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Humeur

Vous êtes un être humain moyen, fatigué et en manque de câlins

25.12.2021, 16:5526.12.2021, 13:44
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C’est l’histoire d’un humain qui doit digérer 2021.

Taille moyenne, âge moyen, intelligence moyenne, ambition moyenne, tolérance moyenne, salaire moyen. Il voudrait, par exemple, être fier de penser à gauche, mais ne réalise pas qu’il consomme à droite. (L’inverse est plus rare.) Un humain parmi d’autres qui s’est fait vacciner comme il a fait un enfant ou un master: sans trop se souvenir pourquoi, mais en ayant la conviction d’avoir accompli quelque chose de spécial.

Il patauge quelque part entre Sandrine Rousseau et Eric Zemmour. Entre une puce 5G et un troupeau de moutons. Entre Blanche Gardin et Claude-Inga Barbey. Entre la 3e dose, la 4e vague et la 5e saison de «Casa de Papel». Entre le foie gras à table et Extinction Rebellion à Zurich.

Entre tout savoir et ne rien vouloir entendre.

Il aimerait affirmer qu’il empruntera moins souvent l’avion, mais considère qu’il n’a pas assez voyagé à son goût. Il aimerait comprendre les minorités, mais se rassurer avec la majorité. Il rêve d'étrangler les antivax, mais réalise que sa cousine fait partie du lot. Il aimerait s’indigner, s’offusquer, dénoncer. Bien sûr, parfois, il le fait. Sans grande assurance, mais avec des MAJUSCULES.

Il a vite réalisé que c’est moins difficile de prendre position que de prendre du recul. Alors qu’il aurait simplement dû prendre des vacances.

Il ne sait pas s’il doit rire d’un trou à Tolochenaz ou pleurer un avenir embourbé. Divorcer dans l’année ou voter pour le Mariage pour tous. Appeler son fils «iel» pour lui faire plaisir ou rappeler son père pour lui pardonner. Ecouter Alain Berset ou regarder par la fenêtre. Demander une augmentation ou réussir son burn-out. Détester Orelsan ou acheter le maillot de Yann Sommer. Condamner Poutine ou devenir vegan. (Il n’est d’ailleurs jamais allé en Ukraine, «parce qu’il y a encore tant de pays sur ma liste».)

Parfois, en s’endormant, il aimerait sincèrement savoir si Parmelin fut un bon président. Si Omicron risque vaguement de le tuer. Si la guerre approche ou la démocratie s’effrite. Si Trump fait caca avec son smartphone dans les mains. Si le bitcoin, c'est un peu comme Twint. Si la tante éloignée a menti sur son autotest. Si les médias disent la vérité. Si Macron est le président des riches. Si la pauvreté ne serait pas un état d’esprit. Si Miss France a le droit d'être jolie. Si le nombre de cas Covid est plus élevé que la somme de ses erreurs. Si Corinne de la compta et Bernard de la maintenance ont le même salaire («ils ont déjà le même chien»). Si Elon Musk a fabriqué lui-même sa fusée. Si Noël, c’est une fête commerciale ou islamo-gauchiste.

Il ne comprend pas grand-chose à l’année qui vient de s’écouler. Il ne comprend pas grand-chose à pas grand-chose. Et ça le terrifie.

Et puis sonnent les Fêtes.

Des cernes sous les yeux, des Playstation sous les boules. Il va devoir aller assassiner une bûche de la Migros, aérer la pièce et ne pas embrasser mamie. Personne n’osera dire que le café est dégueulasse, c’est maman qui fera la vaisselle et tout le monde aura une punchline sur Greta Thunberg et Didier Raoult. L’année s’achève au même rythme que sa timide foi en l’existence: sur la pointe des pieds. Il se sent moyennement triste, alors qu'il n’a pourtant jamais ouvert un Houellebecq et que «Nabilla est beaucoup trop joyeuse pour être crédible».

Il est conscient d'être au bout du rouleau, mais n’en visualise plus vraiment les racines. Il soupire mieux qu’il se projette.

Il est fatigué. Mais ne sait pas de quoi. De lui-même, de sa moitié, de son boulot, du virus, des cons, de Francis Lalanne, des pistes cyclables ou de ses enfants.

Il rêve de pouvoir prendre des résolutions aussi denses que le sont ses doutes. En 2022, sera-t-il méfiant, intubé, progressiste, agaçant, fringuant, obèse, endetté, déconstruit, intelligent, dans le vent, raciste, féministe, décédé, heureux, riche, réac, amoureux ou intolérant au gluten («C’est pour ça que je suis ballonné après la fondue, crois-moi»)?

Rien de tout ça. Juste ce pâteux pressentiment qu'il doit chaque année avaler entre deux coupettes: celui d’entamer la nouvelle année comme il en a déjà dégommées un paquet. Sans abdos, sans 3e pilier, sans savoir jouer du piano, sans menacer Alain Berset et sans savoir si, au final, la tante éloignée a attrapé le Covid.

Il se réveillera tous les matins comme il ouvre Facebook: sans être absolument pour, mais déçu de ne pas être foncièrement contre.

Un humain parfaitement moyen, comme vous et nous, au milieu d’une foule moyenne, jeté dans un océan d’incertitudes et entre des pôles qui s'égosillent, mais ne représentent pas grand monde.

Ces prochains jours, nous aurons pourtant tous le même besoin binaire: s’en foutre, tirer sur le frein à main et distribuer des câlins. (Mêmes moyens.)

Alors prenons soin de nous.

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