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Vaccin: 18 vaccinés suisses sont morts du Covid. «C'est rassurant»

«18 morts en six mois? Ce n'est rien.» Image: Shutterstock

Analyse

Oui, 391 vaccinés ont eu le Covid, 18 sont morts. Mais «c'est rassurant»

Nous sommes bombardés de chiffres au quotidien. Et il est souvent difficile de les mettre en perspective pour en comprendre le sens. Dernier exemple en date, le buzz entourant les statistiques du nombre de vaccinés décédés ou infectés par Covid en Suisse. Décryptage.

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La nouvelle fait le tour des médias helvétiques cette semaine: 18 Suisses entièrement vaccinés sont décédés du Covid entre janvier et juillet 2021. Durant la même période, 391 personnes ayant reçu leurs deux doses ont contracté le virus et 92 d'entre elles ont dû être hospitalisées. Des statistiques qui ont rapidement enflammé les réseaux sociaux, générant leur lot de commentaires, de débats et d'inquiétudes.

Et pourtant, il semblerait que ce soit, en réalité, une bonne nouvelle. «Quand j'ai vu ce chiffre, j'ai pensé qu'il était très positif. C'est très rassurant», affirme Yves Tillé, professeur de statistiques à l'Université de Neuchâtel. Il s'explique: «Si, grâce au vaccin, on a seulement 36 personnes qui décèdent du Covid en Suisse chaque année, on peut vivre avec. On compte beaucoup plus de morts de la grippe.»

«18 morts en six mois? Ce n'est rien. Si on a 36 décès du Covid par année, ce n'est plus un gros problème»

Yves Tillé, professeur de statistiques

Car les chiffres ont ceci de magique que suivant la manière dont on les présente, leur compréhension change radicalement. Un exemple? Reprenons nos 18 vaccinés helvétiques morts entre janvier et juillet 2021. Au cours du même laps de temps, 1100 personnes sont décédées du Covid en Suisse. Un petit calcul suffit pour se rendre compte que les non-vaccinés représentent... 98,5% des victimes du virus. Subitement, l'inquiétude change de camp.

C'est normal que des milliers de vaccinés soient infectés

«Oui des vaccinés sont infectés. Mais beaucoup plus de non-vaccinés sont infectés, proportionnellement», approuve l'infectiologue Alessandro Diana. Tout en indiquant que les effets bénéfiques du vaccin ne font aucun doute, l'expert estime que l'efficacité de la piqûre est de 88% contre l'infection et de 96% contre l'hospitalisation.

Concrètement, cela veut dire que sur 100 personnes immunisées, 12 peuvent quand même contracter la maladie et 4 peuvent connaître des complications. Si on rapporte cette proportion aux 4,8 millions d'individus entièrement vaccinés dans notre pays, cela signifie que 576 000 Suisses risquent d'attraper le Covid, malgré leurs deux doses. Et ce sans que ce chiffre ait quoi que ce soit d'anormal.

Pour aller plus loin, Frédéric Schutz, statisticien à la faculté de médecine de l'Unil, raisonne par l'extrême. «Si tout le monde était vacciné en Suisse, forcément 100% des gens qui décèderaient du Covid seraient vaccinés. On se rend bien compte que ce chiffre n'a pas de sens.» On n'est plus très loin du célèbre slogan de la Française des Jeux: «100% des gagnants ont tenté leur chance».

«Un chiffre tout seul ne veut jamais rien dire. Le gros problème, c'est de savoir ce qui se cache exactement derrière les données»

Frédéric Schutz, statisticien à la faculté de médecine de l'Unil

Frédéric Schutz souligne, lui aussi, que la statistique de 18 vaccinés morts du Covid depuis le début de l'année n'a rien d'inquiétant, bien au contraire. «Purement statistiquement, c'est une bonne nouvelle. Mais on ne peut jamais considérer la statistique sans l'histoire humaine derrière», précise-t-il.

Tous les chiffres ne sont pas bons à communiquer

De son côté, Alessandro Diana pointe la nécessité de prendre du recul pour comprendre les différents chiffres et les remettre dans leur contexte. «Si vous lisez ces informations brutes, cela suggère que le vaccin n'est pas efficace. Votre cerveau, qui veut aller vite, conclut que vous risquez quand même de mourir.» L'infectiologue admet toutefois qu'il n'est pas très intuitif d'analyser ce type de statistiques, même ses collègues du domaine médical s'y perdant parfois.

A ses yeux, les spécialistes de la santé et les autorités ont un véritable travail de pédagogie et de communication à faire pour apporter des réponses à ceux qui s'interrogent. «Moi, j'ai trouvé une solution pour faire comprendre de quoi on parle en faisant une comparaison avec la ceinture de sécurité: elle augmente vos chances de survie mais vous pouvez mourir même en la portant.»

Responsable des études et méthodes statistiques à l'office cantonal de la statistique de Genève, Matti Langel a suivi le buzz concernant les 18 vaccinés décédés en Suisse. «Quand j'ai vu ce chiffre, je me suis tout de suite dit qu'il pourrait potentiellement être mal compris ou mal utilisé», explique-t-il.

«Aujourd'hui, nous sommes dans une société de données, on devrait davantage apprendre à manipuler et analyser tous ces chiffres dès l'école»

Matti Langel, Office cantonal de la statistique de Genève

L'expert reconnaît toutefois que la mise en perspective n'est pas facile à faire pour le grand public. «Nous sommes bombardés de chiffres au quotidien. Il manque parfois un tri, de la part de celui qui les diffuse, pour déterminer ceux qui sont réellement intéressants et qui représentent une information pour la population.»




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