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GP de Las Vegas: La F1 fait «all-in»

Lando Norris (McLaren), assis aux machines à sous dans un casino de la cité du jeu.
Lando Norris (McLaren), assis aux machines à sous dans un casino de la cité du jeu.Image: keystone

La Formule 1 fait «all-in» à Vegas

La F1 a investi des millions pour l'organisation de son Grand Prix à Las Vegas. Un pari qui n'est pas sans risque. Explication.
17.11.2023, 16:4818.11.2023, 13:16
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La Formule 1 est de retour à Las Vegas un an après cette énorme journée de lancement, qui avait permis à Lewis Hamilton, George Russell ou encore Sergio Perez de piloter leur monoplace sur le strip de la ville, devant ceux venus tenter leur chance aux machines à sous.

Cette fois, c'est un Grand Prix qui sera organisé, dimanche à 7h00 - heure suisse. Il s'agit là de la troisième course de la saison aux Etats-Unis, après les événements disputés à Austin et Miami. Un élément loin d'être anodin, qui montre à quel point la F1 cible le marché américain, depuis le succès de la série Drive to Survive produite par Netflix.

La société Liberty Media, propriétaire du championnat de monde de Formule 1 depuis 2017, a redynamisé une discipline en perte de vitesse. En quelques années, Liberty a su créer un produit «cool», qui parle aux jeunes.

«L'objectif de Liberty est de changer le regard porté sur la Formule 1, et notamment celui de la fameuse "Génération Z", qui devrait par nature rejeter la discipline au vu des préoccupations écologiques»
Vincent Chaudel, co-fondateur de l'Observatoire du Sport Business

Bernie Ecclestone, l'ex-patron emblématique, rêvait d'organiser un Grand Prix en plein cœur de Vegas, sur le fameux strip. Il n'y est jamais parvenu, se heurtant à maintes reprises aux casinos. Tous jugeaient que la F1 avait plus besoin de Vegas que le contraire. La situation s'est finalement inversée, et aujourd'hui, la ville veut surfer sur l'engouement des Américains pour la discipline, comme elle le fait pour d'autres sports. Elle accueillera le prochain Super Bowl, reçoit régulièrement de grands combats de boxe, et dispose même d'une franchise NHL depuis 2016. Bientôt, l'équipe de MLB des Athletics quittera Oakland pour Las Vegas.

Une nouvelle stratégie

L'organisation du Grand Prix de Las Vegas ne suit toutefois pas le modèle économique traditionnel. D'habitude, la F1 délègue l'organisation de ses courses à des «promoteurs», titulaires d'un circuit ou aptes à en louer un. Tout en conservant ses droits, elle oblige les structures à débourser des millions de dollars en vue de l'obtention du Saint Graal. Les «promoteurs» mettent à disposition un circuit vierge de sponsoring quand débarque le grand cirque de la F1, et gèrent, entre autres, la billetterie, la promotion de l'événement et certaines hospitalités.

A Vegas, la situation se veut différente. La F1 endosse une double casquette de détenteur de droits et organisateur. Une grande première, même si par le passé, l'organisation avait porté secours à quelques «promoteurs» en difficulté.

Des millions investis

Concrètement, pour la tenue de l'événement dans la cité du divertissement, des investissements massifs ont été faits. On parle de 500 millions de dollars. Alors qu'il s'agit d'un tracé temporaire, en plein cœur de la ville, des terrains ont été achetés pour la construction d'un tronçon de piste et l'aménagement d'un complexe permanent accueillant les paddocks. Ceci constitue le poste de dépenses le plus important, mais à cela s'ajoute la transformation des routes de Vegas en circuit, et la mise en place de nombreux ponts en ville pour permettre aux hôtels et casinos de poursuivre leurs activités.

La F1 compte s'installer à Vegas pour au moins une dizaine d'années, un projet ambitieux qui pourrait rapporter gros. Rien qu'au niveau local, sans compter ce qui ira dans la poche de l'organisation, on estime les retombées du Grand Prix de Las Vegas 2023 à 1,3 milliard de dollars. Steve Hill, président de la Las Vegas Convention and Visitors Authority, l'organisme en charge de la destination du sud du Nevada, considère que 900 millions proviendront des dépenses effectuées par les 100 000 visiteurs.

L'événement a été imaginé dans la démesure, pour coller à l'image de la ville. Il y a d'abord eu une immense cérémonie d'ouverture, impliquant des artistes internationaux. La F1 mise aussi sur les à-côtés. Ce week-end, Vegas est «The place to be», avec la présence de nombreuses stars.

Kylie Minogue a chanté lors de la cérémonie d'ouverture, ce mercredi.
Kylie Minogue a chanté lors de la cérémonie d'ouverture, ce mercredi. Image: keystone

Le Grand Prix devrait être l'une des principales tendances sur les réseaux sociaux, il sera certainement le plus couvert de la saison par les médias. Les hôtels de la ville ont mis en place de nouvelles prestations, les marques se ruent aussi sur l'événement, elles multiplient les activations. Même les écuries sont en effervescence - Mercedes tient par exemple son «Vegas Club», une structure d’hospitalité spécialement conçue pour cette course.

Pas de pari sans risque

La Formule 1 compte poursuivre son développement aux Etats-Unis, et si l'événement de Vegas s'avère être un succès au fil des années, elle pourrait bien reproduire l'expérience ailleurs, dans d'autres contrées, en suivant ce nouveau modèle. Sans pour autant lâcher définitivement tous ses «promoteurs», le risque de banqueroute deviendrait dès lors beaucoup trop grand.

Pour l'heure, l'investissement fait à Vegas est déjà conséquent, et pas sans risque pour l'organisation. Surtout que tout n'est pas rose dans la ville de tous les péchés. Les fans de la vieille époque voient d'un mauvais oeil ce Grand Prix si spécial, et même certains pilotes ne cachent pas leur frustration. Le triple champion du monde Max Verstappen n'est pas convaincu et critique ouvertement la part donnée au divertissement. Selon lui, c'est «un show à 99% et un événement sportif à 1%». Lors de la cérémonie d'ouverture, il s'est même comparé à un «clown».

«Si vous regardez le tracé de la piste, nous sommes davantage là pour le show que pour la course. Mais je ne vais pas polémiquer: je suis plutôt du genre à y aller, à faire ce que j’ai à faire et à rentrer chez moi. L’intérêt à Las Vegas se situera plutôt hors du circuit»
Max Verstappen

Sur place, la population - pourtant habituée aux facéties de la ville - n'apprécie guère la venue des monoplaces. Des arbres ont notamment été coupés pour permettre la tenue de l'événement. Les différents aménagements paralysent Las Vegas depuis plusieurs mois, si bien que Lewis Hamilton, lui même, a tenu à s'exprimer sur le sujet.

«J'ai entendu beaucoup de plaintes sur la présence de l'événement ici de la part des habitants. Nous devons être respectueux de la population. Nous ne pouvons pas être un cirque qui se présente avec des paillettes et du glamour et qui affecte les gens de façon négative»
Lewis Hamilton

Autre point qui questionne: tous les billets pour l'événement n'ont pas trouvé preneur. Les hôtels, eux non plus, n'affichent pas complet, si bien que depuis quelques jours, c'est la course au rabais du côté de Las Vegas, après les fortes augmentations qui avaient suivi l'officialisation de la course. Aurait-on eu les yeux plus gros que le ventre? De son côté, la F1 se justifie, en déclarant que le plan initial a toujours été de retenir certains billets pour les retardataires.

Enfin, côté sport, le circuit a été dessiné pour aller vite. Les pointes sont estimées à 340 km/h voire plus, les longues lignes droites devraient favoriser les dépassements. C'est un point positif. En revanche, sa ressemblance avec les tracés de Nascar risque d'ennuyer les puristes, adeptes du pilotage. Les Américains devraient apprécier, mais étonnement, la côte Est des Etats-Unis dormira au moment du départ, samedi à 22h00 - heure de Vegas. Ajoutez à cela l'ultra-domination de Max Verstappen, couronné depuis longtemps, et ce Grand Prix placé en fin de saison perd encore un peu plus de son intérêt.

Il y a déjà eu un fiasco à Vegas

Il va de soi que pour la Formule 1, le succès se doit d'être au rendez-vous. Mais à la vue des sommes en jeu, des critiques et de l'intérêt du public, peut-être surestimé, le pari est loin d'être gagné. Puis, si les casinos n'y trouvent pas leur compte, le projet à long terme pourrait aussi capoter. Après tout, à Vegas, c'est d'abord l'industrie des jeux d'argent qui fait la loi, et il ne faudrait pas non plus trop écorner l'image de la ville, ou empêcher les casinos de tourner à plein régime.

Il est bon de noter que la Formule 1 a déjà connu un échec à Las Vegas. En 1981 et 1982, le Grand Prix de Cæsars Palace avait été organisé sur l'immense parking de l'hôtel. Vaste, mais pas assez, puisque la piste ressemblait davantage à un tracé de karting.

A l'époque, le public n'avait pas répondu présent. Seuls 30 000 spectateurs avait bravé la fournaise de l'édition 1982, bien moins que les courses européennes - ce qui avait conduit les organisateurs a abandonné le projet. Ce week-end, c'est le froid qui est attendu dans la nuit de Vegas, ce que n'avait pas prévu la F1 et inquiète les écuries, déjà que la piste sera ouverte à la circulation en dehors des différentes séances.

La F1 a-t-elle appris de ses erreurs? Sur le circuit de Las Vegas, la première journée s'avère en tout cas être un réel fiasco. Les essais libres 1 ont tourné court suite à un problème de sécurité, ils ont été annulés après seulement neuf petites minutes. Carlos Sainz a heurté le couvercle d'une bouche d'égout, provoquant des dégâts collosaux sur sa monoplace. Chez Ferrari, on évoque une situation «inacceptable pour la F1 aujourd'hui». La deuxième séance a finalement pu se dérouler, mais au beau milieu de la nuit, après des heures de retard en raison des modifications effectuées sur le circuit. Quelques fans avaient décider de rester, ils ont été évacués. La raison? Les agents de sécurité terminaient leur service à 1h30 et ne pouvaient plus assurer leurs fonctions.

Bref, une première journée bien loin du «show» annoncé, qui vient s'ajouter aux nombreux problèmes déjà rencontrés.

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Matthias Aebischer est journaliste. Il est connu en Suisse alémanique pour avoir été le présentateur du téléjournal et d'autres émissions de la SRF dans les années 2000. Âgé de 56 ans (si, si!), il est conseiller national depuis 2011.
source: sda / alessandro della valle
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Video: watson
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