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Le cryptocrash dictera-t-il un effondrement du sport business?

Les Lakers vont peut-être devoir se trouver un nouveau sponsor.
L'argent des cryptomonnaies a plu dans le sport US et le football européen. Image: watson
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Le cryptocrash dictera-t-il un effondrement du sport business?

FTX a fait faillite et des milliards se sont envolés. Mais les tourments récents de la plateforme de cryptomonnaies frappent le sport de plein fouet, surtout aux Etats-Unis. Analyse.
30.11.2022, 18:3701.12.2022, 11:22
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La cryptomonnaie n'est pas une science exacte, elle est volatile et peut monter très haut, comme descendre très bas. En ce moment et ce depuis le 4 novembre, les investisseurs sont bien empruntés et voient leurs investissements s'envoler dans les limbes virtuels.

Le coup sur la cafetière a un nom: la plateforme FTX, un mastodonte d'échange de cryptomonnaies. Une faillite consommée et entraînant dans sa dégringolade une baisse historique et inquiétante des monnaies virtuelles. Le cryptocrash est en train de tout emporter sur son passage. Et dans son marasme d'affaires virtuelles, un effet domino dans le lucratif sport business.

A commencer par des joueurs et joueuses aux noms prestigieux: Tom Brady, Steph Curry ou encore la joueuse de tennis Naomi Osaka, tous sont touchés par la crise des cryptomonnaies. Une confiance aveugle en un marché qui est désormais qualifié de fraude pour de nombreux investisseurs.

Cette faillite frappe surtout des équipes. La première victime de taille est l'équipe de basket des Miami Heat. La franchise floridienne de NBA avait même renommé sa salle «FTX Arena». Un accord valorisé à plus de 135 millions de dollars sur une durée de 19 ans, qui désormais se conjugue au passé.

«Les rapports récents sur FTX et ses filiales sont extrêmement décevants. Nous prenons immédiatement les mesures nécessaires pour terminer notre partenariat avec FTX, et allons travailler pour trouver un nouveau sponsor pour le nom du stade»
Un communiqué des Miami Heat

La société dirigée par Sam Bankman-Fried, avant sa démission, est à ce jour un partenaire de premier plan de la Major Baseball League (MLB). A contrario, la ligue nationale de football américain (NFL) a interdit aux équipes la promotion de cryptomonnaies. Dans l'autre ligue majeure outre-Atlantique, la National Hockey League a également cédé aux sirènes de cette économie virtuelle, en annonçant en 2022 une collaboration avec la plateforme NFT Sweet.

L'arrivée en force de la crypto était visible partout, du sport US au football européen en passant par les écuries de Formule 1. Mais la chute de FTX a provoqué une réelle onde de choc. En préambule du grand prix du Brésil, Mercedes avait senti le vent tourner avant d'annoncer avoir suspendu son partenariat avec FTX.

Dans la foulée, le site spécialisé Motorsport.com énumérait sur Twitter les écuries qui profitent des financements issus de la crypto - elles sont (encore) au nombre de sept.

Le football européen en danger?

En Angleterre et sa puissante Premier League, la crypto est devenu un terreau fertile pour les écuries anglaises. En novembre 2021, 17 des 20 clubs anglais faisaient affaire avec des sociétés de cryptomonnaie, révélait le Daily Mail.

Aujourd'hui, le championnat anglais, après une crise du Covid qui a mis en évidence la dépendance aux droits TV, a laissé les portes grandes ouvertes pour les acteurs du secteur. En 2022, le marché de la crypto s'inscrit dans quasiment tous les clubs. Outre de très rares exceptions, les logos de eToro, Tezos, Socios.com ou Sorare apparaissent avec récurrence.

En 2021, le PSG aurait conclu une affaire entre 25-30 millions d'euros avec Crypto.com, soit 5% du budget. En Italie, les sponsorings sont très présents: l'Inter Milan ou l'AS Roma arborent en grand sur leur maillot Digitalbits. La Juventus, Naples ou le Milan AC sont liés au minimum à deux sociétés de cryptomonnaie.

Une grande majorité des clubs européens sont financés par la cryptomonnaie. Même les clubs en Suisse s'y sont mis fin 2020, par l'intermédiaire d'YB et de la plateforme Socios.com.

La faillite de FTX devrait alarmer les clubs de l'équilibre fragile de ce marché virtuel. Crypto.com commence à montrer des signes inquiétants et voit ses utilisateurs prendre leurs jambes à leur cou. Les sites spécialisés soulignent qu'une vague massive de retraits est en cours et fragilise une plateforme qui est le sponsor principal de la Coupe du monde au Qatar et pourrait entraîner une deuxième vague dévastatrice pour le secteur.

Et si l'hemoragie continue, les Los Angeles Lakers pourraient vivre la même mésaventure que les Heat de Miami. La salle où évolue la bande à LeBron James se nomme la... Crypto.com Arena. Un «naming» qui a coûté 700 millions de dollars à la société.

Pour élargir l'éventail, c'est la NBA qui tremble: la ligue est pleinement dépendante de la crypto. Coinbase est devenu le partenaire exclusif de la NBA contre 192 millions de dollars l'année dernière. Des sommes astronomiques sont investies et des montants colossaux se sont évaporés en un claquement de doigt. Selon les experts du marché, les pertes de la semaine dernière se chiffrent à plus de 200 milliards de dollars.

Daniel Gandi, analyste financier de la société Galeo, explique que s'il y a une régulation et une norme des formes d'investissements peuvent se révéler bonnes. «Si l'ensemble des investissements lié à la crypto dans le sport ne dépasse pas un certain taux, l'équilibre économique n'est pas en danger. Dans la cas contraire, le domaine sportif a du soucis à se faire.» Mais sa conclusion est sans équivoque:

«Personnellement, je pense que le sport ne devrait ni de loin ni de près être lié au marché la cryptomonnaie»

Du côté des cabinets des conseillers en crypto, c'est la méthode «silenzio stampa». Nos multiples sollicitations se sont soldées par des refus.

Ils étaient nombreux à se montrer méfiants face au «Far West» de la finance. L'économiste Jean-Pisani Ferry, sur le plateau de l'émission C dans l'air, qualifiait la cryptomonnaie «d'utopie anarchiste», celle d'être indépendante de l'Etat.

A présent, c'est le sport dans sa globalité qui regarde d'un oeil (très) inquiet l'évolution du marché de la crypto après avoir perçu un eldorado. Si les acteurs se sont démenés pour assurer à leurs clients, partenaires et investisseurs qu'elles n'iraient pas dans le même sens que FTX, le sport devra à l'avenir se montrer patient et prudent lors de la signature d'accords. Surtout, il leur faudra mieux s'informer des risques d'un milieu qui nage en eaux troubles.

Les supporters du Qatar ne sont pas tous de faux fans

Video: watson

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