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Ukraine: Un youtubeur fait parler les Russes sur la guerre

Vidéo: watson

«On vit dans un Etat de merde»: ce Youtubeur fait parler les Russes

La chaîne de Daniil Orain, un youtubeur de 21 ans, compte des milliers d'abonnés. Dans les rues de Moscou, il demande aux passants leur avis sur le conflit en Ukraine. Un contenu qui n'a pas (encore) été censuré par le Kremlin.
04.07.2022, 05:4804.07.2022, 09:35
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Combien de soldats russes sont morts en Ukraine? Est-ce que la Russie est un Etat totalitaire? Quels autres pays faudrait-il «dénazifier»? Pouvez-vous prononcer le mot «guerre»? Ces questions, parmi d'autres, sont posées aux habitants de Moscou par Daniil Orain, un youtubeur russe de 21 ans. Sa chaîne 1420, du nom de son ancien collège, compte plus de 300 000 abonnés. Mais comment se passent réellement les tournages sur place? La population est-elle d'accord de s'exprimer publiquement sur le conflit? Est-ce que c'est dangereux de publier de telles vidéos? Nous l'avons contacté pour qu'il nous raconte.

«Je veux juste que les Russes soient transparents»

watson
Hello! Nous avons regardé tes vidéos et aimerions organiser une interview. Serais-tu disponible?
Daniil Orain
Oui mais écrivez-moi sur Telegram s'il vous plaît.

Pourquoi Telegram? Parce que l'application de chat est sécurisée, contrairement à la messagerie de Google. Par vidéoconférence, il revient sur son parcours:

«J'ai travaillé comme ingénieur logiciel pendant trois ans. A l'époque, je faisais déjà des micros-trottoirs. Depuis mars, j'ai décidé de me consacrer à 100% à ma chaîne YouTube, toujours avec le même contenu»

Aidé de son équipe – ils sont sept en tout – Daniil Orain poste une vidéo par jour. Elles font chacune plusieurs centaines de milliers de vues. Une interrogation suscite toutefois: comment peut-il ouvertement critiquer l'invasion russe en Ukraine sans aucunes représailles? Le youtubeur reste très détaché dans ses réponses:

«Lors des interviews, nous ne donnons aucune information aux gens. Nous posons simplement des questions. De toute façon, que nous suivions ou non la loi, si le gouvernement n'aime pas ce que nous faisons, il nous arrêtera. Et puis, nous traitons également d'autres sujets, pas seulement de l'Ukraine. Le concept de la chaîne est de monter ce que les Russes pensent. Nous voulons juste qu'ils soient transparents»

Il raconte toutefois que lors d'un récent tournage – ils demandaient aux personnes âgées si elles ont aimé vivre en Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) – des policiers les ont observés. Les forces de l'ordre n'ont finalement pas fait grand-chose. «Nous étions un peu inquiets, mais en vrai ils s'en fichent... pour le moment», plaisante-t-il.

L'une des vidéos qui a le plus cartonné dernièrement est celle dans laquelle les passants regardent et commentent les photos des destructions en Ukraine.

Elle compte plus d'un million de vues sur YouTube 👇

Vidéo: YouTube/1420

D'un point de vue européen, nous pouvons être étonnés de voir les Russes apparaître à visage découvert et répondre à de telles questions. Comment est-ce possible? «Ça dépend du sujet», précise Daniil Orain. «Si nous demandons de deviner des drapeaux, 90% des personnes vont se prêter au jeu. Si c'est politique en revanche, c'est plutôt 10%. Mais si vous analysez mes vidéos, peu de gens disent texto des choses négatives sur le gouvernement», souligne-t-il.

1420 ne serait pas regardée en Russie

Le youtubeur avoue tout de même à demi-mot «ne pas réellement savoir pourquoi il peut encore faire son travail». Il ajoute toutefois:

«Au début, nous n'étions pas rassurés. Mais nous ne voulons pas vivre dans la peur, ça ne sert à rien»

De plus, comme il l'explique, il est évident pour lui que le régime est au courant de l'existence de sa chaîne, notamment en raison du nombre de vues qu'elle génère. Il affirme cependant que les personnes qui regardent ses vidéos vivent à l'international. Pourquoi?

Premièrement, parce qu'en Russie, une majorité de la population croit aux informations officielles diffusées à la télévision. Les informations étrangères sont bloquées. Et donc:

«La majorité des Russes ne va pas aller chercher plus loin. Ceux qui le veulent vraiment, comme les jeunes par exemple, peuvent encore accéder aux nouvelles mondiales via Telegram. Ils doivent toutefois installer des réseaux privés virtuels (VPN). Mais peu de personnes sont au courant de cela et connaissent comment le système fonctionne. Il faut vraiment vouloir s'informer»
Daniil Orain

Deuxièmement, parce que la communication sur la chaîne 1420 ne se fait pas en russe:

«Les sous-titres, les légendes, les descriptions et les visuels des vidéos sont en anglais. Les gens pensent donc que le contenu ne leur est pas destiné»
Daniil Orain

Cette visibilité hors des frontières ne gêne donc personne? «Non.» Pourquoi? «Parce que la réputation de la Russie est enterrée depuis le début du conflit», argumente Daniil Orain. Il ajoute:

«Et surtout, ils s'en fichent de ce que vous pouvez penser»

«Je ne suis pas un activiste»

Malgré l'apparent laisser-faire des autorités, le travail de Daniil Orain reste engagé. Journaliste? Activiste? Youtubeur? Comment se définit-il? «Je n'aime pas qu'on me mette dans une case. Si on me met dans une boîte, j'aurai l'impression que je ne peux rien faire d'autre.» Il ne se reconnaît toutefois pas dans le terme «activiste». Pour justifier le choix de ses sujets, il explique:

«Je ne regarde pas vraiment les informations. Je me base beaucoup sur les commentaires des gens sous mes vidéos. Si tout le monde parle d'un sujet, je m'en empare. J'écoute ce que mes abonnés pensent»
Daniil Orain

A l'entendre parler, on a réellement l'impression que l'ambiance est très détendue en Russie, contrairement à ce que nous pourrions penser depuis l'Europe. Aucune tension dans les rues? Pas de malaise lorsqu'on aborde le thème de la guerre en Ukraine? Il répond, presque fier:

«Il y a une super bonne vibe à Moscou en ce moment»

Il poursuit: «C'est le meilleur moment de l'année, il fait bon et les gens sont heureux. Il n'y a rien d'effrayant ici. Les Russes commencent d'ailleurs à en avoir marre de parler de ça. Nous sommes déjà fatigués de cette guerre», conclut-il.

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source: sda / ludovic marin / pool
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