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Champions Hockey League: un cadeau empoisonné pour GE Servette

Geneve-Servette's forward Alessio Bertaggia #33 smiles as winner after defeating the team Rouen Dragons, during a Champions Hockey League game between Switzerland's Geneve-Servette HC and Fr ...
Malgré un hockey sur glace de haut niveau, la Champions Hockey League n'est guère rentable pour les clubs suisses (ici Genève-Servette et Alessio Bertaggia).Image: KEYSTONE

La Ligue des champions est un cadeau empoisonné pour Genève-Servette

En football, cette compétition est le Graal. C'est tout le contraire en hockey sur glace, où les clubs subissent des pertes économiques et ont un calendrier surchargé. GE Servette et Rapperswil, qui jouent ce mardi soir (19h45) le match aller des quarts de finale, en font l'amère expérience.
05.12.2023, 17:0305.12.2023, 18:46
Klaus Zaugg
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Le champion ainsi que le 1er et le 2e de la saison régulière sont condamnés à participer à la Ligue des champions de hockey (Champions Hockey League). Si l'équipe titrée ponctue sa saison régulière à la 1re ou à la 2e place, le 3e du classement est également qualifié. Cette année, Genève-Servette (sacré) ainsi que Bienne et Rapperswil (respectivement 2e et 3e de la saison régulière) doivent donc mordre dans cette pomme européenne acide.

Une pomme acide? Oui, et même très acide. 20 des 24 clubs participant à la Ligue des champions subissent des pertes économiques dans cette compétition. Les primes et les indemnités, qui ont encore été réduites cette saison, en témoignent.

  • Chacun des 24 participants reçoit une «indemnité de voyage» de 65 000 euros.
  • Une qualification en huitièmes de finale rapporte 15 000 euros de primes.
  • Pour les quarts de finale, ce sont 20 000 euros supplémentaires.
  • Pour la demi-finale, encore 20 000 euros.
  • Le vainqueur empoche 240 000 euros supplémentaires, le perdant de la finale 120 000.

L'équipe qui remporte la Ligue des champions reçoit ainsi un total de 360 000 euros (340 000 francs suisses).

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Le titre l'an dernier est revenu aux Finlandais de Tappara Tampere.Image: keystone

Comme les frais de voyage sont entièrement à la charge des clubs et que certaines destinations ne sont accessibles que par charter ou que les vols de ligne ne peuvent pas toujours transporter tous les bagages d'une équipe de hockey, les clubs sont dans le rouge jusqu'aux demi-finales. D'autant plus que très souvent, le tour préliminaire (c'est-à-dire les 6 matchs avant les huitièmes de finale) est inclus dans l'abonnement de saison des spectateurs. Autrement dit: les recettes de billetterie restent limitées.

Bref, seules 4 équipes sur 24 (les quatre demi-finalistes) ne devraient pas perdre d'argent avec la Ligue des champions si le calcul des coûts est honnête.

Fatigue et effets négatifs sur le championnat

Mais ce n'est pas seulement une question d'argent. Cette compétition européenne a également des répercussions sportives pour nos clubs. Ce n'est pas un hasard si, avec le champion Genève-Servette (actuel 10e de National League), Bienne (11e) et les Lakers (13e), les trois participants à la Ligue des champions ont des difficultés dans le championnat national. Cette charge supplémentaire est toujours sous-estimée et a valu à tous, depuis fin août, huit matchs supplémentaires plus les déplacements à l'étranger, tout ça dans un calendrier national déjà très chargé.

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Le calendrier surchargé joue sans doute un rôle dans la crise actuelle des Rapperswil Lakers.Image: keystone

Rapperswil (contre Vitkovice) et Genève-Servette (face à Växjö) disputent dès ce mardi soir (19h45) les quarts de finale, soit les matchs neuf et dix en Ligue des champions. Avec de bonnes chances de se qualifier pour le dernier carré. Les directeurs sportifs et les entraîneurs vantent certes dans leurs déclarations officielles – dans les coulisses, ils ne le font pas toujours – le défi sportif et la possibilité de se vider la tête loin du championnat, deux points attrayants pour les joueurs.

Les quarts de finale des clubs suisses
GE Servette - Växjö (Suède) mardi 5.12 à 19h45
Rapperswil - Vitkovice (Rép. tchèque) mardi 5.12 à 19h45

Matchs retour le mardi 12 décembre

Mais jusqu'en décembre, il n'y a pas de répit pour pouvoir corriger tranquillement telle ou telle chose à l'entraînement et la vulnérabilité aux blessures est plus élevée en raison de cet engagement en Ligue des champions.

Les clubs de National League, à l'exception des Zurich Lions, n'ont pas la profondeur de banc nécessaire pour supporter sans problème la charge supplémentaire d'une compétition européenne.

Une expérience qu'Ambri, Davos, Gottéron, Lugano, Kloten ou Zoug, entre autres, ont déjà faite depuis la réintroduction de la Ligue des champions (2014).

Ce qui est frappant chez Genève-Servette, Bienne et les Lakers, c'est le recul du nombre de buts marqués. La saison dernière, Rapperswil possédait la deuxième meilleure attaque du championnat. Aujourd'hui, ils sont l'équipe la plus faible du classement offensivement. L'extinction du véritable feu offensif biennois est tout aussi dramatique: troisième meilleure attaque de National League l'an dernier, le HC Bienne n'est que numéro 10 cette saison à ce niveau. Même constat pour les Aigles, dont l'attaque était la plus efficace lors de la dernière saison régulière, mais qui n'est plus qu'au 8e rang actuellement. Conséquence pour ces trois clubs: de nombreuses défaites serrées.

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Champion en titre, Genève-Servette n'est que 10e de National League actuellement. Image: KEYSTONE

L'élément déclencheur de cette baisse d'efficacité offensive n'est peut-être pas le même à Genève et à Bienne que chez les Lakers. Mais lorsque la crise s'installe, l'effet est le même: une dynamique négative qui augmente la pression. Au bout du Léman, le sérieux dans le jeu a diminué après le départ d'Henrik Tömmernes et la célébration du sacre, mais le talent est encore plus que satisfaisant.

Les attaquants biennois ont perdu leur élan très tôt à cause des blessures. Rapperswil, lui, a plutôt été victime de son succès: après deux excellents exercices ponctués à la 4e et 3e place en saison régulière, les attentes ont augmenté.

Un désintérêt et des amendes salées

Les fans de hockey suisse et les médias se moquent éperdument de savoir si Genève, Bienne ou les Lakers réussissent ou non en Ligue des champions. Il n'y a aucune pression pour ces équipes dans cette compétition. Résultat? La crispation disparaît. Du hockey pour les romantiques. Et les chiffres le prouvent: Rapperswil possède la quatrième meilleure attaque parmi les 24 participants. Les Aigles et les Seelandais ont également beaucoup plus de facilité à marquer en Europe qu'en National League: Genève est la troisième meilleure équipe offensivement, Bienne la septième. Or, marquer des buts a toujours été en grande partie une question de mental...

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En Ligue des champions, les Genevois trouvent beaucoup plus facilement le chemin des filets qu'en National League.Image: keystone

On a pu le constater plus haut, la Ligue des champions est un business déficitaire pour les clubs suisses (et étrangers), avec des effets considérables et néfastes sur le plan sportif.

Pour que les équipes n'aient pas l'idée, somme toute logique, de renoncer à la Ligue des champions, une équipe qualifiée risque, si elle n'y participe pas, de devoir payer de lourdes amendes.

Car la Ligue des champions est liée contractuellement à notre National League et aux clubs.

Ces amendes sont judicieusement fixées à un niveau tel qu'une participation entraîne dans tous les cas moins de pertes que le paiement des amendes. Pour Infront, le détenteur des droits TV et publicitaires, la Ligue des champions est également une affaire déficitaire. Entre autres parce que les Russes n'y ont jamais participé depuis sa réintroduction et que, pour des raisons évidentes, ils n'y participeront pas non plus pendant des années.

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Le nombre de spectateurs du HC Bienne est nettement plus élevé lors des matchs de National League qu'en Ligue des champions.Image: keystone

La Ligue des champions nous offre du hockey de qualité, agréable à regarder et divertissant. C'est une bonne chose qu'elle existe. Le problème, c'est qu'elle n'intéresse que les romantiques du hockey paneuropéen. Par exemple, à chaque match contre la lanterne rouge Ajoie, Bienne a un taux de remplissage de sa patinoire plus élevé que pour les matchs européens cette année.

Toutes ces constatations ont de quoi faire réfléchir les organisateurs de la plus prestigieuse compétition continentale en hockey sur glace.

Adaptation en français: Yoann Graber

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