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Pas copains du tout, l'insoumis Jean-Luc Mélenchon (à gauche) et le communiste Fabien Roussel (à droite).
Pas copains du tout, l'insoumis Jean-Luc Mélenchon (à gauche) et le communiste Fabien Roussel (à droite).image: montage Saïnath Bovay-shutterstock
Présidentielle 2022

Le pinard, le nucléaire, les wokes: quand la gauche française s’entredéchire

Au plus bas dans les sondages de la présidentielle, la gauche française est traversée de fractures qui semblent irréparables. Ça saigne abondamment.
12.01.2022, 05:4712.01.2022, 12:08

C’est la déclaration qui le fera peut-être enfin décoller dans les sondages. Parfait inconnu à l’international, Fabien Roussel, le candidat du Parti communiste français à l’élection présidentielle, l’un des plus bas, à gauche, avec seulement 2,5% d’intentions de vote, a, le 9 janvier, sur France 3, dit une chose en apparence bien anodine, qu’il a répétée le jour même dans le tweet que voici:

Cette profession de foi mêlant l’identitaire et l’égalitaire, a valu à son auteur un tir nourri de reproches venant de la gauche. Sans doute Fabien Roussel, qui réagissait dans l’émission «Dimanche en politique» à des propos tenus sur le même thème par Emmanuel Macron, n’ignorait-il rien du potentiel incendiaire de sa petite phrase.

Accusé de flirter avec l'extrême droite

Vin, viande, fromage, autrement dit: alcool, abattage, produit animal. Trois lignes rouges de franchies, constitutives d'une dissidence avec le credo de l’écologie et de la défense des minorités. Des principes sinon majoritaires, du moins en vogue aujourd’hui à gauche, partagés par l’ensemble des candidats se revendiquant de cette appartenance, chacun y mettant plus ou moins de conviction: Jean-Luc Mélenchon (condamné mardi pour injures et diffamation), Yannick Jadot, Anne Hidalgo et, qui sait, bientôt aussi Christiane Taubira. Sauf, donc, par Fabien Roussel.

Agé de 52 ans, une bouille de personnage de BD des années 60, ce député communiste d’un département partiellement mangé par le Rassemblement national, celui du Nord évoquant tout à la fois la gaité et la sinistrose, aurait un air de famille avec l’extrême droite aux yeux de ses détracteurs de gauche.

Le twittos Ryan Ghosting trouve au «menu» proposé par Fabien Roussel un aspect facho:

«J'espère que je ne suis pas l'anti-France»

Cet ancien député écologiste des Français de l’étranger se demande pour sa part si ses goûts sont ceux d'un patriote:

La charge la plus rude est peut-être signée Mouffette, qui dessine le candidat communiste en beauf aviné. Une caricature comme ressortie d'un catalogue des années 80, quand des humoristes de gauche se «foutaient d'la gueule» des Robert et des Jean-Claude, prolos franchouillards et futurs électeurs du Front national, en ayant eu marre du rôle de poires que leur faisait tenir le progressisme branchouille en usage à l'époque:

«Mépris de classe»

Sauf que, depuis, les gilets jaunes, qui ne sentaient pas toujours la violette le samedi sur les ronds-points, ont comme rappelé la gauche à ses devoirs envers les «sans grades». «Mépris de classe», ont fustigé, à la suite du dessin de Mouffette, ceux qui forment l’autre partie de la gauche, celle enracinée dans la nation et qui, parfois, associe comme Fabien Roussel le drapeau français à celui des luttes ouvrières:

Bien que pour l’heure encore insignifiant dans les sondages, Fabien Roussel est décidément la figure emblématique des fractures à gauche, entre universalistes et différentialistes, entre laïques et wokes, entre «islamophobes» et «islamo-gauchistes», des termes comme autant de noms d'oiseau.

Ces passions se sont retrouvées au cœur d’un colloque qui s’est tenu les 7 et 8 janvier à La Sorbonne à Paris, où la cible attaquée était le «déconstructionnisme», un synonyme de «wokisme», censément à l’œuvre dans les facs de sciences humaines. Le vin, la viande et le fromage incarneraient, selon les wokes ou l'idée qu'on se fait d'eux, ce «reste» de France non encore déconstruit et constituant une offense à ceux qui ne mangent pas de viande et ne boivent pas d’alcool, parmi ces derniers, doit-on comprendre, les «musulmans».

Le scud de Caroline Fourest

Le candidat du PCF, cet acronyme devenu vintage comme «CCCP» sur certains t-shirts et désignant, rappelons-le, le Parti communiste français, appartient, ses déclarations en attestent, à la gauche universaliste, la laïque (l’«islamophobe», disent ceux qui n'aiment pas ça).

La participation de Roussel, aux côtés, entre autres, de militants laïques du Printemps républicain, à une cérémonie commémorant les attentats islamistes des 7, 8 et 9 janvier 2015, a été vivement critiquée par ses ennemis à gauche, telle la députée Elsa Faucillon, pourtant elle aussi communiste, le parti n'échappant donc pas aux divisions. L’essayiste Caroline Fourest, connue pour son engagement contre les intégrismes religieux, notamment l’islamisme, a sèchement répliqué à la députée:

Le nucléaire? Oui merci

Le nucléaire est une autre pomme de discorde à gauche. Là encore et sans surprise, Fabien Roussel, qui s'inscrit dans la longue histoire du progrès et soutient à ce titre la médecine et la science, est un chaud partisan de cette énergie majoritaire en France, combattue par les écologistes et le candidat le mieux placé à gauche actuellement dans les sondages, l'«insoumis» Jean-Luc Mélenchon, un ex-techno converti aux renouvelables. Cela vaut à Roussel des procès en droitisation et des indignations nauséeuses, telle que celle-ci, récapitulatif des dérives attribuées à sa personne, dont une qu’on découvre, son soi-disant soutien au régime chinois:

Et il faudrait maintenant réconcilier ces gauches qui se haïssent et qui surtout n'ont plus rien à se dire? N’y comptez même pas!

Quelle est l'origine du doigt d'honneur? On vous raconte!

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