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Poutine est mal informé sur la guerre et c'est la faute de ces 5 Russes

La guerre en Ukraine est loin de se dérouler comme prévu pour la Russie. Les Etats-Unis pensent que Poutine n’est plus informé correctement de la situation par ses conseillers. Mais qui le chef du Kremlin écoute-t-il encore? Un aperçu.
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04.04.2022, 11:4705.04.2022, 10:21
Lisa Becke / t-online
Poutine et ses bras droits.
Poutine et ses bras droits.image: keystone
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t-online

Le président russe Vladimir Poutine reçoit-il des informations sur ce qui se passe réellement en Ukraine? Il existe de sérieux doutes à ce sujet. Mercredi dernier, le gouvernement américain a publié des informations de renseignement selon lesquelles Poutine ne serait plus informé correctement par son entourage sur la situation en Ukraine.

La directrice de la communication de la Maison Blanche, Kate Bedingfield, a déclaré:

«Nous pensons que Poutine n'est pas correctement informé par ses conseillers sur le fonctionnement de l'armée russe. De plus, il ne semble pas être au courant sur la façon dont l’économie russe est paralysée par les sanctions.»

Les conseillers de haut rang de Poutine auraient «trop peur de lui dire la vérité».

Par exemple, on entend dire que Poutine n’était pas au courant que l’armée russe a enrôlé de jeunes conscrits pour la guerre en Ukraine, a expliqué un fonctionnaire américain au New York Times.

Les services de renseignement américains disposent d'informations selon lesquelles la frustration de Poutine grandit face à «l'opération spéciale» qui, du point de vue russe, ne se déroule pas comme prévu. Cette situation provoquerait des tensions et de la méfiance au sein du gouvernement de Poutine. Les Etats-Unis pensent, toutefois, que les conseillers de Poutine continueront à ne pas vouloir lui dire la vérité sur le déroulement réel de la guerre. Le Kremlin a rejeté, jeudi, les conclusions des services secrets occidentaux.

Les informations publiées par les services secrets américains ne permettent pas de savoir qui exactement, dans le cercle proche de Poutine, l'induit en erreur. Il est, toutefois, possible d’émettre des hypothèses sur cette personne. En effet, le président russe échange actuellement avec de moins en moins de personnes.

Il y a dix ans, il y avait encore quelques dizaines de personnes dans son entourage. Aujourd'hui, seules sept à dix personnes ont encore un lien direct avec Poutine, affirme l'expert russe des services secrets et journaliste d'investigation Andrei Soldatov. Mais qui fait encore partie de ce cercle? Voici un aperçu.

Sergueï Choïgou, ministre de la Défense

Poutine et Choïgou sont très proches.
Poutine et Choïgou sont très proches.image: keystone

Le ministre de la Défense Sergueï Choïgou est le conseiller et confident de longue date de Poutine. Le président russe et son ministre font régulièrement des excursions communes dans la nature, immortalisées par de nombreuses photos. Ils vont souvent chasser ou pêcher en Sibérie.

Cela fait déjà une trentaine d'années que Choïgou est présent sur la scène politique russe. Il a commencé en 1994, lorsqu'il a pris en charge le ministère de la protection civile nouvellement créé. Il a occupé des fonctions gouvernementales importantes bien avant Poutine. A un moment donné, il a même été considéré comme son possible successeur.

Choïgou a toujours montré une loyauté absolue envers le président russe. «Poutine le croit et lui fait confiance, et il est convaincu qu’il lui est complètement loyal», déclare Andrei Soldatov dans le journal New Yorker.

«C’est un politicien rusé»
Andrei Soldatov, journaliste d'investigations

Il est toujours ministre, après une trentaine d’années, et a survécu à toutes les crises politiques. Après 18 ans en tant que responsable de la protection civile, il a repris, en 2012, le ministère de la Défense, un poste beaucoup plus important. En Russie, on lui attribue le «succès» de l’annexion de la Crimée en 2014.

Sergueï Choïgou devant le drapeau russe.
Sergueï Choïgou devant le drapeau russe.image: keystone

L'actuelle «opération spéciale» en Ukraine relève également de la responsabilité de Choïgou. A cet égard, les informations américaines, désormais rendues publiques, montrent manifestement une tension croissante entre Poutine et son ministre de la Défense.

Le porte-parole du ministère américain de la Défense, John Kirby, a déclaré, dans un communiqué publié ce mercredi:

«Le fait que Poutine n'ait pas accès à une description précise de l'échec de son armée en Ukraine permet de conclure qu’il n'a pas été pleinement informé par son ministère de la Défense le mois dernier.»

Les spéculations sur la dégradation de la relation entre Poutine et Choïgou sont alimentées par le fait que le ministre de la Défense n'est pas apparu en public depuis plus de deux semaines.

Choïgou est-il tombé en disgrâce à la suite de «l’échec» de l’invasion ukrainienne? On ne peut pas encore répondre à cette question, mais une chose est sûre: Poutine n'est pas satisfait de Choïgou, affirme le journaliste d'investigation russe Andrei Soldatov dans le journal Die Zeit. Toutefois, Poutine n'a pas d'alternative à son ministre de la Défense – «l'opération spéciale» en Ukraine est liée à Choïgou.

Il est possible que Choïgou lui-même se soit retiré – peut-être sous prétexte de raisons de santé – pour montrer à Poutine qu'il est en fait irremplaçable», explique Soldatov.

En plus, le ministre de la Défense n'est pas seulement responsable de l'armée, mais aussi en partie de la campagne idéologique du Kremlin. C'est aussi pour cette raison que Soldatov part du principe que Sergueï Choïgou reste l'une des voix les plus influentes pour le président.

Nikolaï Patrouchev, secrétaire du Conseil de sécurité

Nikolaï Patrouchev en plein discours.
Nikolaï Patrouchev en plein discours.image: keystone

L'actuel secrétaire du Conseil de sécurité Nikolai Patrushev est un fidèle partisan de Poutine et l’un de ses amis de longue date. Il a travaillé avec lui au KGB pendant l'ère soviétique et a remplacé Poutine en 1999 à la tête du FSB, le service de renseignement intérieur russe.

Peu de gens ont autant d'influence sur Poutine que Patrouchev. Il est le secrétaire du Conseil de sécurité, présidé par Poutine lui-même. L'expert Nikolai Petrov précise à la BBC:

«Ils échangent très régulièrement et ont des réunions au moins une fois par semaine»

Patrouchev est notoirement connu pour ses opinions anti-occidentales: «Patrouchev est un "faucon" extrêmement combatif. Il pense que l'Occident cherche depuis des années à agresser la Russie», déclare Ben Noble de l'University College London à la BBC.

Alexander Bortnikov, chef du service de renseignement intérieur

Alexander Bortnikov fait partie de l'entourage de Vladimir Poutine.
Alexander Bortnikov fait partie de l'entourage de Vladimir Poutine.image: keystone

Le cercle intime de Poutine comprend également Alexander Bortnikov, l'actuel chef du service de renseignement intérieur (FSB, ex-KGB). Poutine et Bortnikov travaillent ensemble depuis les années 1970.

L'analyste du groupe de réflexion britannique Chatham House Petrow pense que Bortnikov était au courant des plans d'invasion de l'Ukraine, comme il l'a déclaré à la BBC. Mais, en même temps, il estime que l'actuel chef du service de renseignement intérieur n'a pas participé au développement stratégique de la guerre.

L'expert Andrei Soldatov pense qu'il est certes un confident important, mais pas dans la mesure de prodiguer des conseils au président.

Sergueï Narychkine, chef du service de renseignement étranger (SWR)

Sergueï Narychkine
Sergueï Narychkineimage: keystone

On se rappelle tous de cette scène où Vladimir Poutine l'a ridiculisé peu avant le début de la guerre. Le chef du service de renseignement extérieur SWR, Sergueï Narychkine, a été mis à nu par Poutine lors d'une réunion du Conseil de sécurité, avec des questions critiques posées en direct devant les caméras.

On dit de Narychkine qu'il est particulièrement proche de Poutine. Selon les médias russes, ils étaient ensemble à l’école supérieure du KGB à Saint-Pétersbourg. En 2004, Narychkine a suivi Poutine à Moscou, devenant entre autres porte-parole du Parlement. En 2016, cet économiste et ingénieur a été nommé chef de l'espionnage à l'étranger.

Depuis de nombreuses années, il est en outre le président de la Société historique russe et est considéré comme un idéologue ayant une grande influence sur Poutine.

Valeri Gerassimov, chef de l'état-major général des forces armées

Vladimir Poutine et Valeri Gerassimov en discussion.
Vladimir Poutine et Valeri Gerassimov en discussion. image: keystone

Un «grand type de voyou», c'est ainsi que l'expert russe Mark Galeotti décrit le chef d'état-major des armées, Valeri Gerassimov.

Depuis qu'il a été commandant de l'armée du Caucase du Nord à partir de 1999 pendant la deuxième guerre de Tchétchénie, Gerassimov a été impliqué dans toutes les activités militaires russes importantes depuis lors.

Outre le ministre de la Défense, Gerassimov est également considéré comme le cerveau de l'annexion de la Crimée en 2014, de la stratégie militaire russe en Syrie et du soutien aux rebelles prorusses dans le Donbass.

La même année où Choïgou est devenu ministre de la Défense, Gerassimov est devenu chef de l'état-major général des forces armées. Depuis, il est l'adjoint officiel du ministre de la Défense.

Il a également joué un rôle important dans la planification de l'invasion de l'Ukraine. Il a, par exemple, supervisé les exercices militaires qui ont eu lieu en Biélorussie.

Selon la BBC, des rapports indiquent que Gerassimov a été mis à l'écart en raison de l'offensive russe qui piétine. Andrei Soldatov, expert en services secrets, conteste cette information. Il pense que Poutine et Choïgou dépendent de Gerassimov:

«Poutine ne peut pas contrôler chaque rue et chaque bataillon. C'est la tâche de Gerassimov»

Et maintenant?

Pour réussir son opération militaire en Ukraine, Poutine a besoin de ses conseillers. Mais si la Russie venait à échouer, il n’aurait probablement pas de pitié à se débarrasser d’eux.

Ses proches pourraient tôt ou tard devenir une cible de sa colère, pense l'expert et ancien rédacteur des discours du président, Abbas Gallyamov. «Poutine veut certainement se débarrasser des têtes dirigeantes du ministère de la Défense, peut-être aussi du service de renseignement intérieur», explique Gallyamov à Deutsche Welle.

Mais tant que la guerre durera, Poutine s'abstiendra de toute sanction:

«Punir maintenant le ministre de la Défense ou le chef des forces armées signifierait qu'il admet avoir échoué.»

Traduit de l'allemand par Charlotte Donzallaz

Sources:

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