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Témoignage watson

La guerre en Ukraine détruit les couples

Témoignage watson

«La guerre a détruit mon couple»

Olga Maria Nacorado en mission dans les environs de Kiev
Olga est de retour à Kiev. dr
365 jours après l'invasion russe en Ukraine, nous avons pris des nouvelles d'Olga. Après un séjour en France, elle est revenue chez elle à Kiev. Entre coupures d'électricité, sorties entre amies, perte de sommeil et Tinder, elle nous raconte son quotidien.
23.02.2023, 11:5123.02.2023, 15:42
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Quelques secondes ont suffi pour que le visage d'Olga, 29 ans, apparaisse sur notre écran, la jeune femme a le sourire timide, mais son visage s'éclaire lorsque nous engageons la conversation.

Bonjour Olga, nous sommes heureux de vous revoir, vous êtes radieuse, comment allez-vous?
On fait aller. On va dire que vu les circonstances, je vais plutôt bien. Cela me fait plaisir de vous revoir aussi.

Nous avons gardé contact et la dernière fois que nous nous sommes parlées en privé, vous étiez en France, aujourd'hui, vous êtes revenus en Ukraine, que s'est-il passé?
C'est vrai qu'il s'est passé beaucoup de choses depuis notre dernière conversation. L'été passé, les autorités locales ont proposé à plusieurs familles de séjourner temporairement en France. Moi, ma mère, ma tante et ses trois enfants avons accepté cette proposition et nous avons été hébergés dans un hôtel à Reims durant trois semaines, puis avec l'aide de l'Etat français, nous avons loué un logement, toujours à Reims, durant plusieurs mois.

Olga et sa mère durant une visite à Paris, été 2022.

Vous étiez sous le statut de réfugiés en France?
C'est ce qu'ils appellent une protection temporaire, elle est valable six mois, mais nous pouvons demander une prolongation de l'autorisation de séjour.

Vous aviez donc un logement et vous étiez accompagnée des membres de votre famille, pourquoi avoir décidé de revenir à Kiev alors?
Tout d'abord, je devais revenir à Kiev temporairement. Je me suis séparée avec mon petit ami et j'avais des choses à régler.

Vous savez, la guerre ne détruit pas seulement les maisons, mais elle casse aussi les relations, il y a beaucoup de divorces depuis une année.

Vous ne comptiez donc pas rester à Kiev?
Alors non, pas au début, mais je n'avais plus de petit ami, le tribunal pour lequel je travaillais a fermé. Je devais reprendre ma vie à zéro. J'ai décidé de rester ici, j'ai retrouvé rapidement un nouveau travail.

Vous teniez beaucoup à votre travail de juge assistante dans un tribunal administratif de Kiev, que s'est-il passé?
Vous savez, il y a eu beaucoup de changement ici. Le gouvernement a fermé le tribunal pour lequel je travaillais, cela s'est fait en une journée.

Ce que j'ai appris par la suite, c'est que le responsable du tribunal était soupçonné de corruption. Le gouvernement ukrainien l'a alors démis de ses fonctions et a décidé de fermer nos services.

Comme je vous l'ai dit, il y a des changements majeurs depuis une année.

Plus de boulot, plus de petit ami, ça ne doit pas être facile de reprendre sa vie dans ces circonstances?
Alors franchement, je m'estime chanceuse, car ma famille va bien. Je vis actuellement avec mon père et comme je vous l'ai dit rapidement, j'ai retrouvé un job très intéressant. Je travaille pour Miyamoto International, une compagnie américaine spécialisée dans la gestion des catastrophes et l'ingénierie de la reconstruction. Cela me plaît énormément et je me sens utile pour mon pays.

Et votre quotidien? Vous vivez en permanence avec les alertes aériennes non?
Oui, c'est vrai, mais on s'habitue à tout. Nous sommes très bien organisés, nous avons des systèmes d'alertes qui nous préviennent quand nous devons nous mettre en sécurité. Nous avons aussi des applications qui nous informent sur les prochaines coupures d'électricité, c'est comme un calendrier Google, mais avec la date et l'heure exactes des coupures. Beaucoup de choses ont été numérisées, j'utilise des applications pour connaître l'heure des coupures, c'est très facile à utiliser, même ma grand-mère l'a téléchargé sur son smartphone.

copie d'écran de l'application de la compagnie ukrainienne yasno qui permet de voir quand auront lieu les coupures d'électricité
La compagnie d'électricité ukrainienne Yasno met à jour un calendrier pour connaître les jours et les heures de coupures d'électricité
Boîte d'urgence se trouvant dans les ascenseurs à Kiev, contenant des objets de premiers secours en cas de panne d'électricité
Boîte d'urgence se trouvant dans les ascenseurs à Kiev. Elle contient des objets de premiers secours en cas de panne d'électricité, comme une lampe de poche, des pansements, de l'eau et des biscuits.

Vous parlez de votre quotidien comme si tout était normal, ce n'est pas effrayant?
C'est vrai que j'ai eu besoin de quelques jours pour m'habituer à la situation, mais on peut dire que c'est notre nouvelle normalité.

«Je sors avec mes amis, nous allons voir des concerts, nous allons au ciné, la vie continue malgré tout»

Lorsque j'étais en France, j'avais tout le temps peur pour ma famille restée à Kiev, je pensais à eux sans cesse. Je ne savais pas ce qu'ils vivaient. Ici, je suis peut-être moins en sécurité, mais je me sens chez moi. Nous les jeunes continuons de vivre malgré tout. Je fais les magasins, les commerces sont ouverts la journée et nous essayons de mener une vie normale.

Olga et ses amies dans un restaurant à Kiev.
Olga entourée de ses amies dans un restaurant de Kiev.

Assez normale pour retrouver un petit ami?
Alors, oui, si on veut (elle sourit).

J'ai rencontré un jeune garçon sur Tinder, il est soldat dans l'armée et il est venu de Kherson à 600 km d'ici pour me voir à Kiev. J'ai trouvé cela très romantique.

Les jeunes soldats ont du succès avec les filles, mais trouver un petit ami ce n'est pas ma priorité pour l'instant.

Derrière l'aspect romantique des rencontres, vous me parliez aussi des ravages de la guerre sur les couples.
Oui, vous n'imaginez pas le nombre de couples détruits par cette guerre. J'ai de nombreuses amies divorcées depuis une année.

«Cette guerre tue les jeunes hommes par milliers et même s'ils survivent, les familles éclatent, les couples se séparent»

Il y a aussi beaucoup de personnes qui souffrent de syndrome posttraumatique, pas seulement des soldats, mais aussi des civils comme nous. Depuis le début de la guerre, j'ai beaucoup de mal à dormir.

Vous prenez des médicaments?
Oui. J'en ai pris durant plusieurs mois. C'est un sujet de discussion fréquent avec mes amis. On se donne des conseils sur nos prescriptions. On a tous des problèmes de sommeil.

Sortir boire un café, se réfugier dans le métro lors des attaques et avoir des rendez-vous Tinder, c'est une vie normale ça?
Je ne sais pas si c'est normal, mais c'est la nôtre aujourd'hui. Vous savez, je ne me voyais pas rester en France parce que je ne parlais pas le français et que je savais que je ne pourrais pas trouver un travail équivalent à celui qui j'avais en Ukraine. Je ne voulais pas de ce déclassement social, ici, j'ai ma vie, aussi particulière soit elle.

Cela fait exactement une année que la Russie a envahi votre pays, vous vous attendiez à ce que cette guerre dure aussi longtemps?
Je dirai que la Russie a déclaré la guerre à l'Urkaine depuis plusieurs années en annexant les territoires de l'Est de notre pays, mais concernant la guerre que nous connaissons depuis le 24 février 2022, je n'avais pas la moindre idée de sa durée.

«Aujourd'hui, je me dis que cette guerre va durer encore un moment, car je vois que l'Etat recrute de plus en plus de soldats. La mobilisation est grande en Ukraine»

Durant notre première interview, au début de l'attaque russe, vous m'aviez dit que c'était important que les autres pays se soucient de ce qui se passait en Ukraine, pensez-vous que c'est toujours le cas?
Honnêtement, je pense que sans l'aide des pays européens et des Etats-Unis, nous n'aurions pas résisté aux attaques russes. Mon pays avait besoin d'aide militaire, mais aussi de financement. Si nous tenons, c'est aussi grâce aux pays étrangers. Je suis aussi reconnaissante pour l'accueil que nous ont fait les pays européens, particulièrement à la France où j'ai séjourné plusieurs mois.

Que souhaitez-vous dire à nos lecteurs?
Je crois que j'ai tout dit. Je voulais que vous sachiez que les soldats ukrainiens se battent toujours pour leur pays et que nous tentons de reprendre notre vie là où elle était avant le 24 février 2022. Ah oui, quand tout sera fini, je vous invite chez moi. On se donnera rendez-vous dans un café du centre-ville de Kiev, vous verrez, c'est magnifique.

Le costume de Miss Ukraine rend hommage à son pays
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Le costume de Miss Ukraine rend hommage à son pays
Le costume, accompagné d'une épée, est orné d'une coiffe avec des épillets traditionnels ukrainiens.
source: instagram @missukraine_universe
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Témoignage d'une famille de réfugiés
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