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Pourquoi les agressions contre les LGBTQIA+ explosent en Suisse

People participate in the Pride March LGBTQ + Pride (Lesbian, Gay, Bi, Trans and more), in Geneva, Switzerland, Saturday, July 06, 2019. (KEYSTONE/Martial Trezzini)
Marche des fiertés à Genève, en juillet 2019. Image: KEYSTONE

Pourquoi les agressions contre la communauté LGBTIQ+ explosent en Suisse

En 2022, les violences envers les personnes transgenres et non binaires, notamment, ont fortement augmenté en Suisse. Y a-t-il plus de crimes ou simplement plus de dénonciations? Gaé Colussi de l'association Pink Cross nous éclaire sur la situation.
17.05.2023, 16:4130.05.2023, 11:08
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Depuis 2016, en Suisse, les crimes de haine, la violence et la discrimination anti-LGBTIQ+ peuvent être signalés à la LGBTIQ-Helpline. Ce mercredi, elle publie un rapport qui dénonce l'augmentation de presque 50% du nombre de cas signalés en 2022. Au total, 134 crimes de haine ont été recensés, dont presque un tiers concernait les personnes transgenres et non binaires.

Comment expliquer une telle augmentation? Gaé Colussi, responsable Suisse romande Pink Cross, l'organisation faîtière des hommes gays et bisexuels en Suisse, apporte des éléments de réponse:

«Face à la criminalité, la même question revient constamment: y a-t-il plus de crime ou plus de gens qui portent plainte? L'une des pistes qui expliqueraient cette augmentation en 2022 est une meilleure connaissance – et donc plus d'utilisation – de la LGBTIQ-Helpline. Ce n'est, cependant, qu'une hypothèse, car nous n'avons malheureusement pas de réelle réponse»
Gaé Colussi, responsable Suisse romande Pink Cross.
Gaé Colussi, responsable Suisse romande Pink Cross.

Le «coût de la visibilité»

Une autre explication avancée est que l'augmentation des violences est corrélée avec la plus grande visibilité qu'ont aujourd'hui les personnes transgenres et non binaires, notamment dans l'espace public. «Au sein de la communauté LGBTIQ+, c'est elles qui sont le plus exposées, car elles ne peuvent pas cacher leur apparence physique, contrairement, par exemple, aux homosexuels, qui peuvent masquer leur orientation sexuelle», argumente Gaé Colussi. Selon ses dires, beaucoup d'attaques ont lieu en raison de cette «transgression» dans l'expression du genre.

Plus de précisions:
«L'expression de genre» désigne les caractéristiques d'une personne liées, notamment, à son apparence physique. Elle est traditionnellement associée à un genre en particulier (masculin ou féminin).

Une personne non binaire peut ne se sentir ni homme ni femme, les deux, ou toute autre combinaison des deux. Elle peut donc «transgresser» le genre en ne pas respecter pas ses normes, au niveau vestimentaire par exemple.

«La visibilité a un coût», déplore Gaé Colussi. Et de citer en exemples, de manière plus générale, les pics de violences qui s'observent lors des marches des fiertés (Pride) ou qui s'observaient lors des mobilisations en faveur du mariage pour tous.

«Toutes les personnes queer ont conscience qu'en Suisse, notamment, s'afficher comme faisant partie de la communauté LGBTIQ+ est un risque»
Gaé Colussi, responsable Suisse romande Pink Cross.

Il n'existe que peu de statistiques officielles

Comme précisé dans le rapport de la LGBTIQ-Helpline, il n'existe que peu de recensements statistiques de la part des autorités publiques sur les violences et discriminations à l'encontre des personnes LGBTIQ+.

Un canton et une ville font exception. Fribourg et Zurich permettent, lors du dépôt de plainte, de préciser que le crime dénoncé est en lien avec l'orientation sexuelle ou l'identité de genre. «Les cantons de Vaud et Valais ont refusé de faire de même», déplore Gaé Colussi.

Zurich a, par ailleurs, mis en place depuis mai 2021 un outil en ligne permettant de signaler notamment des «cas d'hostilité envers les personnes homosexuelles ou trans», selon le rapport, et une campagne a été déployée pour le faire connaître. Désormais, il est donc possible de comparer les chiffres de la police, de l'outil de signalement de la Ville et de la Helpline.

«Il faut cependant rappeler que de nombreuses personnes transgenres et non binaires qui subissent des violences ne se rendent pas à la police, ce qui signifie qu'il a probablement encore plus de cas que ceux présentés dans le rapport», précise Gaé Colussi. Et d'ajouter:

«Il s'agit souvent de violences verbales. Il est donc difficile de retrouver les auteurs et le processus de dépôt de plainte est long, compliqué et parfois désagréable à vivre, notamment à cause de la manière dont la police reçoit – parfois – les personnes LGBTIQ+. De plus, il y a de fortes chances que la plainte n'aboutisse pas. Les gens préfèrent donc ne pas s'imposer cela»

Des propos que confirment les chiffres exposés par la LGBTIQ-Helpline: seuls 11% des cas signalés ont fait l'objet d'une plainte.

Lutter contre ces violences

En juin 2022, le Parlement a adopté le postulat Barrile, qui demande la mise en place d'un plan d’action national contre les crimes de haine anti-LGBTIQ+. Dès lors, le Bureau fédéral de l'égalité entre les femmes et les hommes (BFEG) sera doté, dès 2024, de deux personnes qui seront en charge de créer et de mettre en place ces mesures.

«En Suisse, les violences restent une réalité quotidienne, mais les choses évoluent, au niveau politique notamment», se réjouit Gaé Colussi.

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