur élu a de la gueule: grand, blond, yeux bleus, dont l'un est caché par un bandeau noir - témoignage de son passé de militaire qu'il exploitera allègrement pour bâtir sa légende.

Cet homme s'appelle Jean-Marie Le Pen.

capture d'écran: youtube

A l'époque, Jean-Marie n'a rien d'un fasciste, quoiqu'il n'ait jamais craché sur la compagnie d'anciens collabos par le passé. Le Pen, c'est avant tout un pur produit de la tradition poujadiste, un défenseur d'une droite décomplexée, musclée, si ce n'est carrément autoritaire. Et surtout, c'est un anti. Anti-communiste, anti-gaulliste, anti-américain.

Le 27 octobre 1972, Jean-Marie Le Pen est désigné comme le tout premier président du Front National. Par souci tactique et pratique, l'Ordre nouveau préfère s'effacer derrière cette nouvelle figure au profil sage et respectueux des institutions. Elle lui laisse la quasi-exclusivité de la représentation sur la scène politico-médiatique française.

Années 1970: La «traversée du désert»

Les premières années sont difficiles. Encore et toujours relégué au rang de mouvement marginal, le Front national peine à décoller. Tant au niveau du nombre d'adhérents qu'à celui des résultats électoraux, maintenus au ras du sol. Au point que ses propres partisans décrivent la décennie comme une «traversée du désert».

Le logo historique du FN, la flamme bleu-blanc-rouge empruntée au parti néo-fasciste italien MSI.
Le logo historique du FN, la flamme bleu-blanc-rouge empruntée au parti néo-fasciste italien MSI.image:keystone

Au sein des troupes, une préoccupation majeure persiste: conserver le maigre capital, indispensable à la survie du parti. Lequel provient en partie du Mouvement social italien (MSI), un parti néo-fasciste italien fondé en 1946 par des proches de Mussolini, qui sert de modèle au petit frère français. Outre des fonds et l'impression des affiches électorales, le MSI fournit au jeune parti son sigle symbolique - une flamme tricolore.

Pour ce qui est du programme, le FN s'approprie les thèmes du moment: agriculture, économie, enseignement, service public, santé. Le tout, sur un ton profondément anti-libertaire, anticapitaliste et anti-marxiste, à la sauce nationale-populiste.

En mars 1973, le parti fraîchement entré dans l'arène politique se met en ordre de bataille pour les élections législatives. Première défaite cuisante. Un chiffre incarne cette douche froide: 0,52%, soit 108 000 voies récoltées. L'échec ravive des tensions préexistantes qui palpitent au cœur même du FN, fracturé entre plusieurs cultures idéologiques.

Maigre consolation pour Jean-Marie Le Pen: il réalise le meilleur score du Front national dans sa circonscription, à Paris, en raflant 5,22% des suffrages.

Des envies d'Elysée en 74 déjà

L'année 1974 est marquée par le décès brutal du président Georges Pompidou. Le Pen décide de présenter sa candidature à l'élection présidentielle anticipée, organisée dans la foulée pour remplacer le chef d'Etat disparu.

24 avril 1974: première apparition en temps que candidat à la présidentielle

Vidéo: watson

Mais le résultat ne s'avère pas plus probant que l'année précédente: 0,75% des voix. Cette candidature ratée revêt au moins un avantage: elle confère au président du FN un statut de chef de file de l'extrême droite.

Le 3 mai 1974, il est en meeting à Paris.

Vidéo: watson

Bien décidé à apprendre de ses échecs, le Front national change de ton. Quatre ans plus tard, pour les législatives de 1978, il resserre la campagne sur un thème qui commence lentement mais sûrement à s'immiscer dans le débat public: les «dangers de l’immigration».

Un rassemblement du FN le 12 mai 1985, auquel Jean-Marie assiste flanqué de sa famille.
Un rassemblement du FN le 12 mai 1985, auquel Jean-Marie assiste flanqué de sa famille. Image: AP

Années 1980: La percée

En 1981, Le Pen est bien décidé à retenter l'aventure de la présidentielle. Sauf que, cette fois-ci, il n'atteindra même pas le premier tour, faute d'avoir récolté les 500 parrainages nécessaires. Le 10 mai, c'est à François Mitterrand de remporter l'élection et de porter la gauche au pouvoir.

Le président français François Mitterrand, le 26 juin 1984.
Le président français François Mitterrand, le 26 juin 1984.image: keystone

Bien décidé à faire barrage, Jean-Marie Le Pen se place en opposition à ce nouveau gouvernement socialiste.

Pendant ce temps, le FN rôde. Prêt à l'embuscade et à saisir la moindre opportunité. Ce n'est pas son échec aux législatives de 1981, où il n'obtient que 0,18% des voix - la plus mauvaise prestation depuis sa création-, qui va le décourager.

Une opportunité va d'ailleurs, très bientôt, se présenter: la hausse de l'immigration, sur laquelle les grèves de l'industrie automobile, au milieu des années 80, ont projeté une lumière crue. De nouvelles questions émergent ainsi dans le débat public: identité, rapport à la nation, lutte contre le racisme. Autant d'interrogations exploitées par le FN, bien décidé à jouer de la carte de l'immigration «sous toutes les coutures».

Image: AP

L'année 1984 symbolise à la fois la création de SOS Racisme et une première percée du FN au niveau national. Lors des élections européennes, le parti rafle 10,95% des suffrages. Un résultat inespéré qui lui offre la voie d'accès au Parlement européen, où le parti politique envoie dix élus. L'évènement achève d'asseoir l'existence politique d'un parti encore et toujours fortement marginalisé.

En 1986, alors que la gauche mitterrandienne et les sondages prennent l'eau, le président français balance une bombe en respectant une vieille promesse de campagne: l'abandon du scrutin majoritaire pour les élections législatives. Voilà, c'est décidé: désormais, elles se tiendront à la proportionnelle.

Les trois filles de Jean-Marie Le Pen: Marine, Yann and Marie Caroline, le 16 mars 1986.
Les trois filles de Jean-Marie Le Pen: Marine, Yann and Marie Caroline, le 16 mars 1986.Image: AP

Pour le Front national, c'est une aubaine: le 16 mars 1986, le parti a la possibilité de faire son entrée à l'Assemblée nationale et de se tailler une (petite) place dans l'hémicycle, avec 35 sièges sur les 577 disponibles.

Image: AP

Ça y est. La machine est lancée. La presse commence à s’intéresser au «phénomène Le Pen».

Et Jean-Marie abandonne son bandeau sur l’œil gauche.

Dérapage et chambres à gaz

L'année suivante, dérapage. Le premier d'une (trop) longue série. Et il n'est pas de nature électorale. Sur les ondes de la radio nationale, Jean-Marie affirme au sujet des chambres à gaz utilisées par les Nazis:

«Je n'ai pas étudié spécialement la question, mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale»
Jean-Marie Le Pen, sur RTL

La fameuse interview👇

Vidéo: watson

Le tollé est national. S'en suivent un procès et une condamnation pour «banalisation de crimes contre l'humanité» et «consentement à l'horrible», deux ans plus tard. Mais surtout, un dégât d'image irréparable: dès lors, impossible d'avoir l'air convenable. Le Front national doit se contenter de rester en marge.

Mais ces déboires verbaux ne l'empêcheront pas de continuer à forger sa place sur le plan politique. En 1989, le FN fête son premier maire de son histoire à la tête d'une ville de France: Saint-Gilles, dans le Gard.

Cette année-là, Marion Anne Perrine Le Pen, dite Marine Le Pen, qui a adhéré au parti de son père trois ans plus tôt, se présente pour la première fois à une élection locale. Elle a 21 ans.

Jean-Marie Le Pen avec ses filles Marine, Yann et Marie Caroline, le 24 avril 1988.
Jean-Marie Le Pen avec ses filles Marine, Yann et Marie Caroline, le 24 avril 1988.Image: AP

Années 1990: L'installation

Dans les années 1990, le FN commence à faire son nid dans la vie politique française. Sans jamais réussir à s'imposer. Le scrutin majoritaire reste un cap infranchissable.

Image: AP

Toutefois, fort des 15% obtenus par Jean-Marie à l'élection présidentielle de 1995, le parti effectue une percée dans l'électorat populaire. Plusieurs grandes villes de Provence-Alpes-Côte d'Azur sont conquises par des maires FN.

Un succès qui n'enchante pas particulièrement le président du FN. Paradoxal? Pas tellement, quand on connaît la personnalité du tout-puissant président, habitué à tout diriger. Le baron de l'extrême droite française, aussi surnommé le «Menhir», craint que cette montée en puissance des élus locaux ne se fasse au détriment de la sienne.

Jean-Marie lors d'un meeting à Paris, le 29 septembre 1996.
Jean-Marie lors d'un meeting à Paris, le 29 septembre 1996.Image: AP

Reste que c'est lui qui attire la lumière par ses sorties fracassantes - quitte à jouer la propre vie de son parti. Le 30 août 1996, par exemple, il déclare croire à «l’inégalité des races», provoquant un débat sur l’interdiction du FN.

1998 est une année compliquée. Le parti est fragilisé, fracturé par des batailles internes. En cause: un clash idéologique entre Jean-Marie Le Pen et son numéro deux, Bruno Mégret, devenu un adversaire gênant. Celui qui avait entamé une «dédiabolisation» du FN est écarté et va forger son propre parti, le Mouvement national républicain (MNR).

Au Parlement européen, le 17 novembre 1998.
Au Parlement européen, le 17 novembre 1998. image:keystone

Cette même année, Marine obtient son premier mandat politique en tant que conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais.

En 1999, alors que le score obtenu par l'extrême droite aux élections européennes est relativement faible, plusieurs médias considèrent la fin de la carrière politique de Jean-Marie Le Pen comme imminente. Grossière erreur.

Années 2000: La montée en puissance du clan

Fini les excès de langage et les phrases choc, Jean-Marie se reprend et resserre sa campagne sur des thèmes qui ont fait son succès. Encore et toujours: préférence nationale, expulsion des étrangers en situation irrégulière, durcissement de l'autorité policière, fin du regroupement familial et de l'acquisition automatique de la naturalisation française. Une stratégie qui s'avère payante.

Le 21 avril 2002, le choc. A la surprise générale, Jean-Marie Le Pen accède au second tour de l'élection présidentielle. La prise de conscience est violente, brutale. C'est la première fois qu'un candidat d'extrême droite accède au second tour d'une élection présidentielle.

Une manifestation anti-FN, le 23 avril 2002, à Paris.
Une manifestation anti-FN, le 23 avril 2002, à Paris.IMAGE:KEYSTONE

L'entre-deux tours est aussi remué que l'estomac d'une partie de l'électorat français. Ces quinze jours sont marqués par des manifestations anti-FN dans plusieurs grandes villes de France. Le 1er mai, 500 000 personnes manifestent à Paris alors que Jean-Marie tient son traditionnel défilé en hommage à Jeanne d'Arc.

Deux affiches électorales, le 4 mai 2002.
Deux affiches électorales, le 4 mai 2002.image:keystone

Quant à Jacques Chirac, il va jusqu'à refuser le célèbre débat télévisé du second tour. Le ton est donné: tous unis contre Le Pen. La quasi-totalité des candidats éliminés au premier tour lance à l'unanimité un appel à voter Chirac.

Jacques Chirac lors d'une interview le 24 avril 2002, sur la chaîne France 2.
Jacques Chirac lors d'une interview le 24 avril 2002, sur la chaîne France 2.image:keystone

La défaite sera écrasante. Le 5 mai 2002, Jacques Chirac remporte la présidentielle avec 82,2% des voix - contre 17,79% pour son adversaire. Certes, c'est le plus faible score obtenu par un candidat au second tour d'une élection présidentielle sous la cinquième République. Mais peu importe: c'est aussi la preuve que le Front national a les moyens de faire sa place dans les plus hautes sphères du pouvoir. Une accession à l'Elysée est envisageable. Une preuve, pour le président du FN, que «désormais, tout le monde pense comme lui».

L'année suivant l'élection, dans laquelle elle s'est impliquée personnellement, Marine fait une entrée (discrète) dans les rangs du parti. Par la porte du service juridique.

Marine Le Pen, en juin 2002. Elle s'est fait connaître en jouant un rôle actif dans la campagne présidentielle de son père.
Marine Le Pen, en juin 2002. Elle s'est fait connaître en jouant un rôle actif dans la campagne présidentielle de son père.image: keystone

L'avocate de formation, réputée fêtarde pendant ses études, élabore sa stratégie. Ce sera à elle de poursuivre la dédiabolisation du parti de son père, déjà entamée par Bruno Mégret quelques années plus tôt. Une initiative qui dérange les cadres du mouvement, mais qui ne l'empêche pas d'accéder bientôt à la vice-présidence.

La fin des années 2000 est plus difficile. Le FN subit une forte baisse de son influence électorale. Bon nombre d'adhérents prennent la fuite. Le parti enregistre ses plus mauvais résultats depuis la fin des années 1980. A la présidentielle de 2007, Jean-Marie ne parvient pas à réitérer le quasi-succès du second tour: il ne se classe «que» quatrième au premier tour.

Le père et la fille, en 2004.
Le père et la fille, en 2004.image:keystone

Années 2010: La fracture

Les années 2010 marquent un nouveau tournant pour le Front national. En 2010, son président historique, Jean-Marie, annonce qu'il renonce à se présenter à sa propre succession. Il faut alors lui désigner un héritier. Lequel, ou plutôt laquelle, est toute désignée: Marine, bien sûr.

Le 15 janvier 2011, Marine Le Pen, 42 ans, devient la nouvelle présidente du Front national.
Le 15 janvier 2011, Marine Le Pen, 42 ans, devient la nouvelle présidente du Front national.Image: AP

Le patriarche, pour sa part, se voit gratifié du titre de président d'honneur. Il rayonne:

«Marine est née avec un tempérament de chef (...). Ma fille a le maximum de qualités nécessaires pour être président du Front national et candidat à la présidence de la République»
Jean-Marie Le Pen, au Parisien

La même année, elle figure parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde, établi par le magazine américain Time.

image: keystone

En 2012, c'est à la troisième génération du clan Le Pen de faire son entrée sur la scène politique. J'ai nommé: Marion Maréchal, petite-fille du fondateur et nièce de la présidente. A 22 ans, elle est la plus jeune députée de l'histoire de la République. Mais sa précocité n'est en rien synonyme de douceur. Au contraire, elle doit son succès à un discours radical, anti-immigré et anti-musulman, allant jusqu'à adhérer à la théorie du «grand remplacement», déterrée plus tard par un certain... Eric Zemmour.

Très vite, la candidature de Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2012 est validée à l'unanimité par le bureau politique du FN.

Le 8 janvier 2012, à Paris.
Le 8 janvier 2012, à Paris.Image: AP

Son arrivée à la tête du mouvement se traduit par une remontée inespérée dans les sondages d'opinion. Son entreprise de «normalisation» commence à porter ces fruits - même si elle n'est pas du tout au goût de papa Le Pen, comme il le confiait au journaliste Claude Askolovirch en 2005:

«Marine est bien gentille, mais sa dédiabolisation ne nous a rien apporté. Un FN gentil, ça n’intéresse personne»
Jean-Marie Le Pen

Pourtant, oui. Marine est décidée à en finir avec les dérapages médiatiques des membres les plus radicaux. Les contrevenants sont écartés. L'inévitable prise de distance avec son père, qui s'accroît à mesure des frasques verbales et des scandales, est amorcée.

Peu à peu, Marine Le Pen s'éloigne de son père.
Peu à peu, Marine Le Pen s'éloigne de son père.image:keystone

Marquant une rupture avec le style de Jean-Marie Le Pen, le discours de Marine se teinte d'un accent de «respectabilité». Pour le prouver, elle empoigne des thématiques plus sociales. Son programme économique vire à gauche pour répondre aux inquiétudes des classes populaires. La présidente du FN se place en fervente défenseuse des intérêts de la France contre l'ultra-libéralisme et l’Europe - lesquels deviennent des ennemis notoires. Son discours lui vaut la sympathie d'ouvriers, de jeunes sans emploi, de retraités modestes. Bref, de la «France des petits», comme elle l'appelle.

Pour l'élection présidentielle de 2012, c'est manqué: elle finit troisième au premier tour, derrière François Hollande et Nicolas Sarkozy. Un résultat supérieur à celui de son père en 2002.

L'intéressé, quoiqu'en retrait, n'a pas totalement disparu de la scène médiatique. Au contraire, il multiplie les frasques, au point d'en devenir gênant. En juin 2014, par exemple, il affirme au sujet de Patrick Bruel, d'origine juive:

«Ecoutez, on fera une fournée la prochaine fois»
Vidéo: watson

Cet été-là, la famille se déchire. En vacances sur la Costa Blanca espagnole, un incident malheureux achève de briser les liens. Marine apprend que son chat adoré, Artémis, a été dévoré par les bouledogues de Jean-Marie Le Pen, Sergent et Major.

«Maman… ça y est. Cette fois-ci, c’est terminé. Dès qu’on rentre, je déménage»

La phrase acte le début de la séparation. Marine fait ses cartons et laisse la demeure familiale, l'hôtel particulier de Montretout, derrière elle.

Un an plus tard, le divorce prend une dimension politique et publique. Alors que la «dédiabolisation» reste la priorité de la fille, le père commet le dérapage de trop. En avril, il maintient ses propos polémiques tenus des années plus tôt sur les chambres à gaz. Sans manifester l'once d'un regret. Il enfonce même le clou de son propre cercueil en affirmant qu’il n’a «jamais considéré le maréchal Pétain comme un traître» et qu'il comprend tout à fait «qu’on mette en cause la démocratie, qu’on la combatte».

Trop, c'est trop. Après délibération, le bureau exécutif du Front national se réunit et décide de sévir. Le 20 août 2015, Jean-Marie le Pen est définitivement exclu du parti, sur décision de sa fille. Décision qui provoque la colère de plusieurs élus FN, préférant quitter le navire avec leur capitaine, mais qui, surtout, va rompre définitivement les relations entre le père et sa fille. Ils ne s'adresseront plus la parole pendant plusieurs années.

image: keystone

La stratégie est radicale, mais elle s'avère payante. En décembre, le Front national, lors du premier tour des élections régionales, témoigne de son «enracinement»: placé devant les Républicains et le Parti socialiste, il accède au statut de premier parti de France. Le tripartisme est acté.

Deux ans plus tard, le 23 avril 2017, Marine Le Pen franchit le premier tour de l'élection présidentielle, avec 21,4% des voix, juste derrière Emmanuel Macron.

Le 3 mai 2017, au débat du second tour.
Le 3 mai 2017, au débat du second tour.Image: EPA AFP POOL

Face au fringant concurrent, tout nouveau dans l'arène politique, Marine ne fait pas le poids. Le 17 mai 2017, elle trébuche sur la dernière marche vers le pouvoir. Le résultat, en deçà des attentes, suscite des débats et des critiques internes.

Image: AP

Très vite, Marine tire des enseignements de cette défaite. Elle a conscience que quelque chose cloche. Qu'il y a des choses à changer. A grand renfort de questionnaires au sein du parti, elle tente de redessiner une ligne claire. Plus que jamais, elle ressent le besoin de se détacher d'un FN à l'ancienne, du parti de «papa» aux allures outrancières.

En mars 2018, résolue à acter ce changement de cap et de faire table rase d'un passé trop lourd, Marine Le Pen offre à son parti un nouveau nom. Un nom qui doit incarner le changement et l'ouverture: Rassemblement national. RN.

Image: EPA

Plus que symbolique, le changement est physique: le QG de campagne déménage dans un immeuble cossu de la rue Michel-Ange, près du Parc des Princes et du stade de Roland-Garros.

Autre décision majeure, la présidente cède les rênes du parti à Jordan Bardella, 26 ans, benjamin du Parlement européen. Car oui, en général, on commence tôt, au Front national.

Mais dans le fond, malgré la longue entreprise de normalisation de son parti, certaines choses demeurent et surtout les thèmes de prédilection de la frontiste: immigration et insécurité sont les mots d'ordre.

image:keystone

2022: La place au suspens

On aurait pu la croire définitivement fragilisée par l'arrivée de la comète Eric Zemmour dans la galaxie médiatique. Que nenni. Cet adversaire constitue très vite pour elle l'occasion de renforcer sa crédibilité. Dès 2021, Marine lui délègue la radicalisation du propos, sur les thèmes de l'immigration et l'identité. Elle, de son côté, choisit de miser sur d'autres chevaux, dont le pouvoir d'achat, ce qui lui vaut quelques railleries.

Pourtant, bingo. «Elle a eu du pif car cette thématique était la bonne», se félicite Sébastien Chenu, député RN, auprès de France info. «Les mécontents iront voter pour elle. C'est une stratégie redoutable», souligne pour sa part le politologue Raphaël Llorca.

Sous ses airs de tata des Français, ronronnante et adoucie, Marine Le Pen reste pourtant une femme de fer, dont le programme ne diffère pas sensiblement des précédents. Il est celui d'une extrême droite à l'état pur, qui fait de la nation une priorité, en voulant «rendre aux Français leur pays».

Le 10 avril 2022, à l'issue du premier tour.
Le 10 avril 2022, à l'issue du premier tour.image:keystone

A quelques jours du second tour, dans ses rangs, l'assurance est affichée. On ne s'interdit plus de miser sur sa victoire.

«On est très sereins, beaucoup plus qu'en 2017. Je suis persuadé qu'elle sera la prochaine présidente de la République»
Jordan Bardella à Franceinfo

Dimanche 10 avril, tandis que sa fille lance un appel à «tous ceux qui n'ont pas voté pour Emmanuel Macron» à la rejoindre, le père guette, du fond de son manoir de Montretout.

Jean-Marie Le Pen, en 1998.
Jean-Marie Le Pen, en 1998.image: keystone

Balayées, les années de brouilles, de rancœur et de critiques amères. Ce soir-là, le vieil homme fort du Front national se confie à Timothée Boutry, journaliste au Parisien. Il en est convaincu. L'heure est venue. Marine, sa fille, après son «résultat remarquable» au premier tour, sera «la future présidente de la République».

Elle lui a donné indirectement la réplique dans un long entretien en direct à BFMTV, le 13 avril. Lorsqu'on lui demande si son père sera présent à la passation de pouvoir en cas de victoire, elle réplique:

«En cas de victoire, mon père sera à l'Elysée. Si je perds, je continuerai à défendre les Français, parce que j'ai fait ça toute ma vie»

Cinquante ans d'ascension et de tensions politico-familiales pour en arriver là. Dans quelques jours, Marine Le Pen pourrait effectivement franchir l'ultime étape: la conquête de l'Elysée.

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