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Le curling se fait en couple, pour le meilleur et pour le pire

En curling, on travaille en couple, pour le meilleur et pour le pire
Briar Schwaller-Hürlimann (29 ans) et de Yannick Schwaller (28 ans) forment un couple à la ville et au curling. Image: KEYSTONE

En curling, on travaille en couple, pour le meilleur et pour le pire

Les championnats du monde mixtes réunissent de nombreux couples mariés, dont la paire helvétique Schwaller & Schwaller. Le curling favorise-t-il les rapprochements?
26.04.2023, 18:53
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Des bisous, des accolades, pas même une petite engueulade. Aux Mondiaux de curling, la paire suisse composée de Briar Schwaller-Hürlimann et Yannick Schwaller balaie les difficultés avec légèreté, dans l'harmonie qui sied à sa première année de mariage. Elle n'a concédé qu'une seule défaite en cinq matchs.

Ce couple est la fusion de deux grandes dynasties du curling, les Hürlimann et les Schwaller. Les pères étaient rivaux, couverts de médailles. Les enfants sont unis et égaux, couverts de baisers. Ces idylles sont très courantes dans le monde du curling. «Nous sommes une petite communauté, très familiale», précise Laurence Bidaud, fille de Jean-Paul, l'homme qui a introduit le curling aux JO, et athlète olympique elle-même.

Le curling est un genre d'entre-soi (mais il ne demande qu'à s'ouvrir) où perdure une certaine consanguinité de classe. Sinon, les couples n'y sont pas différents qu'ailleurs: ils se forment sur le lieu de travail, comme 35% des couples helvétiques. D'autres histoires commencent à la machine à café et finissent dans un bain de vapeur, juste le temps de briser la glace. Si le curling devait paraître vieux jeu, ce serait peut-être sur un point: ses couples font tout ensemble (comme dirait un collègue de watson dont nous protégerons l'identité, ils font d'une pierre, un coup).

Ils sont par ailleurs très nombreux, toujours plus nombreux. Sur les tableaux d'affichage, des noms deviennent aussi inextricables que Tintin et Milou, Laurel et Hardy, mare et chaussée. Avec le concours de Laurence Bidaud, nous recensons cinq couples aux Championnats du monde de Gangneung. «Et encore, on ne connait pas tous les gossips», s'esclaffe la Vaudoise.

Est-ce un avantage stratégique indéniable? «Oui et non: ça reste des couples comme les autres, rappelle cyniquement Laurent Bidaud. A deux, le curling est plus offensif. Tout va très vite. Après un mauvais coup, Il faut trouver les bons mots pour rebooster sa/son partenaire. La communication est essentielle. Mais tous les couples mariés sont-ils des modèles de communication?»

L’un balaie, l’autre lui crie dessus. A la fin de la journée, les positions doivent se rejoindre. «Parfois, les couples du curling se parlent sans filtre et adoptent un ton qu'ils n'auraient peut-être pas avec un collègue, remarque Laurence Bidaud. Quand un curler entend "tu as foutu quoi?", et que ce reproche n'est plus seulement celui de son coéquipier, mais de son conjoint, c'est un peu la double peine. Il faut faire très attention.»

Il y a un rapport de domination, fatalement. «Dans notre sport, il est important de s'accepter et de bien s'entendre, confirme Patrick Lörtscher, champion olympique en 1998 avec Patrick Hürlimann. La complicité est évidemment un plus. Mais le couple Perret-Rios n'arrêtait pas de s'engueuler sur la glace et il a remporté l'argent aux JO.»

Jenny Perret, left, and Martin Rios of Switzerland team during curling mixed doubles preliminary round game between Sweden and Switzerland at the 2022 Olympic Winter Games in Beijing, China, on Saturd ...
Jenny Perret et Martin Rios.Image: KEYSTONE

Jenny Perret et Martin Rios ont continué d'unir leur carrière après avoir mis fin à leur idylle, un couple qui se déchire dans la vie et qui se raccommode dans le curling. Un vieux couple avec des problèmes de vieux couple: elle lui demandait de passer un coup de balais, il faisait mine de ne pas comprendre. Ils s'échauffaient devant tout le monde (en l'occurence le monde entier) avant de fondre en excuses. «Tout est ma faute», a dit Martin. «On n'en serait pas là si j'avais assuré avant», a rétorqué Jenny.

Tout le contraire d'Alina Pätz et Sven Michel. «Eux, c'est l'harmonie parfaite», sourit Laurence Bidaud. Eux, ce sont Heidi et Peter. La citadine et le montagnard. La nutritionniste et le maçon. Une pierre tatouée sur le poignet gauche en guise de serment. Huit titres mondiaux à eux deux, dont l'un en mixte. Des descendants d’une grande lignée de curleurs, eux aussi.

Switzerland team Sven Michel kisses Alina Paetz after defeating Finland team, during the Round Robin game between Finland and Switzerland at the World Mixed Doubles Curling Championship 2022, at the S ...
Alina Pätz et Sven Michel.Image: KEYSTONE

Si ce sport a l'agréable réputation d'être un bastion épicurien, il ne semble pas s'affranchir des schémas de la société monogamme, voire monomaniaque. Une étude de l’agence Bloomberg démontre que les enseignants épousent souvent des enseignants, les avocats des avocats (donc les curleurs des curleurs), sans négliger la liaison hiérarchique classique qui unit les pilotes de ligne et les hôtesses de l’air, les chefs de cuisine et les serveuses (logiquement les skips et les joueurs/euses).

Patrick Lörtscher avance une explication plus statistique que réellement romantique: «Les curleurs, eux aussi, forment une corporation. Hommes et femmes disputent souvent les mêmes tournois, voyagent dans les mêmes pays, au même moment. Ils sont presque tout le temps ensemble. Forcément, les chances de nouer des relations augmentent en proportion. C'est une réalité statistique qui ne concerne pas seulement le curling. Regardez qui Federer a épousé...»

Le curling mixte ne serait-il plus propice aux rapprochements? «Oui, sans doute, évalue Bertrand Dousse, responsable des initiations au Curling Lausanne Olympique, Au cours d'une partie, il y a beaucoup de dialogue, d'échanges et de décisions à prendre ensemble. Ce sont des vrais moments de complicité.»

Dans ses cours d'initiation, Bertrand Dousse ne prévoit pas de jouer à deux. Uniquement à quatre. «Mais même là, les complicités naissent très vite. A deux, pour surmonter les difficultés, il faut être encore plus soudé.»

Beaucoup finissent par s'attacher (d'autres par se ligoter avec les liens sacrés du mariage). Patrick Lörtscher est réservé: «D'abord, Il faut reconnaître que l'épreuve mixte est une discipline un peu secondaire. Elle permet à des petits pays d'exister sur la scène internationale, des nations qui ne possèdent pas quatre curleurs d'élite. Pour le reste, je ne pense pas que former un couple représente un avantage concurrentiel majeur. A part sous l'angle du planning familial: si l'un habite à Lausanne et l'autre à Zoug, il est évidemment plus difficile d'organiser un entraînement.»

D'autres curleurs veulent croire que leur union est une force. Brent Laing, époux de Jennifer Jones, explique à NBC qu'un couple marié «soigne sa communication et évite les non-dits qui peuvent exister dans d'autres équipes». Lorsque sa moitié «devient grincheuse», comme il dit, Magnus Nedregotten lui frotte délicatement le bras et «la tension retombe». La paire qu'il forme avec Kristin Skaslien, vice-championne olympique, revendique plus de 400 heures d'entraînements par hiver, fitness en sus. «C'est beaucoup de temps ensemble», avouent-ils en choeur.

Brent Laing et Jennifer Jones.
Brent Laing et Jennifer Jones.

Trop? Dans ces espaces confinés où l'on vit d'amour et de glace, les humeurs, parfois, macèrent. Zuzana Paulova, épouse de Tomas Paul, expliquait aux Jeux de Vancouver que «c'est un avantage d'être mariés car nous nous connaissons par coeur. Mais parfois, ça devient un peu difficile. Notamment avant les JO, lorsque nous passons trois semaines à l'isolement, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Je ne vous pas cache pas que nous sommes soulagés d'arriver au village olympique et de rencontrer des gens!»

Son mari Tomas n'en pensait pas moins: «Vous avez besoin d'autres contacts sociaux que votre femme. Je l'aime mais à un certain moment, c'est assez. Trois semaines, c'est le maximum.»

On a testé le curling!
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