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shutterstock/Aneros

Messieurs, faites connaissance avec votre prostate. Plaisir garanti

C'est dimanche, parlons sexe! Et brisons un tabou: la stimulation de cette petite glande (la prostate, donc) est mal connue des hommes hétéros. Pourtant, ces pratiques peuvent offrir de fortes sensations. Explications.

Nina Le Clerre / slate



Un article de Slate

C'est au lycée que Valentin, aujourd'hui âgé de 29 ans, découvre ses premières sensations prostatiques. «J'ai toujours aimé essayer des choses», se souvient-il. À l'époque, il tombe sur un post Tumblr qui parle de la stimulation de la prostate. Alors, il fait avec ce qu'il a sous la main, ou plutôt dans la cuisine de ses parents. Il s'empare d'une carotte qu'il enveloppe dans un préservatif et se pénètre. L'expérience est concluante, l'adolescent «apprécie».

C'est aussi à l'adolescence que Pietro connaît sa première expérience anale. Un jour, sous la douche, le jeune garçon s'introduit un doigt dans l'anus. «Je n'ai rien ressenti d'incroyable», se remémore-t-il. Mais il continuera à explorer cette partie de son corps pendant les années qui suivent. «Au début, ce n'était pas des expériences prostatiques en tant que telles, mais la simple pénétration me faisait du bien», précise-t-il.

Jusqu'à ce qu'il découvre le pouvoir insoupçonné de la prostate, cette petite glande, de la taille d'une noix ou d'une prune, située sous la vessie. En plus d'intervenir dans la fabrication et dans la propulsion du sperme pendant l'éjaculation, elle est aussi – et surtout – une incroyable zone érogène. «La stimulation de cette glande lors d'un massage par exemple, provoque une sensation de plaisir très particulière», explique le psychanalyste et sexothérapeute Alain Héril. «Le massage peut s'effectuer avec les doigts ou avec des sex-toys spécifiques comme l'Aneros», ajoute le spécialiste.

À l'image de Valentin, qui investit progressivement après son premier essai dans différents accessoires: un masseur prostatique, un gode et un plug anal.

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Un masseur prostatique Aneros. Youtube

Pour Pietro, le rituel est aujourd'hui bien rôdé. «Je fais d'abord monter la pression sans m'attarder forcément sur ma prostate puis je viens la stimuler directement en inclinant le gode ou mon doigt vers mon bassin.» Et là, c'est l'extase.

Le plaisir qui monte, monte

«Le plaisir prostatique est endogène, c'est-à-dire qu'il est ressenti de l'intérieur, il envahit tout le corps et pas seulement les organes génitaux», explique Alain Héril, auteur de L'orgasme thérapeutique – Quand le plaisir chasse la douleur (éd. Grancher). «Il s'agit d'une jouissance plus complète et plus profonde qui s'accompagne d'une explosion aussi dans la tête», estime pour sa part Alexandre, âgé de 32 ans.

Et cette stimulation peut s'accompagner d'une masturbation, ou non. «Car, c'est ce qui est intéressant avec cette pratique, on peut avoir un orgasme prostatique sans avoir d'érection», explique Alain Héril. Alexandre, lui, trouve cela «moins mécanique qu'une masturbation classique, qui demande plus de concentration pour atteindre l'orgasme».

Sans compter que le plaisir dure plus longtemps. «Une masturbation classique va être associée à un pic de plaisir très intense qui va retomber très facilement. Alors qu'en stimulant sa prostate, on peut avoir des plateaux de plaisir très longs», explique Valentin.

Le plaisir monte de façon très progressive, confirme Alexandre avec une jouissance qui dure de 20 à 25 secondes. «Ça m'est arrivé de masser ma prostate pendant une dizaine de minutes et de vivre une perpétuelle sensation de pré-jouissance», raconte encore Pietro. Pour Alain Héril, «cela permet de vivre sa sexualité selon d'autres registres que ceux auxquels on est habitué».

«Quelque chose de très tabou»

Sur le papier, aucune raison donc de ne pas se laisser tenter par l'expérience. Seulement, il faut bien l'avouer, s'adonner à cette pratique nécessite bien souvent de lever quelques freins solidement ancrés. Guilherme a mis de nombreuses années à s'en affranchir, en témoigne son expérience relativement tardive. «J'avais une vie sexuelle très traditionnelle et une vision hétéronormée de la sexualité», explique-t-il.

«Dans la mentalité qui m'entourait, et donc qui était aussi la mienne, le plaisir anal était une paraphilie réservée aux hommes gays», poursuit-il. C'est donc il y a quelques années seulement que le trentenaire franchit le pas, d'abord seul, en se masturbant. «Il y a de telles barrières mentales à faire tomber que je pense que c'est quelque chose qui se construit d'abord dans l'intimité», estime Jüne Plã, l'illustratrice derrière le compte Instagram Jouissance Club.

Pietro aussi a longtemps ressenti une sorte de honte et avoue s'être demandé s'il était «normal». «C'était quelque chose de très tabou autour de moi», confie-t-il. Pendant longtemps, il ne met personne dans la confidence, pas même ses petites copines.

Quant à Valentin, lorsqu'il tente de tâter le terrain auprès de ses partenaires, il fait face à des réactions brutales. «Si tu aimes ce genre de choses, tu es forcément gay», lui lance une fois sa copine de l'époque. Une remarque qui le foudroie tant elle fait écho à des années de doutes et de questionnements pour le jeune homme. «Quand j'étais ado, je me demandais souvent: est-ce que je suis gay? Qu'est-ce que ça veut dire?», raconte-t-il.

Des normes toxiques

Il faut dire que la pénétration anale ne correspond pas vraiment à ce qu'on attend d'un homme hétérosexuel. Dans l'idée de la «masculinité classique», elle est considérée comme un acte de soumission, voire de faiblesse. «Beaucoup d'hommes pensent que cela signifie forcément qu'on est homosexuel», ajoute Pietro, avant de poursuivre: «Premièrement, je ne vois pas en quoi être gay est un problème et, deuxièmement, ça n'a strictement rien à voir.»

Pour Jüne Plã, la source de ces conditionnements et interdits à l'oeuvre jusque dans l'intimité de la chambre à coucher est à chercher au niveau systémique. «Nous vivons dans une société patriarcale qui attend de l'homme qu'il soit fort, qu'il soit pénétrant et pas pénétré, qu'il ne soit surtout pas homosexuel, confirme l'autrice. Mais, attention, on a aussi le droit de ne pas aimer!», nuance-t-elle. À travers son compte Instagram, l'artiste encourage, dans la sexualité comme tous les champs de la vie, à s'affranchir de certaines normes limitantes et toxiques.

Mission accomplie pour Pietro: aujourd'hui dans une relation épanouie, il parvient pleinement à partager ce plaisir avec sa compagne. «On a acheté une sorte de gode ceinture qui nous permet d'expérimenter ces choses-là à deux, avec les mains libres. C'est vraiment très agréable. [...] Je n'en ai vraiment plus rien à faire de si je suis normal ou pas», conclut le jeune homme, désormais confiant.

Cet article a été publié initialement sur Slate sous la signature de Nina Le Clerre. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original

Ce n’est pas une pratique qui mène à devoir s’occuper de 10 enfants…

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source: capture d'écran youtube
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