On se souvient de l'inaltérable «Si tu reviens, j'annule tout» qu'aurait balancé Nicolas Sarkozy à son ex-femme Cécilia, en 2008, huit petits jours avant son mariage avec Carla Bruni. Seize ans plus tard, nos voisins français sont aux prises avec un autre grand «si» qui ne dit pas son nom. Cyril Hanouna, qui a passé deux semaines à dérouler le tapis rouge à l'extrême droite sur Europe 1 avant de filer en vacances, avait menacé de quitter la France si la formation de Jean-Luc Mélenchon venait à rafler la mise aux législatives.
Des menaces évidemment en l'air, mais qui ont eu le don de nourrir la créativité de ses nombreux détracteurs depuis presque un mois. Au point d'en faire un argument de campagne au début de la mobilisation contre la poussée du Rassemblement national. A l'époque déjà, Hanouna croyait utile de souligner l'ironie de sa sortie: «C’était une boutade! Je serai tjs là pour vous mettre devant vos idées nauséabondes et antirépublicaines! Donc ne crie pas victoire!! Vous êtes la honte de la France!»
T inquiètes Séb! C était une boutade! Je serai tjs là pour vous mettre devant vos idées nauséabondes et anti républicaines! Donc ne crie pas victoire!! Vous êtes la honte de la France! https://t.co/PVSbWrV9LB
— Cyril Hanouna (@Cyrilhanouna) June 12, 2024
Car ce n'est pas tant un secret, celui que beaucoup accuse d'être le levier principal du succès du populisme en France ne peut pas saquer LFI. Difficile d'oublier sa brouille violente et bordélique, en direct sur son plateau, avec le député Louis Boyard. Celui qui fut l'un de ses chroniqueurs dans une autre vie s'était fait traiter d'«abruti», de «tocard» et de «merde» par l'animateur star du groupe Bolloré. Un sac d'insultes qui vaudra d'ailleurs une amende de 3,5 millions d'euros à la chaîne C8.
S'il est cavalier d'imaginer Cyril Hanouna rouler personnellement pour le Rassemblement national, l'angle et le ton de ses émissions permettent en tout cas au parti de Marine Le Pen de dérouler son programme, bien calé sur les peurs primaires des citoyens. Mais, cette fois, sa menace, pourtant largement entendue par les électeurs, n'a pas suffi à effrayer suffisamment d'ennemis de Mélenchon pour que la France insoumise implose en plein vol.
Hanouna actuellement après 1865 heures de direct consacrées au RN : pic.twitter.com/fwsNW1eVsg
— Jason Burne (@Monty_Brogan69) July 7, 2024
Dimanche, alors que la formation de Bardella s'est mangée une veste inattendue, Louis Boyard et ses copains ont raflé 71 sièges sur les 180 obtenus par le Nouveau Front populaire. Alors... Hasta la vista Hanouna? Presque.
Dans les rues de Paris, au sortir des premiers résultats dimanche soir, la gauche n'avait pas oublié le célèbre animateur de C8. A peine le Nouveau Front populaire s'était hissé en tête que Cyril Hanouna était dans toutes les bouches.
🇫🇷 FLASH - "Hanouna casse toi !" est scandé par des milliers de manifestants à Paris suite à la victoire du Nouveau Front Populaire. (via @xztim_) #LEGISLATIVES2024 pic.twitter.com/1nkYo3YMQ5
— Mediavenir (@Mediavenir) July 7, 2024
Un réflexe évidemment empoigné à grand renfort de vannes par les réseaux sociaux, qui ne se sont pas privés de rappeler au patron de Touche pas à mon poste qu'il est peut-être l'heure pour lui de faire ses valises. Au sommet de cette montagne de blagues, un «pot de départ» sous la tour Eiffel a même été lancé sur Facebook, histoire de lui souhaiter bon voyage.
Hasard du calendrier (mmh), l'apéro géant est fixé le dimanche 14 juillet à 21 heures. Jour de Fête nationale et pile au premier coup de sifflet de la finale de l'Euro 2024, que Macron espère remporter, histoire de panser ses propres plaies.
Salut @Cyrilhanouna y’a des réductions sur Ryan Air
— 🇵🇸 (@Nwrvnce) July 7, 2024
Cyril Hanouna va-t-il quitter la France, maintenant que l'éphémère coalition de gauche a sauvé les meubles face au RN? Bien sûr que non. A l'inverse, et beaucoup plus grave, de nombreux binationaux se faisaient publiquement une raison de devoir réellement quitter le pays en cas de majorité absolue du clan de Bardella.
Lundi, à l'heure du lunch, quand le président de la République a refusé la démission de Gabriel Attal, Hanouna confirmera définitivement qu'il reste à Paris. Non sans lâcher une énième bombe sur la France insoumise...
En revanche, en brandissant des menaces, l'aimant à audience aura pu s'imposer une nouvelle fois au cœur d'un brasier politique qui n'avait pas besoin de ses services pour faire tanguer la République, depuis la dissolution décidée par Emmanuel Macron le 9 juin dernier.
Une chose est sûre, la sacro-sainte pause estivale n'en sera pas une cette année.