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Roland-Garros: Sabalenka souveraine dans un contexte politique pesant

Aryna Sabalenka n'a pas laiss
Aryna Sabalenka est en demi-finale de Roland-Garros.Keystone

Sabalenka écrase ses adversaires dans un contexte politique pesant

Demi-finaliste à Roland-Garros pour la première fois de sa carrière, Aryna Sabalenka n'y a toujours pas perdu le moindre set. Elle subit pourtant des attaques répétées pour ses liens présumés avec le pouvoir biélorusse.
06.06.2023, 16:5906.06.2023, 17:08
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Elle voudrait ne parler que de tennis mais elle est ramenée sans cesse à la guerre en Ukraine et à ses soutiens appuyés au président biélorusse Alexandre Loukachenko, quelques années plus tôt. Harcelée sur ces questions à Roland-Garros, Aryna Sabalenka avait été dispensée de conférences de presse afin de «préserver sa santé mentale». Elle y est revenue mardi, bon gré, mal gré, pour y retrouver les mêmes questions autour de Loukachenko et leurs nombreuses photos ensemble.

Sa relation avec Loukachenko

«Nous avons joué de nombreux matchs de Fed Cup en Biélorussie. Il (réd: Alexandre Loukachenko) était présent et prenait des photos avec nous après le match. Il ne se passait rien de grave à cette époque, que ce soit en Biélorussie, en Ukraine ou en Russie. Et je l'ai déjà dit à maintes reprises, je ne soutiens pas la guerre. Ce qui signifie que je ne soutiens pas Loukachenko en ce moment.»

Ses absences en conférence de presse

«J'ai toujours respecté les conférences de presse. Je me suis toujours montrée ouverte dans mes réponses. Je me suis vraiment sentie mal de ne pas venir ici ces derniers jours. Je n'ai pas réussi à dormir. Je respecte vraiment chacun d'entre vous. Merci beaucoup d'être venus, de vous intéresser à moi. Maintenant j'ai eu le temps d'oublier la dernière conférence de presse et je me sens à nouveau en sécurité ici.»

Dans ce contexte pesant, la Biélorusse étonne par sa force: elle n'est jamais parue aussi souveraine sur terre battue. La voilà en demi-finale de Roland-Garros pour la première fois, et sans concéder le moindre set. A une puissance phénoménale, elle ajoute une organisation simple et carrée. En pleine confiance, la No 2 mondiale marche sur ses adversaires.

Ce mardi, elle a battu une seconde Ukrainienne, peut-être la plus symbolique et engagée, Elina Svitolina, 6-4 6-4. Dans un nouveau duel à dimension politique, les deux joueuses n'ont pas partagé la traditionnelle photo d'avant-match et Svitolina, une fois encore, n'a pas serré la main de Sabalenka au filet. Cela étant, plusieurs commentateurs au bord du court ont cru apercevoir un petit regard complice.

Aryna Sabalenka of Belarus, right, waits on the net as Ukraine's Elina Svitolina, left, walks off the court without shaking hands with her opponent at the end of their quarter final match of the  ...
Sabalenka attend la poignée de main au filet en sachant pertinemment que Svitolina passera tout droit.Keystone

Sabalenka a ensuite fait son retour en conférence de presse, une obligation pour laquelle elle avait obtenu une dispense médicale ces derniers jours. «Mercredi (réd: après le deuxième tour), je ne me suis pas sentie en sécurité», avait-elle expliqué à la direction, en déplorant que des médias ukrainiens aient pu la mitrailler de questions sur ses opinions politiques sans que personne n'intervienne. Sabalenka «est sortie de ses deux premières conférences de presse très touchée», a reconnu la patronne du tournoi Amélie Mauresmo.

Si elle refuse de serrer la main de toutes les joueuses russes et biélorusses, Marta Kostyuk avait été particulièrement offensive avec Aryna Sabalenka, qu'elle avait reconnu «ne pas respecter», lui reprochant de ne pas prendre position clairement sur l'invasion de l'Ukraine et de ne pas déménager dans un autre pays.

Au-delà de son passeport, Aryna Sabalenka paie ses liens avec Alexandre Loukachenko. En 2018, une première rencontre a été organisée à la demande de la joueuse, affirme l'agence d'Etat Belta. En 2019, dans une interview au média indépendant Tut.by (fermé depuis les manifestations de 2020 contre le pouvoir, et dont deux dirigeantes ont été condamnées récemment à 12 ans de prison), la joueuse rend hommage à l'homme d'Etat: «Évidemment, c'est bien de naître dans un pays où le président soutient le sport comme personne d'autre et est prêt à apporter son aide dans les moments difficiles.»

Le 31 décembre 2020, après une année marquée par la répression sur des manifestations pro-démocratie en Biélorussie, Sabalenka a partagé un toast avec Alexandre Loukachenko pour le nouvel an, en compagnie d'autres soutiens du régime.

À la même période, selon l'agence Belta, elle a signé une lettre ouverte, comme 3000 autres sportifs biélorusses, contre la création d'une «Union des sportifs libres du Bélarus» soutenant l'opposition politique. Le président salue régulièrement ses performances. En début d'année, il a porté un toast en son honneur après sa victoire à l'Open d'Australie. Fin mars, il a annoncé qu'il allait «parler avec elle» après sa défaite au Master 1000 de Miami. Un soutien ostentatoire qui en devient gênant pour Aryna Sabalenka: «Je suis presque sûre que ça n'aide pas» à me rendre populaire, a-t-elle lâché en avril à Stuttgart. «Je ne sais pas quoi dire parce qu'il (réd: le président Loukachenko) peut commenter mes matchs, il peut commenter ce qu'il veut», a-t-elle ajouté.

La droitière de 1,82 m ne cesse de le répéter, elle n'a «rien à voir avec la politique»: «Si les Ukrainiens me détestent après son discours, qu'est-ce que je peux y faire ? S'ils se sentent mieux en me détestant, ça ne me dérange pas de les aider ainsi.» «Je l'ai dit bien des fois: aucun joueur russe ou bélarusse ne soutient la guerre. Personne. Comment peut-on soutenir la guerre? Les gens normaux ne le font pas. Pourquoi faut-il dire haut et fort ce genre de choses? C'est évident, comme 1 + 1 = 2. Si on pouvait y mettre un terme, on le ferait tout de suite.» Certaines joueuses Ukrainiennes voudraient qu'elle en fasse tout de même davantage. (afp/chd)

La Russie est au bord de la guerre civile.
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