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La mort dans les jeux de société: pourquoi jouer à se tuer?

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image: shutterstock/watson

Les jeux de société: l'endroit parfait pour tuer tous ses amis

Les jeux de société sont par définition un moyen de rassembler les gens. Alors pourquoi aime-t-on jouer à se massacrer? watson a posé la question à un créateur de jeu et à un joueur.
07.08.2022, 08:01
Sandrine Spycher
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LA MORT, éternel tabou
Vous venez de cliquer (ouiii!) sur un article de notre série d’été sur la mort (euh…?!). Qu’elle soit racontée avec émotion, tristesse, second degré, humour noir ou sérieux, la mort fascine autant qu’elle effraie. Et plutôt que de faire comme si elle n’existait pas (spoiler alert: on va tous y passer), chez watson, on a décidé de l’aborder pendant le break estival. Pourquoi en été? D'un, pourquoi pas, et de deux, il n’y a jamais de bon moment pour en parler, alors autant le faire sous le soleil!

Les jeux de société revêtent des formes multiples et variées, parmi lesquelles la mort. Qu'on se fasse passer pour un loup-garou ou un tueur en série, le but est le même: rester en vie et massacrer (symboliquement) les autres joueurs. Nous avons tenté de comprendre les mobiles qui poussent à élaborer ce genre de jeux ou à y participer.

Se tuer en famille? Tout est question de bluff

Récemment arrivé sur le marché (en France), le jeu de cartes Au pire tu meurs met en scène une famille dont on incarne les membres. Huit personnages pour huit joueurs. Le but? Réduire à zéro l'espérance de vie des autres.

Le logo (si rose!) de Au pire tu meurs.
Le logo (si rose!) de Au pire tu meurs.source: Instagram de fred mars

Si des relations filiales sont mises en scène, elles sont également à l'origine du jeu: c'est lors d'une soirée en famille que le concept est né. Fred Mars, créateur du jeu, nous explique:

L’idée nous est venue, mon fils et moi, le soir d’Halloween, il y a bientôt trois ans. On regardait un film d’horreur, et justement on s’interrogeait sur le plaisir qu’il y a, dans ces films comme dans nombre de jeux vidéo, à massacrer des gens à la pelle. On a alors remarqué en fouillant un peu qu’il n’existait a contrario presque aucun jeu de société où il est explicitement question de mise à mort.
Comment on y joue?
Au début de la partie, chaque joueur tire une carte personnage au hasard. Le chien, le bébé, le vieillard, etc.: tous ont une espérance de vie différente. Le personnage qu'on incarne doit évidemment rester secret afin qu'on puisse bluffer pour mentir sur les années qu'il nous reste à vivre. Tout au long du jeu, on attaque les autres joueurs grâce à diverses cartes (du «pépin» à la «cata» en passant par l'«accident») qui réduisent l'espérance de vie. Le dernier joueur encore sur pied aura gagné.

L'idée fait son chemin et après une campagne de financement participatif réussie, le jeu de cartes voit le jour en mai 2022. Un jeu où l'on bluffe pour rester en vie et massacrer le reste de la famille. Fred Mars précise que «dans tout divertissement, il y a à la fois la nécessité d’un défoulement, mais aussi bien souvent l’expression dérivée (car purgative) d’une angoisse profonde». Il ajoute:

«En tuant les autres, je conjure la peur de ma propre mortalité»
Fred Mars, concepteur du jeu Au pire tu meurs

Murder party et jeux de rôles cachés

Le concept de mise à mort dans les jeux de société n'est pas totalement nouveau. Karine Hochard, co-responsable du magasin spécialisé Jouets Davidson à Lausanne, souligne la différence entre deux types de jeu:

  • Les murder party: jeux d'énigmes où le but est de résoudre un crime en menant une enquête, comme par exemple dans le célèbre Cluedo.
  • Les jeux de rôles cachés: jeux où l'on incarne un personnage sans le révéler aux autres joueurs, et où le but est la mise à mort d'autrui. Par exemple, le jeu des Loups-garous de Thiercelieux ou Au pire tu meurs.

D'après Karine Hochard, le public, souvent de jeunes adultes, n'est pas tout à fait le même selon le type de jeu:

«Pour les jeux d'enquêtes, ce sont souvent des joueurs initiés. Ces jeux prennent plus de temps à mettre en place et nécessitent une certaine connaissance. Dans les jeux de rôles par contre, là on voit toutes sortes de joueurs, même novices.»

Si le public est différent, les motivations le sont aussi. Dans les murder party, l'attrait est celui de mener une enquête. Les jeux de rôles, quant à eux, font appel à des compétences de bluff.

Certains préfèrent la compétition à la mort

Le plaisir morbide de s'entretuer n'est pas au centre des intérêts de tous les joueurs. Maxime est un adepte notamment de Exploding kittens, un jeu de cartes où le but est d'éviter à son personnage félin d'exploser. Il révèle une autre motivation à jouer:

«C'est surtout l'aspect compétition qui m'intéresse. C'est clair que le but du jeu est d'être le dernier chat en vie. Mais dans mon groupe de potes, on est très compétitifs et c'est pour ça qu'on aime les jeux de société.»
Une idée des visuels des cartes du jeu Exploding kittens.
Une idée des visuels des cartes du jeu Exploding kittens.source: facebook de Exploding kittens

La «mise à mort» peut donc aussi n'être qu'une illustration de cet esprit de compétition, où le bluff a une grande importance. Tout comme la guerre est une métaphore dans les jeux de stratégie tels que les échecs ou les dames.

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