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Analyse

Dans la joie de la fin des mesures, on a négligé les personnes à risques

En levant les restrictions Covid ce mercredi, le Conseil fédéral a fait beaucoup d'heureux. Mais cette décision inquiète certaines personnes à risques qui se sentent délaissées face au virus qui continue de circuler.
18.02.2022, 11:35
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Ce jeudi, toute la Suisse se réjouit. Les mesures Covid, c'est (presque) fini. Il ne reste plus que le masque dans les transports en commun pour nous rappeler que la pandémie n'est pas encore terminée. Mais face à cette euphorie, des voix discordantes se font entendre. Car pour certaines personnes à risques, la levée des restrictions n'est pas un soulagement.

Les retraités sont inquiets

«Au téléphone, beaucoup de gens nous disent: "C'est incroyable, on nous laisse tomber. Mais moi, je continue à avoir peur, ne comptez pas sur moi pour aller au bistrot dans ces conditions"», raconte Christiane Jaquet-Berger, présidente de l'AVIVO, l'association suisse de défense des retraités. L'ancienne conseillère nationale socialiste ajoute:

«La décision du Conseil fédéral est abrupte. Du jour au lendemain, tout est possible. Mais on ne peut pas chasser l'inquiétude d'une minute à l'autre»
Christiane Jaquet-Berger, présidente de l'AVIVO

Elle s'étonne notamment que le Conseil fédéral ait supprimé le port du masque obligatoire dans les supermarchés. «C'est curieux, d'autant plus que c'est une mesure que la population acceptait largement.» A titre personnel, Christiane Jaquet Berger affirme qu'elle continuera de mettre un masque pour faire ses courses.

De manière plus générale, la présidente de l'AVIVO regrette que les mesures de protection face au virus soient désormais une question de responsabilité individuelle:

«Il est difficile de critiquer le Conseil fédéral qui a assumé son rôle durant deux ans de pandémie. Mais on a le sentiment que ce rôle devenait lourd à porter face aux critiques et à l'agressivité d'une petite partie de la population. Ils étaient soulagés de pouvoir libérer les Suisses»

Une décision qui a toutefois laissé un goût amer chez certains des retraités avec lesquels elle a eu contact: «Tout à coup, ils ont le sentiment que l'économie passe avant la santé des gens vulnérables

Pas égaux face au virus

Car si le Conseil fédéral a levé la plupart des restrictions, le virus, lui, est toujours bien présent. Le nombre d'infections quotidiennes baisse rapidement, mais ce jeudi, l'OFSP enregistrait encore près de 20 000 cas en 24 heures. «La circulation reste importante. Avec la fin de la plupart des obligations, c’est maintenant à chacun d’entre nous de décider comment nous comporter», confirme la bioéthicienne Samia Hurst-Majno. Elle poursuit:

«Nous sommes tous exposés à l'infection, mais nous ne sommes pas tous également protégés contre ses conséquences. Il est important de se rappeler qu'il reste des personnes plus à risques»
Samia Hurst-Majno, vice-présidente de la task force

La spécialiste décrit les deux catégories concernées:

  • Les personnes qui ne peuvent être protégées par la vaccination, pour des raisons médicales comme l’immunodépression, ou parce que ce sont des enfants de moins de cinq ans.
  • Les personnes, vaccinées ou guéries, dont le risque de départ était tellement élevé qu'elles ne sont pas entièrement à l'abri malgré leur immunité.

La semaine passée, avant la décision du Conseil fédéral, la spécialiste invitait sur Twitter à continuer à porter le masque dans les espaces clos pour protéger les plus vulnérables. Elle continuait:

«Personne ne devrait avoir à risquer sa vie en allant acheter son pain ou en prenant le bus»
Samia Hurst-Majno, bioéthicienne

Comment vit-elle donc le choix des autorités de lever l'obligation du port du masque à l'intérieur, hormis dans les transports publics? «J’espère que le port du masque ne va pas disparaître tout de suite dans les supermarchés. Les personnes à risque doivent en tout cas avoir accès aux denrées de base, sans cela on leur demanderait de renoncer à certains droits juste parce qu’un effort assez modeste nous aurait paru excessif», observe Samia Hurst-Majno.

L'accès pour tous,
un principe moral

Dans ces conditions, regrette-t-elle la décision du Conseil fédéral? «Je suis surtout reconnaissante de ne pas avoir eu à la prendre. Ici, je vous décris certains aspects de la situation, mais ces décisions politiques doivent tenir compte de toutes sortes d’éléments, y compris, mais pas seulement, des aspects scientifiques et éthiques.» La bioéthicienne souligne toutefois un principe moral:

«L’accès pour tous aux biens essentiels peut guider nos choix individuels. De même que nos autorités ont garanti l'accès aux biens essentiels, même sans certificat Covid, il faudrait désormais que nous tous nous en garantissions l'accès, même sans une santé robuste»
Samia Hurst-Majno, bioéthicienne

La spécialiste rappelle que ce n'est pas parce que les mesures de précaution ne sont plus obligatoires qu'on ne peut plus les appliquer. Surtout que cette prudence collective ne sera pas éternelle. «Il y aura un moment où la circulation virale deviendra assez faible pour que la protection individuelle suffise», affirme-t-elle.

Comment faire attention?

Ainsi, pour le moment, Samia Hurst-Majno compte continuer à porter le masque, pour elle et pour les autres. Car la médecin le souligne, dans un espace clos, une personne à risques est 20 à 200 fois mieux protégée si tout le monde met un masque chirurgical et elle aussi, que si elle seule en porte. Même un FFP2.

«Un lieu sans certificat avant, c'est un lieu avec masque maintenant»
Samia Hurst-Majno sur Twitter

«Et il ne faut pas se décourager si vous voyez que certains ne le font pas, précise l'experte. Que certains portent le masque, cela participe déjà à une meilleure qualité de l'air.» La qualité de l'air, justement, c'est l'un des enjeux pour protéger les plus vulnérables. La bioéthicienne pointe l'utilité d'une bonne aération des espaces clos et de l'utilisation d'un capteur CO2 pour savoir quand ouvrir la fenêtre.

Autre manière de préserver les personnes à risques, se faire tester avant d'aller les voir. «C’est prudent, mais attention: ce n'est pas une garantie absolue. On peut être négatif alors qu'on est déjà contagieux», nuance l'experte. Elle explique qu'il est également important de s'interroger sur nos activités sociales des jours précédents. Car:

«La moitié des contagions ont lieu avant l'apparition des premiers symptômes»
Samia Hurst-Majno

De son côté, Christiane Jaquet-Berger suggère de faire attention au lavage des mains et de refréner les envies de se saluer avec un contact physique. Pour autant, elle affirme que ne plus voir les personnes âgées, même si c'est pour les protéger, n'est pas une bonne solution. «Terminer sa vie seul est un vrai malheur. C'est une perspective horrible

Et Samia Hurst-Majno de conclure en soulignant l'évidence: «Il faut discuter avec les gens concernés pour leur demander à quel point ils vont prioriser la sécurité par rapport aux interactions: c’est aussi cela, la liberté.»

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