«La situation va empirer»: l'armée ukrainienne a un problème
Les violences visant les employés des centres ukrainiens de recrutement militaire sont en hausse. Alors que l’armée a un besoin urgent de nouveaux soldats, la résistance à la mobilisation s’intensifie dans le pays et les agents recruteurs sont de plus en plus souvent pris pour cible, rapporte la BBC. Parallèlement, les accusations concernant le recours à la force lors des opérations de recrutement se multiplient. La mobilisation devient ainsi un problème politique intérieur de plus en plus préoccupant.
Selon la police nationale ukrainienne, plus de 600 agressions contre des employés des services de recrutement ont été enregistrées à ce jour. L’hostilité aurait atteint un niveau «de plus en plus inquiétant». La médiatrice militaire ukrainienne parle elle aussi désormais d’un «problème majeur», selon la BBC. Les agressions contre les agents chargés du recrutement se produiraient à présent «régulièrement».
Un incident survenu récemment à Lviv a particulièrement retenu l’attention. D’après le média britannique, environ 200 personnes y ont encerclé des agents qui tentaient d’arrêter un homme soupçonné de se soustraire à ses obligations militaires. La foule a endommagé le véhicule des agents avant de le renverser.
Et les tensions s’accentuent. Entrée dans la cinquième année de la guerre, l’Ukraine éprouve en effet des difficultés croissantes à recruter suffisamment de soldats pour le front.
«Pourquoi nous sommes-nous battus?»
Vassyl Kroupytch connaît la guerre pour l’avoir vécue. Ce vétéran s’est porté volontaire immédiatement après le début de l’invasion russe et a combattu comme mitrailleur dans le Donbass. Il accompagne aujourd’hui des patrouilles de recrutement.
Selon son récit, il a été blessé en décembre dernier alors que son unité voulait contrôler deux hommes. Ceux-ci auraient refusé de présenter leurs papiers avant de prendre la fuite. Lorsque les soldats les ont poursuivis, Kroupytch aurait été frappé avec un pied-de-biche.
Il aurait dû passer six semaines à l’hôpital. Mais ce qui lui fait le plus mal, cependant, c’est d’avoir été agressé par ses propres compatriotes:
Vassyl Kroupytch porte un tatouage sur lequel est écrit: «Gloire aux forces armées ukrainiennes». Lui-même a été grièvement blessé pendant la guerre. Après une attaque de drone FPV, il a réussi à mettre un camarade à l’abri, tandis qu’il en voyait deux autres mourir. Aujourd’hui encore, il souffre de cauchemars. Il comprend donc pourquoi tant de personnes redoutent d’être envoyées au front.
Des milliers de plaintes contre les agents recruteurs
La contestation ne vise toutefois pas uniquement le principe du service militaire obligatoire. Depuis plusieurs mois, des agents chargés du recrutement sont accusés d’agir illégalement ou de recourir à la violence pendant les contrôles.
L’année dernière, le commissaire ukrainien aux droits humains a enregistré plus de 6000 plaintes. Elles concernent notamment de mauvais traitements présumés, des arrestations illégales et de mauvaises conditions d’accueil dans les centres de recrutement.
Le professeur d’université Kyrylo Ogdansky compte parmi les personnes concernées. Bien qu’il affirme être exempté du service militaire, il aurait été contrôlé en novembre dernier, à Dnipro, par des hommes en civil. Aucun policier n’étant présent, il dit s’être opposé au contrôle. La situation aurait rapidement dégénéré:
Lorsqu’il a demandé ce qui se passait, l’un des hommes l’aurait frappé plusieurs fois au visage.
Selon ses déclarations, le professeur a passé deux semaines à l’hôpital. Mais il ne souhaitait initialement pas rendre l’affaire publique. «La propagande russe exploite très activement ce genre d’affaires. Mais ce problème existe», affirme-t-il. C’est précisément pour cette raison, estime-t-il, qu’il faut en parler. En ajoutant:
Entre pénurie de personnel et nécessité de réformer
Selon le député d’opposition Oleksandr Hontcharenko, les pratiques des services de recrutement contribuent à l’escalade.
En Ukraine, le terme de «busification» s’est désormais imposé. Il désigne les patrouilles mobiles de recrutement qui contrôlent les hommes dans la rue avant de les conduire directement, à bord d’un véhicule, vers un centre d’examen médical ou de recrutement.
L’ancien ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov, depuis limogé, avait engagé de premières réformes. Il était notamment prévu de proposer aux nouvelles recrues des contrats à durée déterminée et de leur permettre ensuite de reporter leur service. Des rémunérations plus élevées étaient également envisagées pour les missions particulièrement dangereuses.
Une réforme globale du système de mobilisation n’avait cependant pas encore été mise en œuvre lorsque Zelensky a demandé à Fedorov de démissionner. Les observateurs estiment donc que les changements pourraient, dans un premier temps, être retardés.
Pour Kroupytch, la situation reste désolante. Une augmentation de la solde pourrait aider, estime-t-il. Mais rares sont désormais les hommes qui s’engagent:
Son explication est simple:
(adapt. dal)

