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Interview

Nouvel An: cap sur «un mélange d'espoir et de fatalisme retrouvé»

En cette fin d'année particulière (bis), sommes-nous prêts à nous souhaiter «une bonne année et une bonne santé»? Oui, mais un peu autrement, répond le sociologue Gaël Brulé, spécialiste du bonheur.
31.12.2021, 07:4631.12.2021, 16:16
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«Le réalisme m'interdit de formuler des vœux trop enthousiastes.» (Avec une petite liaison «trô-t-enthousiastes».) Tels étaient les mots de Guy Parmelin lors de ses vœux pour l'année 2021. Le président de la Confédération ajoutait: «J'aimerais tout de même vous dire aussi mon optimisme. Pas un optimisme de façade, non, mais un optimisme de conviction.» Vous suivez?

Un an plus tard, nous nous retrouvons avec une gigantesque impression de «déjà-vu». L'avenir est gris de chez gris. Et de gris, on n'en veut plus dans nos vies. Mais peut-être avons-nous tort. Notamment auteur de l'ouvrage Le bonheur n'est pas là où vous le pensez (Dunod, 2018), Gaël Brulé, sociologue à l'Université de Neuchâtel, nous livre son regard sur cette fin d'année et la manière, dont certainement, notre rapport au Nouvel An a changé ou changera.

La crise sanitaire a-t-elle modifié notre rapport au bonheur, pour le spécialiste que vous êtes?
Gaël Brulé: Le bonheur est la satisfaction de mener la vie que l'on mène. Je me tiens à cette définition pour des raisons pratiques, car c'est avec elle que l'on rencontre le plus de données. Or, il y a déjà dans cette conception un certain recul par rapport à l'existence, une approche rationnelle, non immédiate. La crise sanitaire que nous traversons met à mal cette vision très projetée, futuriste, construite du bonheur. Car cette conception a besoin d'un horizon, et cet horizon s'est obscurci. Cela nous ramène peut-être à une conception plus présentiste, immédiate, du bonheur.

Il est admis fin décembre d'envisager l'année suivante avec optimisme. Que reste-t-il d'espoir actuellement?
L'espoir, c'est imaginer et attendre un moment qui doit advenir. Ceux qui, autour de moi, se sont le mieux sortis ces derniers temps ont une tendance à tourner les choses de manière positive (la fameuse résilience, mot à la mode), mais aussi justement à ne pas forcément lier le bonheur à l'espoir. Celui-ci demande de l'énergie. Personnellement, je ne me vois pas en reproduire chaque année. En fait:

«A un moment donné, nous nous dirons que la normalité, c'est de ne pas savoir et donc de moins se projeter»

Se souhaiter une bonne année, qu'est-ce que ça dit de l'être humain et de la société?
Le temps passé à plusieurs le 31 est plus réel et plus important que les «Bonne année» que nous nous souhaitons. Ces réunions avec des proches – ou avec des inconnus, ce qui est de plus en plus fréquent – permettent d'enterrer l'année ensemble et de se souhaiter à soi-même une bonne année en passant par les autres. C'est une sorte de rituel.

Retour en 2020:

«L'an dernier, on a senti un véritable besoin de rebondir par le haut à une année qui s'était écroulée en plus de s'être écoulée: on a vu des gens se surpasser en création de mèmes, par exemple!»
En fait, vous avez prévu quelque chose pour le 31, vous?

Le réveillon dans trois jours, vous le voyez comment? Avec un peu de champagne, on a bien les moyens d'être joyeux, voire heureux, non?
Le bonheur dépend de l'influence que nous avons sur notre propre vie, mais aussi d'influences externes. Or justement, la crise a révélé une certaine impuissance de l'individu, conditionné par la nature et par des restrictions de liberté décidées «par le haut». L'attitude probable que nous serons beaucoup à avoir le 31 décembre 2021 est donc un mélange d'espoir très mesuré – dont l'issue ne dépend plus vraiment de nous – et d'une forme de fatalisme retrouvé, derrière lequel on pourrait voir de la sagesse.

En parlant d'avenir...

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