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Analyse

Une fois les mesures levées, la Suisse devra garder le Covid à l'œil

Le Conseil fédéral s'apprête à lever les restrictions sanitaires. Mais cela n'empêchera pas le virus de continuer à circuler dans la population. Il faudra donc le tenir à l'œil pour éviter de mauvaises surprises comme un nouveau variant préoccupant. Quatre stratégies pour surveiller le Covid de près.
15.02.2022, 05:1315.02.2022, 17:42
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Ce mercredi devrait marquer une étape importante dans l'évolution de la pandémie en Suisse. La consultation des cantons terminée, le Conseil fédéral doit annoncer de quelle manière il compte commencer à lever les restrictions. Petit à petit, le certificat et le masque vont donc disparaître de nos vies. Le Covid, lui, risque pourtant de roder encore un moment, selon les spécialistes:

«Le virus n'obéit pas aux autorités. Nous devons le surveiller comme le lait sur le feu parce qu'on a vu qu'il pouvait être imprévisible»
Philippe Eggiman, infectiologue

Président de la société de médecine de Suisse romande (SMSR), Philippe Eggimann souligne l'importance de tenir le Covid à l'œil au cours des prochains mois afin de pouvoir prendre rapidement des mesures pour limiter sa circulation si la situation devait l'exiger.

«Nous n'avons aucune idée de ce qui peut nous tomber dessus, donc il faut avoir un très haut niveau d'attention pour ne pas se retrouver dans la même situation que l'hiver passé», approuve Didier Trono, virologue à L'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Dans l'idéal, cette surveillance devrait nous permettre d'anticiper les problèmes en adaptant les vaccinations de rappel à l'immunité de la population et aux variants potentiellement problématiques. Car le spécialiste le rappelle:

«Ce n'est pas fini, le virus circule encore largement sur la planète et il est susceptible de générer de nouveaux variants»
Didier Trono, virologue

Voici donc quatre stratégies pour garder le Covid à l'œil:

Renforcer le système de surveillance de la grippe

En Suisse, le réseau d'observation Sentinella surveille, chaque hiver, l'évolution de la grippe dans notre pays. Quelque 180 médecins volontaires testent et recensent leurs patients présentant des symptômes de type grippaux afin d'observer l'évolution de la maladie au niveau national. «C'est un système éprouvé qui existe depuis des dizaines d'années. La détection du coronavirus y a été intégrée», pointe Philippe Eggimann.

Pour l'infectiologue, le réseau doit toutefois être renforcé par de nouveaux praticiens afin d'améliorer la couverture du territoire et d'offrir des rapports plus réguliers. «L'idéal serait de pouvoir compter sur 300 médecins. Mais, avec le Covid, je suis convaincu qu'on trouvera de nouveaux volontaires.»

Des tests autant pour protéger que pour surveiller

«Il faut continuer à tester les gens symptomatiques pour savoir qui est contaminé dans la société», affirme Didier Trono. Le virologue invite également à poursuivre les tests systématiques dans les endroits à risques comme les hôpitaux et les établissements médico-sociaux (EMS). Une surveillance qui aurait un double effet positif à ses yeux:

«Cela évite de faire entrer le loup dans la bergerie et c'est un indicateur pour savoir la proportion de la population infectée»
Didier Trono, virologue

Identifier les variants
en activité

Autre outil à utiliser pour tenir le Covid à l'œil, selon Didier Trono, le séquençage des virus qui circulent. En clair: analyser en laboratoire une partie des échantillons prélevés sur les personnes positives afin de déterminer exactement de quel variant il s'agit. «C'est extrêmement important de le faire en Suisse et dans le monde afin de savoir si un nouveau variant contre lequel nous ne sommes pas immunisés surgit

Le spécialiste précise que c'est une procédure qui s'effectue déjà dans notre pays, mais qu'il faudra poursuivre malgré la levée des mesures.

«Avec un consortium d'experts, dont certains sont membres de la task force, nous avons déposé une demande dans ce sens auprès de l'OFSP»
Didier Trono, virologue

De son côté, Philippe Eggimann invite à renforcer la coopération internationale entre les laboratoires de référence de chaque pays. «Nous devons institutionnaliser le partage des savoirs, c'est la meilleure manière de détecter précocement l'apparition d'un variant ou d'une vague.»

Surveiller l'immunité de la population

Dernier point important, la surveillance de l'immunité de la population. «On ne connaît ni la durée ni le spectre de la protection offerte par le vaccin et l'infection. Omicron est un variant "exotique" donc il y a des chances qu'il confère également une immunité "exotique"», détaille Didier Trono.

Pour savoir si notre immunité est toujours au top, le spécialiste invite à procéder à des prises de sang régulières sur un échantillon de la population afin de mesurer les taux d’anticorps neutralisants contre les différents variants en circulation. «C'est quelque chose que nous avons fait par moment depuis le début de la pandémie, mais il faudrait le systématiser», affirme le virologue. Là aussi, un groupe d'experts dont il fait partie a déposé une demande auprès des autorités.

Une solution qu'approuve Philippe Eggimann qui pointe, encore une fois, l'importance de garder un œil attentif sur le virus pour éviter les mauvaises surprises. «L'infrastructure et le savoir-faire sont là, ce qu'il manque ce sont les moyens financiers. Mais c'est infiniment moins cher qu'un confinement.»

Et si on devait porter le masque à vie? Décryptage en vidéo.

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