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France-Maroc: «c'est choisir entre son père et sa mère»

Des supporters des équipes du Maroc et de France sur les Champs-Elysées.
Des supporters des équipes du Maroc et de France sur les Champs-Elysées.Image: capture d'écran

France-Maroc, «c'est choisir entre son père et sa mère»

Mercredi, la France et le Maroc s'affrontent en demi-finale de la Coupe du monde. A la fois espéré et redouté, ce match s'annonce historique, car il oppose des destins entremêlés.
12.12.2022, 17:5113.12.2022, 14:50
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Au nom de tous les miens… Il y aura un peu et même beaucoup de cela dans la tête des Franco-Marocains lorsque débutera la demi-finale de Coupe du monde France-Maroc, mercredi à Doha. Un peu et même beaucoup de cette gratitude envers les pères et les mères. De ce sentiment de dette à l’égard de ceux qui maintenant sont vieux et qui, un jour, ont fait le trajet du Maroc vers la France, où la vie ne fut pas facile, où tout cependant fut entrepris pour que les enfants aient un avenir dans un pays qui leur en offrait un à la faveur du regroupement familial. Une nouvelle existence commençait avec son lot de tracas.

Migration et passé colonial

C’est un peu, et même beaucoup de ce récit migratoire fondateur qui rend ce match si particulier. Mais ce France-Maroc est plus qu'un banal France-Portugal et davantage qu’un dilemme de la binationalité. A l’histoire de la migration, s’ajoutent le passé colonial de la France, ainsi que la dimension arabe et religieuse portée par l’équipe marocaine. «En termes politiques, c’est tout de même moins explosif qu’un France-Algérie, mais ça reste très émotionnel», relève le journaliste franco-algérien et ex-voix de la radio Beur-FM Abdelkrim Branine. Rappelons que depuis plus de 20 ans, les matchs opposant la France à une équipe maghrébine sur territoire français sont source d'inquiétude.

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670 000 binationaux

Mercredi, au stade Al-Bayt, l'émotion submergera-t-elle les joueurs marocains? L’enjeu historique paralysera-t-il l’équipe de France ? Ou sera-ce une fête, une très belle fête, comme la plupart, sans doute, le souhaitent, estimant qu’ils seront victorieux, et ce, quel que soit le vainqueur?

Il y a du Maroc dans cette France où vivent 1,5 million de Marocains, dont 670 000 binationaux (chiffres de 2015). Et puis il y a une part française chez les Lions de l'Atlas, à commencer par leur sélectionneur, Walid Regragui, enfant de Corbeil-Essonnes, en région parisienne. «Né à Paris, Sofiane Boufal, l’ailier gauche des Lions de l’Atlas, joue à Angers, club de Ligue 1, de même que son compatriote et comme lui sélectionné au Qatar, le milieu de terrain Azzedine Ounahi», rappelle Abdelkrim Branine, auteur d’un roman sur le milieu du football, «Le Petit Sultan» (éditions Zellige). «C’est Boufal, reprend Branine, qui a fait venir sa mère sur le terrain, dansant avec elle après la victoire face au Portugal.»

Fierté arabe

Ce match comporte d’évidents aspects affectifs et géopolitiques. Mercredi, les Marocains joueront en quelque sorte à domicile. L’engouement dans le monde arabe pour le Maroc est total. La monarchie alaouite est investie de l’arabité de toute une «nation» qui n’a jamais accédé encore à ce stade de la plus grande compétition sportive mondiale.

«Pour le Qatar, c’est une fierté d’être l’hôte de celui qui sera peut-être le premier pays arabe à gagner une Coupe du monde de football. Et pour le Maroc, c’est une fierté d’incarner de tels espoirs»
Abdelkrim Branine

Les brouilles diplomatiques ne font pas le poids face à la donne historique du moment. Alors que la frontière entre l’Algérie et le Maroc est fermée en raison du différend portant sur le statut du Sahara occidental annexé en 1975 par le Maroc, de nombreux Algériens et Marocains se sont salués de part et d’autre de la ligne qui les sépare après la victoire des Lions de l’Atlas contre le Portugal en quarts de finale.

Le symbole fédérateur d’une équipe arabe en demi-finale de la Coupe du monde est si fort que le Maroc est devenu le porte-drapeau de la cause palestinienne. Des joueurs marocains n’ont pas craint d'arborer les couleurs de la Palestine au cours de la compétition. Comme s’ils désavouaient leur roi, signataire en 2020 des accords d’Abraham qui normalisent les relations entre le Maroc et Israël, en échange de la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté du royaume sur le Sahara occidental.

«Je demande au roi et à ses ministres de s’excuser»

En France, ce geste de solidarité avec les Palestiniens a mis le journaliste et essayiste français Georges-Marc Benamou en colère. Sur la chaîne israélienne I24News, il a demandé «au roi et à ses ministres de s’excuser». Pour qui se prend-il?, a-t-on réagi dans le camp opposé.

A l’approche de la confrontation, c'est sans doute en France que s’expriment les passions les plus tristes, les moins fédératrices. La crainte d’être submergé, à terme, par une démographie arabo-musulmane nourrit des discours de rejet, qu’attisent des images de heurts survenus en marge des célébrations marocaines au cours de cette coupe du monde.

Sur BFMTV, l’ex-candidat du parti identitaire Reconquête, Eric Zemmour, a déploré que les supporters franco-marocains à qui on demande pour qui ils sont avant France-Maroc, répondent «unanimement», prétend-il, «pour le Maroc». Ajoutant n’avoir pas entendu des Franco-Italiens dire qu’ils soutenaient l’Italie lorsque cette dernière affronte la France. «C'est complètement faux», rectifie Abdelkrim Branine, citant les cas de plusieurs connaissances franco-italiennes supportrices de la squadra azura.

Il faut dire que certains semblent se complaire dans une forme d’hubris islamo-identitaire, qui fait le beurre de l’extrême inverse. Tel ce jeune homme interrogé par BFMTV:

«Je soutiendrai la France»

«Je soutiendrai la France», lâche Aziz Senni, un Franco-Marocain qui a grandi au Val-Fourré, la plus grande cité de France, située à Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines. «Je sais qu’en disant cela, je vais faire réagir», sourit cet entrepreneur-investisseur, auteur d’un ouvrage remarqué à sa sortie, en 2005, «L’ascenseur social est en panne… J’ai pris l’escalier» (éditions de l’Archipel).

«Il y a une minorité de nuisibles d’un côté comme de l’autre, des fanatiques», reprend Aziz Senni. Ce quadragénaire se réjouit de la rencontre France-Maroc, «entre [ses] deux pays». Il explique son choix pro-français dans cette demi-finale.

«Je ne suis pas d’accord avec Jamel Debbouze qui dit qu’entre son père et sa mère, le Maroc et la France, il ne pouvait pas choisir. Moi, je choisis ma mère, le pays où j’ai grandi, cette République française qui m’a nourri de ses mamelles. Et puis, moi qui suis croyant, je citerai de mémoire un propos attribué au prophète: alors qu’on lui demandait qui du père ou de la mère était le plus important, il a répondu trois fois "la mère". Pour l'anecdote, ma mère, cette fois-ci la vraie, qui supporte le Maroc, m'a appelé pour me dire, avec beaucoup d'amour et d'humour: "On va vous battre!"»
Aziz Senni

On ne peut exclure l’éclatement de heurts mercredi, mais c’est certainement un moment de fraternité que souhaite et s'apprête à vivre l'immense majorité des Franco-Marocains. Le plus bel hommage qui pourrait être rendu aux parents.

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