Pourquoi les «stages» en Ukraine des recrues des cartels inquiètent
Les mercenaires colombiens ont combattu dans de nombreuses guerres. Des Colombiens ont été déployés au Soudan du Sud, au Yémen et, plus récemment, en Ukraine. Mais si ces hommes combattent côte à côte en Ukraine, certains d’entre eux ne sont pas dans le même camp en Colombie. C’est ce que rapporte un humanitaire colombien au Financial Times.
Les drones ont transformé les conflits
L’utilisation des drones a profondément transformé non seulement la guerre en Ukraine, mais aussi le conflit qui oppose depuis de longues années l’Etat colombien, les rebelles de gauche et les cartels de la drogue. Pedro Sánchez, ministre colombien de la Défense sur le départ, explique:
Selon les estimations du ministère de la Défense, les groupes illégaux auraient mené au total 264 attaques de drones en 2024 et 2025. Cette année encore, plusieurs soldats de l’armée colombienne ont été tués par des attaques de drones, dans leur propre pays.
L’année dernière, 96% des attaques de drones auraient pu être déjouées grâce au brouillage des signaux ou à la destruction des appareils, estime Pedro Sánchez. Mais les groupes illégaux tentent désormais d’acquérir le savoir-faire ukrainien afin de pouvoir contourner les défenses des forces armées colombiennes.
L’expertise ukrainienne reconnue mondialement
Selon ce qu’un pilote de drones colombien déployé en Ukraine a raconté au journal, des recrues des cartels chercheraient à suivre des formations au montage et au pilotage de drones à vue subjective, ou drones «First Person View» (FPV). Ces appareils sont dirigés sur leur cible et explosent au moment de l’impact. Il raconte:
Les groupes armés ignoreraient également comment fixer la charge explosive selon la méthode employée en Ukraine. Ils se seraient en outre procuré des drones à fibre optique, relié au pilote par un câble, ce qui empêche le brouillage du signal. Ces appareils sont eux aussi issus de la dynamique d’innovation engendrée par la guerre en Ukraine.
Le gouvernement colombien réagit en imposant des restrictions à l’importation de tous les types de drones. Un projet de bouclier antidrones d’un coût de 1,6 milliard de dollars américains serait également à l’étude, écrit le Financial Times.
Des décennies de conflits en Colombie
L’armée colombienne combat les cartels et les groupes de guérilla depuis des décennies. Certaines factions ont poursuivi la lutte bien après la démobilisation des Farc en 2016. Tous ces groupes armés présents en Colombie participeraient, sous une forme ou une autre, à des activités économiques illégales comme le trafic de drogue, l’exploitation minière clandestine ou l’extorsion, rappelle le Financial Times.
Alors que le président sortant Gustavo Petro a misé sur les négociations, son successeur Abelardo de la Espriella entend «rétablir l’autorité de l’Etat dans les régions les plus durement touchées par la violence».
Le problème posé par les groupes armés n’a aucunement diminué. Elizabeth Dickinson, directrice adjointe pour l’Amérique latine à l’International Crisis Group, estime:
Les forces armées colombiennes auraient entièrement perdu leur monopole sur l’espace aérien, «et cela constitue véritablement un bouleversement stratégique majeur». La situation ne risque guère de s'améliorer lorsque les mercenaires reviendront d'Ukraine avec de nouvelles compétences de pointes acquises en Ukraine. (trad. btr)
En juin, Mykhaïlo Fedorov, ministre de la Défense limogé ultérieurement, avait annoncé une réforme prévoyant de porter jusqu’à 50% la proportion de mercenaires au sein des troupes d’assaut et de l’infanterie. Pour y parvenir, Kiev entendait recruter de nouveaux combattants dans le monde entier en leur proposant une solde moyenne équivalant à environ 5400 francs. (ats)
