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Image: Keystone/Shutterstock

Les couples de sportifs ne vont pas mal, en général

Andre Agassi et Steffi Graf fêtent leurs 20 ans de mariage. Comme eux, comme les Federer et les Gut-Behrami, des athlètes supposément incompris ont trouvé l'amour et la paix auprès de leurs semblables.
01.11.2021, 19:0608.11.2021, 12:00

Lui, coureur. Elle, distante. Si éloignés l'un de l'autre – à priori. Andre Agassi et Steffi Graf viennent pourtant de renouveler leurs vœux, avec robe blanche et sourire immaculé, avec ce qu'il faut d'amour-propre (quand on a 50 ans et quelques balais).

«Tellement fier de traverser la vie au bras de Steffi depuis 20 ans»
Andre Agassi

Lui, avec son gros brushing de guitariste métalleux, occupé à empiler les conquêtes et les bouteilles de whisky dans sa chambre de l'académie Bollettieri, devenu auprès d'elle un vieux sage, jeans sans trou, réputation sans tache, tonsure de bonze tibétain. Elle, seule et abandonnée, un rien paumée, s'est bizarrement «retrouvée en lui». Au milieu coule une carrière:

«Un lien invisible, évident»

«Il existe une connivence, un lien invisible, mais très fort, entre tous ceux qui ont vécu la compétition de manière intense. Nous sommes différents, mais nous nous reconnaissons d'entre tous. Nous entrons dans une pièce et immédiatement nous sentons chez l'autre, nous voyons dans son regard, que lui aussi a connu "ça": travailler dur, entrer dans l'arène, affronter les attentes.»
Andre Agassi, US Open 2015, au sujet de sa rencontre avec Steffi Graf et Lance Armstrong

Télépathie

Les champions, plus ou moins consciemment, fuient la compassion des ignorants pour chercher la compréhension (une passion un peu moins con) de leurs semblables. Certains en viennent à penser que seul un autre champion est capable de les comprendre, de les percer, éventuellement de les endurer et les aimer. C'est d'autant plus vrai dans les sports individuels, dans ces vies de grande solitude où, par nature, les instincts sont plus égoïstes et sauvages.

Nous avions eu cette discussion avec Lara Gut en 2016, sur le toit d'un hôtel de Manhattan, tandis que la championne passait des vacances méditatives. Elle n'avait pas encore rencontré Valon Behrami.

«Une connexion spéciale»

«Dans le sport, il existe une connexion entre nous. D’une certaine manière, nous nous connaissons tous. Au bout de deux minutes, nous parlons le même langage, nous discutons des mêmes problèmes, des sensations, des relations… Tout ce que les gens normaux ne peuvent pas comprendre. Je le vis avec mes amis, encore l'hiver dernier. Ils me demandent: "Mais, après la course, tu fais quelque chose?". Avec les sportifs, je n’ai pas besoin d’expliquer, la relation est simple. Un athlète comprend la fatigue, le vide émotionnel après une victoire. Même un entraîneur ne comprend pas toujours. S’il n’a pas un vécu d’athlète, non, il ne comprend pas. Les échanges profonds, je les ai toujours avec des athlètes»
Lara Gut et Valon Behrami, une vision très proche.
Lara Gut et Valon Behrami, une vision très proche.Image: KEYSTONE

Car il s'agit de tout accepter, et c'est un tout, sans aucun doute. Accepter les absences et les voyages. Accepter les siestes et les couchers tôt, puisque même dormir fait partie du boulot. Accepter la presse, la pression, jusqu'à l'oppression. Accepter les états d'âmes perpétuels: joie, doute, parano, perte de sensation, mal quelque part. Accepter qu'il n'y ait pas d'autre but, aucune autre priorité, pas d'autre monde autour.

Entreprise conjugale

Roger Federer, 21 ans au bras de Mirka, l'avait expliqué un soir où il avait fini tard, à l'US Open, tandis qu'il répondait à la presse suisse (en français):

«Si tu penses à tes problèmes de couple pendant le changement de côté ou si tu as peur de rentrer en retard après l'entraînement, la presse, le massage, tu ne peux pas durer dans ce sport»

Mirka Vavrinec a renoncé à sa carrière pour lui. Elle a tout géré (un grand tout): ses relations publiques, sa garde-robe, ses contrats, ses chantiers immobiliers, même ses tribulations tactiques. «Elle est le cerveau», nous glissait un membre de son proche entourage. «Elle connaît parfaitement le tennis et elle connaît celui de Roger comme personne. Elle voit tout, elle devine tout. Parfois, elle le débriefe; parfois, elle le gronde. Il l’écoute toujours et leurs discussions peuvent durer des heures.»

L’histoire dit qu’il était timide avec les filles, que beaucoup de gens l'ont dissuadé de «s'accrocher à cette Mirka», une créature de l'ambition, diva des clubs huppés où elle trainait des effluves de Coco Chanel et des cliquetis de ferraille coûteuse, mais l'histoire dit aussi qu'il a trouvé en elle des vertus dont il était dénué, la ténacité, la confiance, la force, la paix, l'amour (tout. Elle est tout pour lui).

«Elle s'entraînait cinq ou six heures d'affilée. C'était une coriace et elle m'a appris à travailler»
Roger Federer, 2016, The Guardian
Image: AP POOL

Sans elle, il aurait «arrêté le tennis depuis longtemps» (Wimbledon 2015), il n'aurait pas gagné autant de trophées et d'argent, pas développé des talents et des goûts aussi sûrs. Ils sont devenus associés d'affaires, puis indissociables, dans l'inconscient populaire, comme le seraient Laurel et Hardy, Black et Mortimer, Marre et Chaussée.

Même but, même vie

A l'exemple de Roger Federer, Gaël Monfils se dit plus impliqué dans le tennis depuis qu'il partage sa vie, et davantage encore sa carrière, avec la bûcheuse Elina Svitolina.

Ils se sont mariés le 16 juillet dernier à Nyon (VD).
Ils se sont mariés le 16 juillet dernier à Nyon (VD).

«Tout faire ensemble»

«Nous partageons le même objectif: être des athlètes de haut niveau. Nous connaissons tous les deux les sacrifices que cela exige, c’est pourquoi nous nous entraînons ensemble et nous nous poussons à devenir meilleurs. Notre cohabitation est parfois difficile car, selon le calendrier, nous sommes séparés. Mais nous essayons de planifier des tournois dans les mêmes régions»
Octobre 2021, eToro

Au très haut niveau, peut-être plus qu'ailleurs, ceux qui se ressemblent s'assemblent. Les autres préfèrent souvent le célibat. Ou les histoires sans lendemain – parce que demain, il y a match.

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