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Comment je suis partie en vacances avec 11 inconnues

watson/shutterstock
Notre journaliste a testé le voyage à l'étranger avec... des étrangères. Pour watson, elle raconte cette expérience hors du commun.
27.11.2021, 17:1501.12.2021, 11:31

«Hélène, pourquoi tu t’infliges ça?». Voilà en substance la réaction de mon chef lorsque je lui parle de mon projet de partir en Turquie avec onze parfaites inconnues. Oui, j'en conviens dit comme ça, ça peut faire paniquer.

Mais il n’est pas contre l’idée. Il me livre même sa préférence quant à l’issue du voyage: «L’idéal serait que ça se passe vraiment mal ou alors pas du tout comme prévu pour que tu puisses tout nous raconter». Alors, verdict?

Pourquoi je me suis lancée

Avant de rentrer dans le vif du sujet, posons les bases. S'embarquer dans un voyage organisé avec des gens avec qui on a rien en commun si ce n'est le «goût du risque» n'est pas chose courante. Je parle pour moi qui suis de nature indépendante mais aussi pour celles et ceux qui n'osent déjà pas partir avec leur propre groupe d'amis. (On vous voit).

Il y a l'appréhension de partir avec des personnes trop jeunes, trop âgées ou tout simplement la crainte (légitime) de ne pas réussir à sympathiser avec des parfaites inconnues. Mais alors, pourquoi? Pourquoi prendre le risque de gâcher une semaine de vacances avec des étrangères?

J'y vois trois bonnes raisons

  1. Le voyage est organisé de A à Z. Des excursions à l'hébergement, on a plus qu'à mettre les pieds sous la table. Et, ça me plaît.
  2. Même si la tension commence gentiment à monter, je trouve au fond très excitant le principe de partir à l’étranger avec des personnes qu'on n’aurait jamais rencontré autrement. Et, par la même occasion, s'extirper de son cercle d'amis habituel.
  3. Ok je l'avoue, je n'ai aussi trouvé personne de dispo pour m’accompagner pendant mes vacances d'octobre.
C'est quoi ce concept?
Le principe est simple: l’agence «Copines de voyage» organise des centaines d'expéditions thématiques partout dans le monde. Du week-end farniente à Ibiza, au citybreak à Rome jusqu'au safari en Tanzanie, il y en a pour tous les goûts. Tout est pensé pour des filles, par des filles. Les voyages se font en petit groupe: il faut minimum 3 personnes pour que le voyage soit confirmé, maximum 12. Pour une semaine comprenant les activités avec le guide, un chauffeur privé, l'hébergement et une partie des repas le voyage revient à environ 1200 francs. L'âge moyen des voyageuses? 32 ans.

Jour J: Prise de température

Ça y est, le grand jour est arrivé! Valise à la main, je m'apprête à faire la rencontre de 11 nanas âgées entre 21 et 62 ans, éparpillées entre la Suisse et la France. Sur qui vais-je tomber? Est-ce que l'ambiance sera au rendez-vous? Vais-je regretter mon choix? J'en fais beaucoup mais en réalité j'ai bouclé mes valises avec l'esprit plutôt apaisé. Les semaines précédant le voyage, nous nous sommes toutes mises en relation à travers un groupe WhatsApp. Et, fait rassurant: elles avaient toutes l'air sympas.

Dans l'équipe, nous sommes cinq à venir de Suisse. On décide donc de se donner rendez-vous directement à l'aéroport. On se décrit mutuellement pour faciliter la rencontre. «Blonde, cheveux bouclés, doudoune noire». C'est à la fois insolite et familier. Les prémices d'une rencontre Tinder mais version amitié groupée. Réunies autour d'un café, on en profite pour faire connaissance avant d'embarquer.

Parmi la délégation suisse, on retrouve, donc:

  • Nathalie, une enseignante genevoise de 62 ans
  • Mélanie, une architecte belge de 29 ans expatriée à Nyon
  • Cléa, une Vaudoise de 30 ans qui bosse dans les ressources humaines
  • Alexandra, 21 ans, étudiante en tourisme et benjamine de l'équipe

Soirée fast food à Istanbul

Après plus d'une heure de route dans une très bonne ambiance, nous sommes accueillies à l'hôtel par Okan. Il sera notre guide tout au long du séjour. Au programme de la soirée? Un apéro de bienvenue au rooftop de l’hôtel afin de faire plus ample connaissance. Alors ça, c'était la théorie. Car quand on arrive sur place, il fait nuit et le rooftop est fermé. Mais ce n'est pas grave. On évoque déjà le repas typique qu'on va pouvoir déguster accompagné d'une bonnes bouteille de rouge. «J'ai vraiment besoin d'un verre», lance Andréa, levée depuis quatre heures du matin.

Bien déterminées à atteindre notre objectif, on s'aventure, confiantes, dans les rues bondées de la métropole. Mais à 12, ce n'est pas évident. Le problème n'est pas tant de s'accorder sur le choix du resto mais plutôt de ne pas se perdre dans une foule qui ressemble à ça. 👇

Un jour normal dans les rues d'Istanbul
Un jour normal dans les rues d'Istanbulshutterstock

On a froid, on a faim, on rêve de s'asseoir. Et puis il manque Nathalie, l'enseignante passionnée d'histoire qu'on a, encore, semé. Mais à part des étalages de loukoums, on ne distingue pas grand chose. Soudées jusqu'au bout, on refuse toutefois de se séparer en petits groupes. Après une bonne heure d'errance (et après avoir retrouvé la trace de Nathalie), nos exigences ont quelque peu baissés. On s'engouffre dans ce qui ressemble à une chaîne de fast food. Vous vous en doutez, ce n'était pas vraiment comme ça que j'imaginais ma première soirée à Istanbul (et elles non plus d'ailleurs).

C'était si improbable que j'ai immortalisé ce moment 👇

On s'avouera à la fin du séjour s'être demandée ce qu'on faisait dans ce voyage (et dans cet endroit).
On s'avouera à la fin du séjour s'être demandée ce qu'on faisait dans ce voyage (et dans cet endroit).

Du poulet sec dans des wraps avec une bouteille d'eau pour accompagner le tout. Je vois Alexandra observer son durüm avec scepticisme. D'une certaine manière, ça me rassure un peu. Je me dis qu'on accorde la même importance à la nourriture. Et qu'on va bien s'entendre.

Partager sa chambre: ça passe ou ça casse?

Par souci économique (et probablement pour l'expérience), l'agence propose uniquement des chambres doubles. Cela veut dire qu'en plus de passer tes journées avec les voyageuses tu partages aussi ta chambre avec l'une d'entre elles. Concrètement: Tu n'es jamais seule (sauf aux toilettes). A ce propos, Cléa me lance quelques instants après être entrée dans la chambre:

«Tu noteras que la porte des toilettes ne ferme pas»
Cléa, ma coloc de chambre

Forcément, il fallait que ça tombe sur nous. Je crois que c'est la première fois que je partage mon «intimité» avec une inconnue (qui s'avère quand même habiter à une trentaine de kilomètres de chez moi). C'est un peu étrange au début mais on s'y fait. Il faut aussi dire qu'avec Cléa, le courant passe tout de suite. En plus d'être marrante, facile à vivre et sympathique: elle ne ronfle pas. Ce qui, sans vouloir moucharder n'était pas le cas de tout le monde. Des binômes hétéroclites se forment. L'architecte de 29 ans tombe avec l'enseignante qui en a le double. L'infirmière avec l'agricultrice. Certaines colocs de chambre s'échangent leurs habits dès le premiers jours, d'autre optent pour des boules quies.

A poil et sur un pied d'égalité

«Vivez un pur moment de détente en goûtant à l'expérience unique d'un véritable hamman turc». Cette activité inscrite dans le programme me donnait particulièrement envie. Elle était prévue à J+3 du séjour. J'imaginais une ambiance tamisée, placée sous le signe de la relaxation. Le moment idéal pour se retrouver avec soi-même, entre luxe, calme et volupté. Mais comme passablement de choses pendant ce voyage, tout ne s'est pas déroulé exactement comme prévu.

Comment j'imaginais l'expérience
Comment j'imaginais l'expérienceImage: Shutterstock
A quoi ça ressemblait vraiment
A quoi ça ressemblait vraiment

Au total il y a trois masseuses pour 12. Du coup, on passe trois par trois pendant que les neuf autres attendent leur tour. Rapidement, l'équipe de masseuse demande aux filles d'enlever leurs hauts. Avec ma coloc, on observe la scène à la fois amusée et gênée. «Hum...Et sinon tu fais quoi dans la vie?». Le soir même, arrive le moment de débriefer toutes ensemble. Et forcément, on se marre.

Chacune semble avoir vécu l'expérience à sa manière

«Vous aussi vous avez eu droit à une petite tape sur les fesses à la fin?»

Alors certes ce n'était pas ce à quoi on s'attendait mais n'y avait-il pas meilleure manière de se mettre à nu devant un parterre d'inconnues?

La conclusion d'Andréa

«Je ne pensais pas dire ça un jour mais se faire tripoter publiquement ça resserre les liens»
Après le massage, l'heure du thé (non ceci n'est pas une  secte)
Après le massage, l'heure du thé (non ceci n'est pas une secte)watson

Quand les langues se délient...

Après trois jours passés à découvrir les plus grands sites ottomans, arpenter ses bazars fourmillant et manger des feuilles de vigne, on entame la deuxième partie du périple: l'envol vers la Cappadoce, considérée comme l'une des plus belles régions du monde. Okan, notre guide qui parle parfaitement français nous accompagne pour cette dernière ligne droite.

Okan et ses déesses (laissez-moi m'emballer un peu).
Okan et ses déesses (laissez-moi m'emballer un peu).

On le considère rapidement comme notre «papa» de l'aventure. Il est à l'écoute de toutes nos demandes, accepte de nous prendre en photo à peu près toutes les 30 minutes, nous appelle «ses princesses» et participe à nos «blagues». Par exemple, celle de se mettre en tête de fêter l'anniversaire de Niakalé tous les jours de la semaine. Chaque soir, c'est l'angélique Solange qui endosse la responsabilité d'avertir discrètement le serveur. Et ça marche à tous les coups. La preuve en image.👇

Niakalé, résignée, qui fête ses 25 ans pour la cinquième fois de la semaine
Niakalé, résignée, qui fête ses 25 ans pour la cinquième fois de la semaine

Plus on avance dans le séjour, plus les langues se délient. Certaines parlent de leur vie privée dès le premier jour d'autres, plus discrètes, se dévoilent au compte-gouttes. Il faudra toutefois patienter jusqu'au dernier soir pour connaître les moments de vie les plus inavouables de chacune d'entre nous. Et ça, on le doit à Niakalé, qui, entre deux bouffées de chicha, lance, l'air de rien:

«Bon les filles, passons aux choses sérieuses. Racontez-moi la pire anecdote sur vous»

Sans tergiverser, Andréa, fidèle à elle même, ouvre le bal. Ce premier jet donne l'impulsion à toutes les autres. Il n'y a pas de jugement. Il faut dire aussi que personne ne connait la vie de l'autre, ni son nom de famille d'ailleurs. Résultat: On apprend des choses qui dépassent l'entendement. Et on rigole encore (beaucoup).

Pourquoi elles se sont lancées?

Parmi notre équipe, il y a des habituées du concept «Copine de Voyage». C'est notamment le cas d'Emilie, 36 ans. La Versaillaise en est à sa 5ème expérience avec l'agence.

Emilie, 36 ans

«A mon âge, beaucoup de mes proches sont casés, avec des enfants en bas âge. Voyager plus d'un week-end n'est plus vraiment une priorité»

Pour Andréa, 26 ans, qui en est à son deuxième voyage l'aspect pratique joue aussi un grand rôle.

Andréa, 26 ans

«C'est un réel gain de temps au niveau du travail. Tout est déjà organisé et on n'a plus qu'à se laisser porter»

Enfin, dernière raison et non des moindres: briser sa routine. Entreprendre quelque chose rien que pour soi, sans dépendre de sa moitié ou de son cercle d'amis. Rencontrer des personnes qu'on n'aurait jamais côtoyées dans la «vraie vie»

Solange, 28 ans

«Après un chagrin d’amour, j’avais besoin de tenter une expérience nouvelle, de faire des rencontres, sans plan drague»

Place au bilan!

Voilà, c'est déjà la fin de l'aventure. Et malgré les petits cafouillages du début, j'ai adoré vivre cette expérience. Le côté improbable du voyage et, surtout, les personnes que j'ai rencontrées m'ont fait l'effet d'une bouffée d'air frais. Si je devais donner les bons et les mauvais points du voyage.👇

Les plus

  • L'ambiance colonie de vacances
  • L'absence totale de scission dans le groupe malgré la différence d'âge (et le fait que l'on ne se connaissait pas)
  • N'avoir besoin de se préoccuper de rien au niveau organisationnel
  • La flexibilité du guide, réceptif à toutes nos demandes (y compris celle de commander un faux gâteau d'anniversaire pour Niakalé)
L'équipe au complet. De gauche à droite: Solange, Cléa, Andréa, Hélène, Marion, Alexandra, Mélanie, Nathalie, Emilie, Niakalé, Sihem et Akila
L'équipe au complet. De gauche à droite: Solange, Cléa, Andréa, Hélène, Marion, Alexandra, Mélanie, Nathalie, Emilie, Niakalé, Sihem et Akila

Les moins

  • L'impression parfois d'appartenir aux cars à touristes chinois et de ne pas être totalement libre de mes mouvements
  • On ne va pas se mentir, passer une semaine h24 avec des inconnues n'est pas toujours évident. Surtout si tu as l'habitude de vivre seule

Et le retour à la «vie normale»?

Lorsqu'arrive l'heure des séparations, les larmes coulent sous les masques. On se fait un dernier câlin collectif et on promet de se retrouver très vite. «Vous avez intérêt à toutes venir me voir en Corse», nous lance déjà Andréa, avant de rejoindre sa porte d'embarquement.

Le câlin avant le grand départ. De gauche à droite: Sihem, Andréa, Alexandra, Mélanie et Marion
Le câlin avant le grand départ. De gauche à droite: Sihem, Andréa, Alexandra, Mélanie et Marionwatson

Et le retour à la maison? Pour la première fois depuis une semaine, je peux savourer le silence de l'absence d'une conversation, rester beaucoup trop longtemps sous la douche. Et, surtout, profiter d'une porte de toilettes qui se ferme. Et ça, ça n'a pas de prix.

Cela n'a rien à voir mais voici des photos de loutres trop mignonnes

1 / 15
Des loutres, en veux-tu en voilà
source: imgur
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