«15 minutes»: Comment l'Ukraine peut repérer des cibles encore plus vite
Dans la guerre des drones, l’armée ukrainienne semble avoir transféré au front la prise de décision, ceci à un niveau inédit. Les unités de première ligne peuvent utiliser leurs smartphones, tablettes et ordinateurs portables pour repérer des cibles à l’aide d’images satellites commerciales, ce qui leur permet de frapper beaucoup plus rapidement. Kiev accorde également davantage d’autonomie aux unités dans le choix des nouveaux drones.
Selon le Wall Street Journal, les unités ukrainiennes utilisent désormais des images haute résolution fournies par l’entreprise américaine Vantor, transmises directement aux appareils des soldats. Lors de certaines missions, cela a permis de réduire jusqu'à 90% le temps nécessaire pour localiser et frapper des cibles russes.
L’imagerie satellitaire commerciale est utilisée depuis longtemps, surtout pour mettre à jour des services de cartographie. En Ukraine, elle assume désormais une fonction militaire directe sur le front. Ces images sont complétées par un logiciel qui permet aux soldats de détecter les changements de position et d’examiner les cibles.
Comme le rapporte le journal, une procédure de vérification centralisée à Kiev retardait souvent la transmission de ces informations au front de plusieurs heures, voire de plusieurs jours. Les images de Vantor, en revanche, seraient disponibles en quinze minutes dans certains cas.
Un accès direct aux données
Le Wall Street Journal décrit une opération dans le sud-est de l’Ukraine. Une petite unité soupçonnait une activité dans un bâtiment dissimulé par une végétation dense. Un drone de reconnaissance ne pouvait presque rien distinguer à travers les feuilles. Des capteurs satellitaires ont toutefois révélé la présence de véhicules blindés autour du bâtiment.
Après trois jours de surveillance depuis l’espace, l’unité a conclu qu’il s’agissait d’un lieu de réunion pour des stratèges militaires russes. Les soldats ont alors attaqué le bâtiment et les véhicules avec un drone de combat. L’un des soldats ukrainiens impliqués a déclaré:
Les données satellitaires ont également joué un rôle décisif dans une autre mission. Une unité ukrainienne enquêtait sur un site situé en Ukraine occupée, dont les bâtiments avaient auparavant servi d’entrepôts à céréales.
Seule la comparaison entre de nouvelles images satellites et d’anciennes prises de vue a permis de repérer des changements sur le site. Des traces de pneus récentes indiquaient la présence de véhicules militaires. La 422e brigade ukrainienne a alors déployé des drones d’attaque et frappé un dépôt de munitions russe.
Un combattant ukrainien a déclaré au Wall Street Journal que cette technologie permettait d’économiser deux ressources particulièrement rares:
L’analyste militaire Franz-Stefan Gady a déclaré au média américain:
Il désignait le temps qui s’écoule entre la détection d’une cible et la frappe. Plus ce délai est court, moins l’ennemi a de temps pour se déplacer, se camoufler ou prendre des contre-mesures.
Les experts voient aussi des risques
Selon le rapport, Vantor dispose de dix satellites qui couvrent chaque jour environ 2,7 millions de kilomètres carrés de la surface terrestre. L’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires annuel de 900 millions de dollars l’an dernier et compte plus de dix clients européens.
Cette technologie a toutefois ses limites. Sous une épaisse couverture nuageuse, fréquente en hiver en Ukraine, les images satellites sont peu utiles. De plus, les satellites ne peuvent pas rester en permanence au-dessus d’une cible en mouvement.
Même la transmission directe d’informations non vérifiées aux soldats comporte des risques, surtout si ceux-ci lancent ensuite des frappes de drones meurtrières. Nand Mulchandani, ancien responsable de la technologie à la CIA, a averti:
Traduit de l'allemand par Daphnée Lovas

