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Selon Valérie D'Acremont, infectiologue à Unisanté: «Un jour viendra où le virus se transformera en grippette ou en rhume parce que notre réaction corporelle ne sera plus aussi forte». shutterstock

Pour comprendre

L'immunité Covid-19 existe-t-elle? Qui contrôle les autotests?

Vous avez, comme nous, le sentiment que ça part dans tous les sens? Que les tests Covid-19, ça devient compliqué? Et puis, qui est immunisé ou pas? C'est grave, docteur? Pour répondre à ces questions, et à d'autres, watson s'est creusé les méninges.

PREMIER ÉPISODE



Pas si joyeuses Pâques. A défaut de rouler des mécaniques en terrasse, on roulera des oeufs, mais en petit comité masqué. Car attention, il est toujours là, au coin du bois, prêt à frapper, plus en forme que jamais. SARS-CoV-2, désormais requinqué sous pseudo B.1.1.7, alias le «variant anglais», prépare le troisième service. On a une préférence pour la vague de Hokusai, mais personne n'a parlé de choisir.

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La Grande Vague de Kanagawa [Hokusai, 1830-1831] moma/shutterstock

Combien de morts en Suisse depuis le début du Covid?

Alors que démarre la troisième vague, déjà très mortelle ailleurs en Europe, le nombre total de décès en Suisse s’élève actuellement à 9 643 (lundi 29 mars). Or, ces statistiques de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) ne collent toujours pas avec la simple addition des chiffres cantonaux, ni avec ceux compilés par la Johns Hopkins University de Baltimore, dont la faculté de médecine fait référence en la matière.

Selon elle, nous en sommes à 10 305 morts en Suisse. Ces divergences s’expliquent par le fait que l’OFSP ne comptabilise que les décès des personnes qui ont été testées positives en laboratoire.

Notre page spéciale sur les chiffres du coronavirus

Quels sont les critères pour dire qui est mort du Covid?

Les personnes classées «morts Covid» sont celles décédées en étant porteuses du virus. Or, «mort du Covid» ou «mort avec le Covid», est-ce pareil? Pour Christophe Junke, épidémiologiste et statisticien de la santé à l’Office fédéral de la statistique (OFS), cette question n’a pas de sens scientifiquement parlant.

En effet, les décès sont dus dans une grande partie des cas à une comorbidité, c’est-à-dire à la présence de maladies et/ou divers troubles aigus ou chroniques s’ajoutant à la maladie initiale; par exemple une infection au Covid-19 qui s’ajoute à du diabète. Dès lors, la question de savoir de quoi est morte une personne ne se pose plus en ces termes. Néanmoins, de nouveaux rapports internationaux devraient sortir prochainement sur les liens entre les maladies infectieuses et les décès, ce qui permettra peut-être d'éclaircir cette question de causalité.

Comment juger le nombre de morts en Suisse par rapport aux autres pays?

Le nombre actuel de morts du coronavirus en Suisse approche le seuil symbolique des 10 000, mais reste relativement bas, comme le confirme Christophe Junker. Et le nombre de décès chute actuellement chez les personnes les plus âgées, car presque tous les plus de 80 ans sont désormais vaccinés. L’incertitude demeure pour les plus jeunes. L’écart numérique de la Suisse avec un pays comme la Finlande, meilleur élève en Europe, s’explique en partie par le fait que les échanges avec l’extérieur y sont moins importants que chez nous. En Allemagne, le nombre de morts s’élève actuellement à 75 916, en France, à 94 623, en Italie, à 107 636 et en Autriche, à 9 231.

Qu'est-ce qu'un test PCR?

Le PCR est le plus connu des tests. Pour info, l'acronyme PCR nous vient de l’anglais et signifie «réaction en chaîne par polymérase», technique qui permet la détection de l’ARN du virus, sa signature. Concrètement, on effectue un frottis nasopharyngé. Oui, il s'agit bien de cette longue tige désagréable, appelée écouvillon en bon français, poussée très loin au fond de la cavité nasale, là où va se loger le virus. On peut aussi prélever votre salive, ça marche tout aussi bien.

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Naso ou pharyngé? Ou nasopharyngé? Peu importe la formule, toujours un grand moment de solitude. shutterstock

Le test PCR est-il fiable?

Le résultat est très fiable et tombe sous 24 à 48 heures.
Le test PCR groupé (pooling) existe aussi pour dépister plusieurs personnes en même temps, par exemple dans une entreprise ou une école. Les échantillons sont mélangés pour être analysés. Et si ce sympathique bouillon de culture sort positif, chaque personne doit alors passer par la case PCR individuellement.

Qu'est-ce que le test antigénique?

Le test (rapide) antigénique est le «vite fait bien fait». Une personne formée vous fait un frottis nasopharyngé (toujours la tige sympa) et le résultat arrive en 15 à 20 minutes, grâce à un réactif. Il est fiable, mais un peu moins qu’un test PCR. Dans certains cas, vous devez donc confirmer votre résultat positif par un test PCR.

L'autotest est-il fiable?

L'autotest (antigénique) est le plus pratique des tests. Vous pourrez le faire à la maison, dès le 7 avril selon les dernières informations d'Alain Berset. Le procédé: insérer une petite brosse dans son nez pour récolter du «matériel» et attendre sagement son résultat en 15 minutes, explique l'OFSP. Des faux positifs et des faux négatifs sont possibles. Il vous faudra alors confirmer un résultat positif par un test PCR.

Qu'est-ce que le test sérologique?

Le test sérologique est le plus méconnu de tous. Il permet de savoir si on a été en contact avec le Covid par le passé. Il détecte les anticorps anti-Covid dans votre sang, si votre corps en a produit. Cependant, ces tests sérologiques ne sont pas encore recommandés par l’OSFP: «Ils peuvent donner un résultat positif alors que la personne testée n’a pas développé d’anticorps, ce qui peut provoquer un faux sentiment de sécurité», indique-t-il. Comprendre l’utilité des tests de sérologie est plutôt complexe. On y vient à la question suivante.

Le test sérologique permet-il de savoir si l'on est immunisé au Covid?

Si le test sérologique a détecté des anticorps dans mon sang, cela veut-il dire que je suis immunisé pour de bon contre le Covid? Hélas, ce n'est pas si simple. Pour en savoir davantage, coup de fil au chef du Service d’immunologie et d’allergie du CHUV, Giuseppe Pantaleo.

Il confirme que, quand l’OFSP parle de tests sérologiques, il s'agit bien de tests qui identifient la présence d’anticorps mais ils ne peuvent pas différencier s’il s’agit d’anticorps de liaison ou de neutralisation.

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Le test sérologique ne traque pas le virus mais les anticorps. Il a besoin de sang pour donner un résultat shutterstock

Mais encore? «Les anticorps qui neutralisent sont capables de protéger contre une infection et demeurent donc les plus importants». Les tests sérologiques actuels sont utilisés pour les études de prévalence dans la population – en clair, pour savoir combien de personnes ont été en contact avec le virus. Mais pas pour quantifier le niveau de protection immunitaire des individus.

Pour tester cette fameuse neutralisation, et aussi la réponse à un vaccin et sa persistance, il faut utiliser d’autres technologies, plus complexes et difficiles à mener à large échelle. Mais ça avance! Au CHUV, un test plus «pratique» a été développé par les équipes de Giuseppe Pantaleo. Il devrait être lancé dans les prochaines semaines.

Qui contrôle les autotests?

Faire son test comme un grand à la maison, découvrir qu’on est positif au Covid-19, ne rien dire à personne et ne pas se placer en isolement. La possibilité de se défiler est bien réelle, mais les autorités semblent faire confiance à la population.

«Nous partons du principe que si quelqu’un décide de se tester, alors on peut supposer qu’il gérera le résultat comme une nouvelle occasion de se protéger et de protéger les autres de manière responsable.»

Simone Buchmann, porte-parole de l’OFSP

Y aura-t-il des contrôles quand même? «La Confédération encourage l’utilisation responsable des autotests mais ne peut et ne veut pas les contrôler». C'est donc cristallin: responsabilité individuelle. Qui contrôle les autotests? Personne. On les fait donc pour:

1. Se rassurer.

2. S'assurer de ne pas être contaminé, et donc contagieux, avant par exemple une soirée chez des amis.

L’immunité au Covid existe-t-elle vraiment?

A ce jour, les autorités suisses considèrent comme «protégées» les personnes vaccinées ou celles qui, dans un délai de trois mois au maximum, ont été testées positives au Covid-19. Mais de quelle protection parle-t-on ?


Ni absolue, ni unique, ni éternelle, l'immunité est un processus de défense évolutif. Etre immunisé signifie plusieurs états possibles: ne pas attraper le virus, ne pas tomber malade ou, si maladie il y a, amoindrir ses effets. Et depuis le début de l'épidémie, les connaissances sur l'immunité évoluent: «Bien que nous n'ayons qu'une année de recul, nous observons chez les individus une protection moyenne d'au moins six mois, voire probablement d'une année, après avoir contracté le virus», explique Valérie D'Acremont, infectiologue à Unisanté à Lausanne. Dans une pandémie, où le virus développe sans cesse de nouveaux variants, l'enjeu réside dans l'accélération du développement de l'immunité. Pour ce faire, la vaccination complète l'immunité dite naturelle.

«Un jour viendra où le virus se transformera en grippette ou en rhume parce que notre réaction corporelle ne sera plus aussi forte»

Valérie D'Acremont, infectiologue à Unisanté

«L'infection confère effectivement une immunité qui est protectrice dans une majorité des cas, mais sa durée reste à établir. Des réinfections au Covid-19 restent possibles, même précocement, ce qui justifie de renforcer cette protection par la vaccination », explique Didier Trono, responsable du laboratoire de virologie et de génétique de l’EPFL et membre de la Task force scientifique. Les deux experts romands s'accordent pour dire que «ceux qui ont eu des symptômes graves lors d'une première infection, présentent une immunité plus forte et plus durable».

Quant à l'immunité collective, son taux devra dépasser les 80% pour stopper le virus. Les derniers recensements indiquent qu'une grande partie de la Suisse romande a déjà atteint ou dépassé les 20%. C'est le cas dans le canton de Vaud (25%), de Genève, (21%) et de Fribourg (20%).

Les services hospitaliers sont-ils débordés?

«Nos hôpitaux n'ont pas été débordés par la pandémie». Contactés par nos soins, voici en substance ce qu'ont répondu les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), l'Hôpital du Valais, le Groupement hospitalier de l'ouest Lémanique (GHOL) ou encore le Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNE). Une surprise qui mérite explications.

A Sion: «Comme l'Hôpital du Valais n'a pas manqué de lits durant la pandémie, il ne prévoit pas d’en augmenter le nombre. La principale difficulté demeure leur affectation en fonction de l'évolution de la situation épidémiologique». En clair, si la plupart des établissements ont dû adapter les effectifs de personnels et le nombre de lits, la notion de débordement apparaît en réalité plutôt dans la gestion des flux de patients.

«Avec une pandémie, la réorganisation massive des services oblige à revoir tout le fonctionnement du système hospitalier»

Nicolas de Saussure, porte-parole HUG

Si la réactivité, le renfort de personnel et la collaboration entre les différents établissements médicaux ont permis de soigner tous les patients, la troisième vague réserve son lot d'incertitudes. Tout d'abord, la moyenne d'âge des patients hospitalisés a diminué de 75 à 69 ans selon les HUG.
Mais attention, un «effet vaccin» est attendu sur la baisse du nombre d'hospitalisations en soins intensifs.

Combien y a-t-il d'hospitalisations par jour?


Jusqu'à présent, une personne sur 25 (cas confirmés de Covid-19) subit un séjour hospitalier. Avec la vaccination, qui cible pour le moment les seniors et les plus fragiles, nos interlocuteurs espèrent que le nombre d'entrées se stabilisera voire baissera. Enfin, les statistiques des HUG mettent en évidence un fait intéressant: sur les 213 patients Covid au 25 mars par exemple, une majorité de 137 malades sont hospitalisés pour des soins post-Covid. Il s'agit de personnes nécessitant des réadaptations respiratoires, neurologiques ou encore motrices avant le retour définitif à domicile.

Vous avez d'autres questions?

Comme nous le savons tous, ce n'est pas près de se terminer. Une embellie n'est pas exclue. De nouveaux orages non plus. Alors plutôt de s'invectiver sur telle ou telle décision politique/sanitaire/sécuritaire/philosophique/d'ouverture ou non des terrasses, soumettez vos doutes ou vos interrogations, nous essayerons d'y répondre le plus concrètement possible. Voici l'adresse 👉 news@watson.ch

Une année de Covid-19, retour en images

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Une année de Covid-19, retour en images
source: sda / alessandro crinari
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