«Le moment d'agir»: les drones inquiètent beaucoup l'ex-boss de l'armée suisse
À l'aéroport de Leipzig, un drone piégé a été découvert à proximité d'un avion-cargo ukrainien. Quelle a été votre première réaction, en apprenant cela?
Thomas Süssli: Ma première pensée a été que ce genre d'incident devait forcément finir par arriver. La menace des drones est un sujet majeur depuis le début de la guerre en Ukraine. Aujourd'hui, même la moindre organisation terroriste peut fabriquer ce type de drones avec peu de moyens.
Officiellement, on ignore encore qui se cache derrière cette tentative d'attentat, mais les regards se portent vers la Russie. Quelle est votre hypothèse?
Sans avoir eu accès aux sources de première main, il serait hasardeux de spéculer sur d'éventuels auteurs.
Qu'est-ce que signifie cet incident pour la Suisse?
Il ramène brusquement la menace des drones au premier plan de nos préoccupations. Un drone équipé d'explosifs constitue un changement de nature du danger.
Le moment d'agir est définitivement venu.
Quel rôle joue l'armée dans la défense anti-drones?
Elle constitue en quelque sorte le dernier recours. Elle ne peut pas être engagée au quotidien pour protéger contre les drones, car il n'existe aucune base légale pour ce type d'opération. On pourrait envisager que le Conseil fédéral décide d'élargir les opérations supplémentaires à la protection des infrastructures critiques, à l'image des interventions de l'armée durant la pandémie.
Mais l'armée ne dispose que de peu de moyens pour se défendre contre les drones.
Elle possède déjà quelques systèmes de défense anti-drones. Mais elle doit, comme tous les autres acteurs, encore intensifier ses efforts.
Les infrastructures critiques sont particulièrement exposées, comme les aéroports, les centrales nucléaires ou les installations énergétiques. Comment doivent-elles être protégées?
Ces infrastructures critiques doivent désormais assumer leurs responsabilités et mettre en place leur propre défense anti-drones, si elles ne l'ont pas encore fait.
Que faut-il pour mettre en place une défense anti-drones efficace?
Mettre en place ce genre de systèmes est complexe. Dans un premier temps, il faut des capteurs pour pouvoir tout simplement détecter les drones. Il en existe de type optique, acoustique et électromagnétique. Dans un second temps,
Troisième étape, il faut des moyens capables d'agir directement sur les drones. J'imagine que des entreprises spécialisées dans ce domaine verront bientôt le jour.
Quels sont les moyens disponibles?
Il existe des systèmes laser, des systèmes cinétiques comme le Skynex ou le Skyranger de Rheinmetall Air Defence, des brouilleurs électromagnétiques permettant le «jamming», c'est-à-dire l'interruption du pilotage d'un drone. Il existe aussi des filets pour capturer physiquement les drones. Et l'on peut également pirater ces appareils. Un moyen important contre les petits drones volant à basse altitude, ce sont les drones intercepteurs, c'est-à-dire des drones qui viennent en percuter d'autres.
Quel moyen convient le mieux pour la protection?
Je pense par exemple à certaines installations de postes de transformation électrique importants. En Ukraine, les images de voies de circulation ou de bâtiments importants protégés par des filets font désormais partie du quotidien.
L'Allemagne a réagi face à la menace des drones en ouvrant très rapidement un centre spécialisé. La Suisse en a-t-elle également besoin?
Cela permettrait de centraliser les connaissances, les compétences en matière d'acquisition, ainsi que le réseau de contacts. C'est d'ailleurs déjà ce qui a été fait pour la cyberdéfense, avant que n'en résulte, plus tard, l'Office fédéral de la cybersécurité.
Y a-t-il un besoin d'agir sur le plan juridique?
Je crains que les cantons ne doivent revoir leurs bases légales. Ce sont eux qui sont responsables de la sécurité.
La question juridique centrale est sans doute de savoir qui décide, quand et où, de ce qu'il convient d'entreprendre contre un drone.
Comme il faut pouvoir agir rapidement en cas de danger, ces décisions devraient être prises sur place. C'est en effet uniquement sur le terrain que l'on peut évaluer les dommages que pourrait provoquer la neutralisation d'un drone. Cela nécessite un cadre juridique clair.
Que doit faire la Suisse dans l'immédiat?
La Confédération devrait aussi clarifier ce que font les différents cantons. Et il faudrait rapidement organiser une table ronde avec les exploitants d'infrastructures critiques. Ce sont là des mesures immédiates, réalisables sans attendre la création d'un centre dédié aux drones.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
