«Fauchés»: Le thème du Met Gala se fait déjà dézinguer
A la suite de l’annulation en catastrophe de la rétrospective consacrée à John Galliano, retirée sous la pression populaire après la résurgence de la polémique sur ses propos controversés tenus en 2011, le Metropolitan Museum of Art de New York a dû revoir sa copie dans la précipitation.
Sous la houlette d’Anna Wintour et du conservateur en chef Andrew Bolton, le Costume Institute a finalement officialisé son thème de secours pour l’édition de mai 2027:
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L’objectif affiché par l'institution new-yorkaise est d’explorer la manière dont les grands couturiers réinventent les vêtements du quotidien, les matériaux banals et les objets familiers pour les élever au rang d’œuvres d’art portables.
Pour matérialiser cette vision, l’exposition mettra à l’honneur des basiques universels comme le trench-coat, le sweat-shirt, le T-shirt blanc et, par-dessus tout, le jean.
Le musée prévoit de rassembler plus de 200 pièces emblématiques, alternant entre «trésors d’archives et prêts de maisons prestigieuses»: on y retrouvera notamment le célèbre jean Calvin Klein immortalisé par Brooke Shields dans les années 1980, le manteau doudoune couture conçu par Charles James dans les années 1930, ou encore l'illusion saisissante du trompe-l’œil en cuir façon denim signé Matthieu Blazy pour Bottega Veneta.
Ce retour vers la toile bleue et le coton de tous les jours résonne directement avec l'histoire d'Anna Wintour, rappelle Page Six. Dès sa toute première couverture du Vogue américain en novembre 1988, l'éditrice créait le choc en stylisant un mannequin avec une veste haute couture Christian Lacroix d'une valeur de 10 000 dollars, associée à un simple jean Guess à 50 dollars.
De plus, toujours selon Page Six, plusieurs célébrités ont déjà osé le denim sur le tapis rouge du Met. Notamment Kanye West en jean déchiré sous une veste perlée en 2016 lors du thème Manus x Machina, A$AP Rocky dissimulant son denim sous un kilt en 2023, ou encore Bhavitha Mandava glissée dans un pantalon trompe-l’œil en soie ultra-fine imitant le jean.
Un thème qui attire les foudres
Mais malgré cette volonté de poser un regard conceptuel sur la garde-robe ordinaire, l’annonce a déclenché un tollé généralisé sur la toile, où les critiques n'ont pas tardé à pleuvoir.
Comme le rapporte le Daily Mail, le public des réseaux sociaux s’est immédiatement divisé, une large majorité exprimant un agacement sans filtre face à ce choix. Beaucoup d’internautes s’interrogent sur la pertinence d'un tel sujet, lançant des piques directes contre les organisateurs:
D’autres oscillent entre sarcasme et résignation face au coût exorbitant du billet d'entrée comparé au résultat attendu sur les marches, raillant l'idée de «payer le prix fort pour porter un sweat à capuche» ou anticipant la lassitude d'un tel exercice:
L'aspect social de la démarche suscite également un vif malaise auprès de certains observateurs, qui redoutent d'ores et déjà un spectacle déconnecté:
Et si quelques fans isolés tentent de garder l'enthousiasme en prédisant des «looks vraiment fascinants», la plupart ironisent en concluant que cette édition s’adresse avant tout «aux gens basiques» et s'apprête à tourner au fiasco ultime:
Pour les plus désabusés (ou les plus réalistes?), enfin, ce thème n'a pas été choisi au hasard, comme le relèvent ironiquement ces utilisateurs Instagram:
Des exemples qui n'aident pas
Le moodboard officiel dévoilé sur le compte Instagram du Costume Institute a achevé de perdre les passionnés de mode.
En juxtaposant un ensemble de jogging gris flanqué d’une cape à franges par Jun Takahashi pour Undercover, ou un trench déstructuré porté à l’envers par Jonathan Anderson pour Loewe, le musée livre une proposition qui frôle surtout l'ennui mortel.
De son côté, le magazine Numéro relaie également le scepticisme ambiant et quelques commentaires au vitriol, qui pointent avant tout l'absence de vision de l'exposition:
L'amertume est d'autant plus grande que la thématique de remplacement apparaît comme une solution au rabais bâclée par le musée.
«On devrait l’appeler Restes», déplorent plusieurs passionnés, indignés qu’un véritable hommage n’ait pas plutôt été attribué à des créateurs de la trempe de Vivienne Westwood ou de Bob Mackie.
Après l’onde de choc causée par la déprogrammation de John Galliano et l’accueil particulièrement polémique réservé à cet «extraORDINARY» aux allures de lot de consolation, le Met Gala 2027 semble s'engager sur un terrain bien glissant.
Il faudra attendre le premier lundi de mai 2027 pour découvrir si le gratin de la mode réussira le tour de force d'élever le vêtement du quotidien au rang de chef-d'œuvre, ou si l'événement viendra confirmer toutes les moqueries et les craintes formulées par ses détracteurs.
(jod)
