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Le PS rêve d'une Sanna Marin suisse au Conseil fédéral

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Jeune, mère et punk: le PS rêve d'une Sanna Marin suisse

La première ministre finlandaise est jeune, cool et mère de famille. Elle marque l'image d'une nouvelle génération de femmes politiques. Au Parti socialiste (PS) aussi, la question de la conciliation se pose dans le cadre du remplacement de Simonetta Sommaruga. Mais la fonction est une contrainte pour les jeunes parents.
08.11.2022, 06:09
Stefan Bühler et Doris Kleck / ch media
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C'est une chance pour le PS, qui s'est récemment affaibli lors des élections cantonales: en décembre, il pourra faire élire un nouveau membre au Conseil fédéral. Ce doit être une femme, le parti l'a déjà décidé. Une femme qui, espèrent certains, servira de locomotive lors des élections fédérales de l'année prochaine. Une femme politique issue d'une nouvelle génération qui trouve ses stars en Finlande, en Nouvelle-Zélande et en Allemagne.

Elles sont les icônes d'une jeune génération de femmes politiques féministes: Sanna Marin (37 ans), première ministre en Finlande, Jacinda Ardern (42 ans), cheffe du gouvernement néo-zélandais, et la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock (41 ans). Elles sont jeunes, ont du succès et sont mères. Et elles portent avec assurance le thème de la conciliation de la fonction et de la famille sur la place publique – via les réseaux sociaux, dans des interviews et, surtout, sur la scène politique.

En 2018, après la naissance de sa fille Emma, Sanna Marin a posté sur Instagram une photo d'elle en train d'allaiter. Elle a expliqué qu'elle avait partagé le congé parental à parts égales avec son partenaire:

«J'ai pu reprendre le travail et il a pu passer beaucoup de temps avec notre fille»

Elle estime qu'il est «très important que les pères aient le droit de passer plus de temps avec leur enfant, car c'est une phase si unique de la vie».

Image

Jacinda Ardern a également fait les gros titres dans le monde entier en 2018 lorsqu'elle a pris six semaines de congé maternité après la naissance de sa fille, devenant ainsi, la première ministre à le faire.

Annalena Baerbock, en tant que tête de liste des Verts lors de la campagne électorale allemande de 2021, a déclaré que son mari «prendrait un congé parental complet» si elle était élue chancelière. Et lorsque le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov a voulu imposer une vodka à Baerbock, celle-ci aurait paré le coup en disant:

«Si boire de la vodka à midi est un test de résistance ... j'ai donné naissance à deux enfants»
Annalena Baerbock

Le glamour séduit même les dirigeants du PS suisse

Les trois politiciennes de premier plan rayonnent et ont une compréhension de la gestion de la fonction que l'on n'a pas encore pu imaginer en Suisse. Ainsi, Simonetta Sommaruga a déclaré lors de sa démission: «Au cours des douze dernières années, j'ai mené une vie dans laquelle la fonction de conseillère fédérale a toujours été la priorité absolue». Et ce, «parce qu'il le faut, dans cette fonction». Il n'est donc pas étonnant qu'aucune mère ayant des enfants en âge scolaire n'ait jusqu'à présent réussi à entrer au Conseil fédéral: les conseillères fédérales n'ont pas d'enfants – ou sont déjà grands-mères.

Le PS suisse, fan de Sanna

Sanna Marin n'a pas seulement des photos privées avec son Emma. Elle semble également profiter pleinement de son temps libre. Une vidéo la montre en train de faire la fête avec des amis. Cela ne lui a pas porté préjudice, bien au contraire: lorsqu'elle a été critiquée pour cela, des milliers de femmes dans le monde entier ont posté sur les réseaux sociaux des petits films d'elles en train de danser et de faire la fête.

Vidéo: watson

Manifestement, faire la fête de temps en temps n'affecte pas non plus le travail d'une femme politique. Interrogée sur le conflit en Ukraine, Sanna Marin a récemment répondu: «L'issue du conflit, c'est que la Russie quitte l'Ukraine.» Et c'est avec un rire sec qu'elle a pris congé du journaliste. La vidéo est devenue virale.

Les stars politiques de la gauche mondiale rayonnent de glamour. Un glamour qui trouve également un terreau fertile en Suisse. Ainsi, les dirigeants du PS suisse comptent parmi les fans de cette Finlandaise au caractère bien trempé, notamment le coprésident Cédric Wermuth. Il a récemment posté une photo avec Sanna Marin, «l'une des femmes politiques les plus inspirantes de notre époque».

Parmi les sociaux-démocrates, elle est considérée comme un modèle de politique féministe; elle est louée pour la modernisation de l'État social et l'introduction d'un congé parental paritaire. Mais surtout, Sanna Marin réfute l'argument selon lequel seuls les dirigeants économiques expérimentés peuvent bien diriger un pays.

Ce n'est tout simplement pas vrai. C'est ainsi que la conseillère nationale de Bâle-Campagne Samira Marti (28 ans), sa collègue bernoise Flavia Wasserfallen (43 ans) ou la conseillère d'Etat vaudoise Rebecca Ruiz (40 ans) se sont retrouvées sur une liste interne du PS comportant le nom de candidates potentielles au Conseil fédéral.

En Suisse, le dévouement prime, le talent est secondaire

En fait, Sanna Marin a eu une carrière éclair. Lorsqu'elle est devenue ministre des Transports en 2019, elle ne siégeait que depuis quatre ans au parlement finlandais. Auparavant, elle était membre du Conseil municipal de Tampere. En Suisse, on considérerait qu'il s'agit d'un bagage plutôt léger pour avoir des ambitions suprêmes .

L'expérience est-elle surestimée? Si elle aide incontestablement, c'est surtout au démarrage. Mais un observateur influent sous la Coupole fédérale affirme que le métier de conseiller fédéral s'apprend. Le talent est presque accessoire,

Ce qui est plus décisif, c'est la volonté de s'investir pleinement dans la fonction. Didier Burkhalter avait qualifié cette fonction de seconde peau: conseiller fédéral n'est pas un métier. Mais la charge de travail est élevée. Si bien que Kathrin Bertschy, conseillère nationale du parti Vert’libéral et coprésidente d'Alliance F, considère que...

«La fonction de conseiller fédéral n'est pas faite pour les parents»

Cela vaut aussi bien pour les jeunes mères que pour les pères. Ce n'est pas un hasard si les élus sans enfants sont majoritaires au Conseil fédéral. En Suisse, les femmes ayant des enfants en âge scolaire sont de fait, toujours exclues du Conseil fédéral: on attend trop de la présence des magistrates dans les commissions, les séances du parti et les apparitions dans les médias. Si le PS veut ouvrir le Conseil fédéral aux jeunes mamans, celles-ci ont besoin de partenaires qui, en tant que pères, assument nettement plus de la moitié du travail à la maison.

Et il faut que le monde politique soit prêt à se réformer, afin que les membres du gouvernement ne s'enlisent plus dans les petites affaires quotidiennes, mais définissent les lignes directrices fortes.

Le PS est donc à la recherche d'une pionnière

Kathrin Bertschy n'est pas la seule à dire: «Les départements sont trop grands et le travail devrait être réparti.» Quand la Suisse s'en autorise sept, Sanna Marin doit composer avec dix-huit ministres dans son gouvernement et ne doit pas se battre pour obtenir une majorité politique sur chaque question. Ce sont les avantages d'un gouvernement majoritaire par rapport au système de concordance.

La question de la compatibilité de la fonction de conseiller fédéral avec une famille ne préoccupe pas seulement les jeunes mères. Lors des dernières élections complémentaires en 2018, les hommes ayant refusé de se présenter au Conseil fédéral ont été nombreux.

«On ne peut pas être à la fois un bon père pour ses deux jeunes enfants et un bon conseiller fédéral pour le pays»
Le conseiller aux Etats Andrea Caroni (PLR)

Pirmin Bischof, du PDC, était lui arrivé à la conclusion que sa «mission de bon père (espérons-le) de deux petites filles» ne lui permettait pas de se présenter. Parfois, la famille peut être un prétexte, car les chances d'être élu sont faibles. Mais le malaise fondamental est indiscutable.

C'est donc une pionnière qui est recherchée par le Parti socialiste suisse. Une jeune mère qui relèverait le défi. Non seulement de gouverner le pays, mais de réformer le Conseil fédéral de l'intérieur. Flavia Wasserfallen, Pascale Bruderer et Evi Allemann ont toutes des enfants en âge (pré)scolaire. Bertschy souhaite qu'une jeune mère ou un jeune père fasse bientôt son entrée au Conseil fédéral. Avec le soutien du parti et du collège. Mais elle dit aussi: «Le prix à payer sera élevé».

(aargauerzeitung.ch)

Traduit et adapté par Noëline Flippe

Sanna Marin, première ministre finlandaise, critiquée pour la vidéo d’une soirée
Video: watson
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