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Ukraine: Londres livrera des munitions à l'uranium appauvri

Le char Challenger 2 britannique peur tirer des munitions à l'uranium appauvri.
Le char Challenger 2 britannique peur tirer des munitions à l'uranium appauvri.Keystone

Poutine accuse l'Occident de livrer des armes «nucléaires»: ce que ça cache

Vladimir Poutine a affirmé que la Russie serait «contrainte de répliquer» si le Royaume-Uni envoie des munitions à l'uranium appauvri en Ukraine, comme une responsable britannique a fait savoir lundi. Mais de quoi s'agit-il?
23.03.2023, 05:5203.05.2023, 16:43
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Depuis le début de la guerre, l'Ukraine a littéralement été inondée d'armes. Les alliés occidentaux ont livré à Kiev des équipements militaires pour une valeur de près de 40 milliards de dollars. Si la Russie a toujours critiqué cette démarche, l'un de derniers envois a particulièrement irrité Moscou.

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Il s'agit de munitions contenant de l'uranium appauvri, que le Royaume-Uni va envoyer à côté d'autres armes, dont notamment 14 chars d'assaut Challenger 2. C'est ce qui ressort d'une déclaration de la vice-ministre britannique de la Défense Annabel Goldie, datant de lundi. Dans une réponse écrite à une question posée par un parlementaire, elle affirme:

«Nous fournirons des munitions, notamment des obus perforants contenant de l'uranium appauvri. Ces munitions sont très efficaces pour détruire les chars et les véhicules blindés modernes»
Annabel Goldie, la vice-ministre britannique de la Défense

La réaction du Kremlin n'a pas tardé. «Aujourd'hui, on a appris que le Royaume-Uni avait annoncé non seulement la livraison de chars à l'Ukraine mais également d'obus contenant de l'uranium appauvri. Si cela se produit, la Russie sera contrainte de répliquer», a affirmé Vladimir Poutine mardi. Pour le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, «un pas de plus a été franchi».

«L'Occident commence à utiliser des armes à composante nucléaire»
Vladimir Poutine, président russe

Radioactif et toxique

Au-delà de l'effet d'annonce, de quoi s'agit-il, au juste? A-t-on vraiment affaire à des armes «nucléaires», comme l'affirme le président russe?

Les obus à l'uranium appauvri sont des munitions incendiaires destinées à percer les blindages, développées à partir des années 1960. Ce matériel, relativement bon marché, est un sous-produit de l'enrichissement de l'uranium pour la fabrication de combustible nucléaire ou d'armes, explique l'ONG «Conflict and Environment Observatory» (CEOBS) sur Twitter. Ce n'est donc pas une arme nucléaire à proprement parler, mais son utilisation est critiquée.

A depleted uranium shell is fired from a Challenger 2 tank gun barrel mounted on a 120mm gun stand, at the Kirkcudbright Training Area in Scotland, Tuesday Feb. 20 2001. Campaigners called for a morat ...
Le canon d'un char Challenger tire des obus à l'uranium appauvri.Image: AP MOD HO

Bien que moins radioactif que l'uranium enrichi, l'uranium appauvri l'est en effet tout de même, et est également chimiquement toxique. Un grand nombre de recherches, menées notamment par l'armée américaine, indiquent que ce matériel peut avoir un impact sur la santé, peut-on lire dans un rapport du CEOBS.

Les militaires sont conscients des objections de l'opinion publique, poursuit l'ONG. Pour cette raison, l'utilisation de l'uranium appauvri s'accompagne de nombreuses «activités de relations publiques», s'appuyant sur sa faible radioactivité ou sur le fait qu'il ne soit pas interdit.

Cancers et théories non vérifiées

Les risques que ces munitions comportent pour les soldats et les populations vivant dans les zones visées sont souvent pointés du doigt. Les obus à l'uranium appauvri avaient été cités comme l'une des causes possibles du «syndrome du Golfe», nom désignant les problèmes de santé des anciens combattants de la guerre du Golfe en 1991. Cela n'a pourtant pas été scientifiquement prouvé.

Des cas potentiels ont également eu lieu pendant la guerre dans les Balkans. Au moins six soldats italiens sont morts d'un cancer après avoir servi en Bosnie, au Kosovo et en Macédoine à la fin des années 1990. Dans ces pays, l'Otan avait utilisé des munitions à l'uranium appauvri. Pourtant, aucun lien entre cette substance et ces décès n'a pu être établi.

Portuguese and Italian KFOR soldiers measure radiation levels near a Yugoslav Army tank destroyed during NATO bombing campaign, in the western Kosovo town of Klina, Tuesday, January 9, 2001. There are ...
Des soldats portugais et italiens mesurent les niveaux de radiation près d'un char de l'armée yougoslave détruit par des armes à l'uranium appauvri, 2001.Image: AP

Poussière d'uranium

Quand ces obus atteignent leur cible, ils produisent une poussière d'uranium. Elle forme de l'oxyde d'uranium qui se dépose à l'intérieur du véhicule frappé, explique une prise de position du Comité scientifique des risques sanitaires et environnementaux de l'Union européenne.

Selon le CEOBS, cette poussière constitue un risque d'inhalation. L'uranium contaminerait également les véhicules ou les objets frappés par ces munitions. «L'exposition de l'homme à l'uranium appauvri et le niveau d'absorption de celui-ci semblent inférieurs aux niveaux tolérables établis pour l'uranium», nuancent de leur côté les spécialistes de l'UE. Selon leurs conclusions, ce matériel «ne devrait pas poser de risques pour l'environnement et la santé humaine».

Pourtant, ils soulignent que, dans les zones de combat, les véhicules touchés doivent être «rendus inaccessibles au grand public et correctement évacués et traités». De même, les obus usagés doivent être «collectés, évacués et traités». Pas sûr que cela puisse toujours être possible dans le chaos des combats.

Voici le Challenger 2, le char anglais envoyé en Ukraine
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Voici le Challenger 2, le char anglais envoyé en Ukraine
source: uk ministry of defence
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