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Emmanuel Macron
Emmanuel Macronimage: keystone
Présidentielle 2022

Macron, un vainqueur «illégitime»? C'est plus compliqué que ça

Le président Emmanuel Macron, qui présentait ce jeudi son programme de candidat à l'élection suprême du mois d'avril, est menacé de ne pas être reconnu comme légitime en cas de victoire. Mais qu'est-ce que cela veut dire? Analyse.
17.03.2022, 19:3619.03.2022, 07:57

Ils détestent Macron et Macron les emmerde. L’équation est simple. Si simple qu’elle en devient dangereuse. A moins d’un mois du premier tour de l’élection présidentielle française, ceux que le chef de l’Etat déclarait en janvier avoir envie d’«emmerder», les non-vaccinés, sont grosso modo les mêmes qui menacent aujourd’hui de ne pas reconnaître la légitimité de sa probable victoire au scrutin suprême de la Ve République.

En cause, à moins que ce ne soit un prétexte: l’absence d’Emmanuel Macron dans les «débats» d’avant le premier tour. Absorbé par la guerre en Ukraine, le président de la République, qui a dévoilé ce jeudi son programme de candidat pour un second mandat, snoberait la joute démocratique, de peur, comprend-on, d’être confronté à son bilan. Macron, un couard, en somme, qui jouerait à Zelensky en son château douillet de l’Elysée.

En chute libre dans les sondages – 1,5% d’intentions de vote –, le candidat «pour la liberté vaccinale» Nicolas Dupont-Aignan, verbe volontiers séditieux, a prévenu son monde jeudi matin à la radio sur le mode «pas de bras, pas de chocolat»: «Pas de débat, pas de mandat.»

C’est on ne peut plus clair: si Emmanuel Macron refuse de débattre d’ici au 10 avril (premier tour), alors la victoire électorale que lui promettent tous les sondages, plus encore depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, ne vaudra que dalle, Dupont-Aignan parlant d'«effraction électorale». Curieuse conception de la démocratie, où le suffrage universel est en principe le maître de tout.

Moins attendue et par-là-même plus inquiétante, la «sortie», dans la même veine, mardi dans un entretien au quotidien Le Figaro, de Gérard Larcher, le président du Sénat français. Qu’a dit Larcher, dont la fonction en fait le remplaçant ad intérim du chef de l’Etat en cas de décès de ce dernier? Il a dit:

«S’il n’y a pas de campagne, la question de la légitimité du gagnant se posera»
Gérard Larcher, président du Sénat

Certes, Valérie Pécresse, la candidate du parti Les Républicains, la formation de Gérard Larcher, désormais quatrième ou cinquième dans les sondages, paraît incapable d'accéder au second tour de la présidentielle. Elle n’aura pas été bonne oratrice et puis, surtout, cela vaut aussi pour la candidate socialiste Anne Hidalgo, son positionnement politique est grandement vampirisé par Emmanuel Macron, et ce, depuis son élection de 2017 agrégeant le centre droit et le centre gauche.

Tel le premier venu des antisystèmes

De quoi rendre un brin rageux ce bon Larcher, un tueur comme tout politique qui se respecte. Mais ce n’est pas une raison pour, tel le premier venu des antisystèmes, mettre en doute le verdict des urnes. A l’heure de la guerre en Ukraine, où la souveraineté d’un président et les institutions qu’ils représentent sont piétinées par la Russie, cette façon d’encourager la sédition et avec elle le chaos, a quelque chose d’irresponsable. L’éditorialiste Jean-Michel Aphatie s’en est ému sur la chaîne LCI:

L'arme de la menace

Pourquoi ce ton menaçant qui fragilise l'édifice républicain? Rappelons d’abord que sous la Ve République, aucun des présidents sortants sollicitant un second mandat n’a débattu avec ses concurrents avant le premier tour de la présidentielle. Ils ont bien débattu, mais toujours dans l’entre-deux tours, face à leur seul et unique challenger – à l’exception de Jacques Chirac en 2002, qui avait refusé l'exercice en face d'un candidat d’«extrême droite», Jean-Marie Le Pen, son adversaire surprise du second tour.

«Gilets jaunes» for ever

Larcher, comme Dupont-Aignan, n’ignore rien de cette tradition, de cette convention tacite, selon laquelle seuls les challengers s’affrontent avant le premier tour. Encore qu’Emmanuel Macron ait pris part à la «grande soirée politique» organisée le 14 mars par TF1, qui a vu tous les candidats (sauf les très bas dans les sondages) répondre les uns après les autres aux questions des journalistes.

Alors, oui, pourquoi ce ton plein de morgue? Sans doute faut-il voir là l’effet «gilets jaunes», ce mouvement social, pour partie insurrectionnel, apparu fin 2018 après que le gouvernement eut augmenté la taxe sur les carburants.

Quelque chose de l’innocence républicaine, qui faisait que chacun acceptait les règles du jeu de la démocratie représentative, a été perdu. Macron a sauvé sa tête, mais le couperet n’est pas passé loin

Depuis, l’actuel locataire de l’Elysée – et sa méthode «les pieds dans le plat» de gouverner n’arrange rien, tout en lui apportant un socle important d’électeurs craignant cette France «gilets jaunes» – est comme sommé de comparaître devant des tribunaux populaires. Il s’agit de pouvoir dire son fait au président de la République. Un peu comme on passe ses nerfs sur quelqu’un.

Il paraît que ce sera pire

Nul doute qu’une forte abstention au deuxième tour de la présidentielle donnerait des arguments supplémentaires à tous les apprentis de la sédition. Jean-Luc Mélenchon, actuel troisième dans les sondages derrière Marine Le Pen et dont les chances d’affronter Emmanuel Macron ne sont pas nulles, pourrait être tenté, lui aussi, par le procès en illégitimité s’il devait échouer, comme en 2017, à défier le président sortant. Il se dit que le prochain quinquennat sera encore plus instable que celui qui s'achève. On n'est pas obligé non plus de suivre les prédictions.

Jean-Pierre Pernaut président france

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