L'Ukraine expérimente une plante aux pouvoirs étonnants
Le miscanthus géant (Miscanthus ×giganteus, en latin), une plante pérenne connue pour ses vertus énergétiques, est testée depuis 2023, en Ukraine, pour revitaliser les sols contaminés en raison de la guerre, un projet parrainé par l'Otan et piloté par une université tchèque.
L'expérimentation, menée par l'Université Jan Evangelista Purkyne (UJEP) à Vorzel, près de la ville de Boutcha, une banlieue de Kiev où l'armée russe est accusée d'avoir massacré des centaines de civils, vise à vérifier la capacité de cette plante originaire d'Asie, à absorber les polluants et à capter et stocker le carbone.
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L'environnementaliste de l'UJEP Josef Trogl, explique, en faisant visiter une petite parcelle expérimentale installée sur un ancien site d'extraction de lignite tchèque:
Un moyen de dépolluer, et pas seulement en Ukraine
Car des expériences sont également menées pour dépolluer les sols d'anciennes mines un peu partout dans le monde, dont en France, en Chine ou au Canada.
La biologiste Ember Morrissey, de l'université de Virginie-Occidentale et co-autrice d'une étude récente sur le miscanthus géant, explique que la plante, qui présente l'avantage de pouvoir pousser sur des sols contaminés, développe en outre un système racinaire «qui peut accumuler des métaux tout en restaurant simultanément la matière organique du sol». Elle résume:
Tandis que ses racines piègent les polluants, la biomasse aérienne de la plante, qui peut atteindre jusqu'à quatre mètres de haut, reste en grande partie propre.
Des tests probants sur le terrain
Josef Trogl souligne que cette plante envoie «jusqu'à 40% de la matière organique qu'elle produit par photosynthèse vers le sol via ses racines, soit bien plus que les autres cultures». La photosynthèse permet aux plantes de transformer le dioxyde de carbone en oxygène et en glucose riche en carbone.
Doté d'une photosynthèse rapide, similaire à celle du maïs ou de la canne à sucre, le miscanthus géant est ainsi capable de retenir le carbone dans le sol, contribuant à sa régénération. Josef Trogl ajoute:
En outre, le miscanthus géant «aide les microorganismes du sol à dégrader plus rapidement les polluants organiques, comme les produits pétroliers».
Valentina Pidlisnyuk, professeure à l' UJEP qui dirige l'équipe en charge de l'expérimentation à Vorzel, rappelle que «la zone a été occupée par les troupes russes entre février et mars 2022, libérée en avril 2022, puis déminée à l'automne 2022».
La plantation du miscanthus géant a eu «des effets positifs sur les paramètres biologiques du sol et sur la séquestration du carbone», confirme-t-elle.
De nombreux atouts, mais aussi des craintes
Valentina Pidlisnyuk, née en Ukraine, et ses collaborateurs ukrainiens et américains ont pensé pour la première fois à utiliser le miscanthus géant en Ukraine après l'occupation russe du Donbass 2014. Ils ont mené leur premier projet financé par l'Otan dans cette région orientale du pays entre 2016 et 2021.
La plante a cependant ses détracteurs, qui mettent en garde contre une dissémination incontrôlée. Mais Josef Trogl souligne qu'elle se reproduit par des tiges souterraines, ou rhizomes, et ne disperse pas de graines. Il vante, par ailleurs, son pouvoir calorifique similaire à celui d'un «charbon de qualité inférieure» et le fait qu'elle peut être utilisée pour produire des matériaux isolants ou de la pâte à papier, entre autres.
Le projet en Ukraine, mené en coopération avec des partenaires canadiens, croates, kazakhs, ukrainiens et américains, doit se poursuivre jusqu'en 2027. Josef Trogl espère toutefois qu'il sera prolongé, car les bénéfices du miscanthus géant mettent du temps à se manifester.
Une récente étude française a ainsi conclu, au bout de 13 ans seulement, que «la conversion des terres arables en cultures bioénergétiques pérennes augmente les stocks de carbone organique du sol à long terme». Josef Trogl conclut:
