Les frappes russes font craindre une «catastrophe épidémiologique» à Kiev
Il ne se passe désormais guère une journée en Ukraine sans l'annonce de nouvelles frappes russes contre le secteur énergétique, provoquant de vastes coupures de courant et faisant craindre un nouvel hiver difficile.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a indiqué dimanche que Moscou avait visé des installations électriques et des infrastructures pétrolières et gazières à 76 reprises au cours de la semaine, malgré l'annonce par Donald Trump d'une «trêve énergétique» entre Kiev et Moscou.
Et lundi, «plus de 10 sites énergétiques ont été endommagés», coupant le courant pour «au moins 550 000 familles», après de nouvelles attaques.
Des coûts de réparation mirobolants
L'Ukraine a également repris ses frappes. Dimanche, son armée a notamment visé une raffinerie et un dépôt pétrolier à Saint-Pétersbourg, loin du front, provoquant des incendies spectaculaires.
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Les attaques russes sont cependant bien plus dévastatrices et contraignent les autorités municipales et les compagnies d'énergie à une course contre la montre pour réparer un réseau déjà sévèrement endommagé.
Car l'hiver dernier est encore dans toutes les têtes: le pilonnage russe sur le réseau énergétique avait coupé l'électricité et le chauffage pour des millions de foyers, par des températures glaciales. Si les délestages sont un moyen d'alléger la pression, il n'y a actuellement aucune solution pérenne.
La Banque mondiale a estimé, en février dernier, que la facture à long terme pour restaurer le secteur énergétique ukrainien se chiffrait à 91 milliards de dollars (environ 75 milliards de francs), dont 4,9 milliards de dollars pour les réparations urgentes rien que cette année.
Olena Pavlenko, directrice du groupe de réflexion sur l'énergie DiXi Group, estime que ce chiffre pourrait être sous-estimé:
Un problème majeur en vue pour Kiev
La ville de Kiev, qui compte 3 millions d'habitants, est alimentée par trois centrales de cogénération (production combinée de chaleur et d'électricité) d'une capacité totale d'environ 1,3 gigawatt, selon l'observatoire Global Energy Monitor.
Mais le maire, Vitali Klitschko, a expliqué ce mois-ci que la capacité de la ville à produire de l'électricité avait été «détruite», en dépit des réparations effectuées depuis l'hiver dernier. Olena Pavlenko a par ailleurs confirmé:
Les centrales de Kiev remontent aux années 1970 et 1980, à l'époque soviétique, et le stock de pièces de rechange pour réparer les dégâts s'amenuise près de cinq ans après le début du conflit.
Selon Vitali Zaïtchenko, qui travaille au sein de l'opérateur du réseau Ukrenergo, les récentes frappes de missiles et de drones rendent en outre le travail des énergéticiens «nettement plus difficile»:
Or, installer rapidement une alimentation de secours est «extrêmement difficile» et les alertes aériennes, qui retentissent jour et nuit et peuvent durer des heures, compliquent les réparations.
Des craintes pour l'eau
Toujours à Kiev, Volodymyr Zelensky a ouvertement critiqué le maire pour des retards dans la préparation des plans de contingence pour l'hiver. Vitali Klitschko assure, lui, que des systèmes de secours seront en place, avec des générateurs pour les écoles et les établissements médicaux, pour l'éclairage, le chauffage et l'eau chaude.
Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), l'Ukraine disposait d'environ 38GW de capacité de production avant l'invasion, mais celle-ci a chuté de manière spectaculaire et est aujourd'hui incertaine.
Le pays peut cependant compter sur ses trois centrales nucléaires encore en service, qui ne sont pas prises pour cible et qui fournissent actuellement plus de 55% de la production totale d'électricité.
La décentralisation de l'approvisionnement énergétique via la production locale, le stockage d'énergie par batteries, les micro-réseaux et la cogénération ont été proposés pour augmenter l'offre, mais le temps ne joue pas en faveur de l'Ukraine.
L'absence de stabilité de l'électricité sur le réseau a déjà entraîné la suspension temporaire du métro de Kiev. S'ajoutent des craintes sur une perturbation de l'approvisionnement en eau. Serguiï Gorkoutsenko, directeur général adjoint de Kyivvodokanal, principal fournisseur de la ville pour cette ressource, a prévenu:
Les habitants de Kiev ont déjà vu leurs robinets se tarir. A cela s'ajoute le risque de ne plus pouvoir évacuer les eaux usées. Serguiï Gorkoutsenko conclut, inquiet:
