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Les CFF, obligés de louer les wagons car Berne n'en achète pas

Pourquoi les CFF sont obligés de louer des wagons très chers

La Confédération doit déterminer si le transport de marchandises en Suisse doit bénéficier d'un soutien financier plus important. Mais les discussions trainent, obligeant ainsi les CFF à mettre la main à la poche.
18.12.2022, 11:5318.12.2022, 12:32
Stefan Ehrbar / ch media
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«Confier sa fortune à des tiers, c'est faire confiance»: c'est avec ce slogan que les banquiers privés de Reichmuth&Co de Lucerne cherchent à attirer des clients. Et une entreprise publique a également été convaincue. En effet, pour la filiale Cargo des CFF, les banquiers, respectivement leur société d'investissement Lokroll, achètent 35 locomotives de type Vectron de Siemens. Ensuite, la société de gestion d'actifs Northrail, mandatée par Reichmuth&Co, les loue à CFF Cargo pour cinq ans.

Ce n'est pas une première pour CFF Cargo, mais cette fois la raison est exceptionnelle. En effet, l'entreprise de transport de marchandises ne peut actuellement pas planifier à long terme ses activités. Pourquoi vous direz-vous? Bêtement parce qu'elle ne sait pas encore dans quelle mesure la Confédération soutiendra financièrement le trafic marchandises.

Le 2 novembre dernier, le Conseil fédéral a mis en consultation deux variantes:

  • La première impliquerait un soutien financier plus important aux prestataires de transport de marchandises sur le rail, de l'ordre de 600 millions de francs pendant quatre ans. Par ailleurs, des solutions techniques telles que l'attelage numérique automatisé seraient subventionnées.
  • Dans la deuxième variante, la Confédération ne soutiendrait pas entièrement l'entreprise publique et ne dépenserait que 120 millions de francs.

Berne n'ayant pas encore tranché, l'entreprise de transport de marchandises n'est actuellement pas en mesure d'acheter ces wagons, ni même de faire des plans sur le long terme. Elle les loue donc à ces grandes banques, comme pour un leasing de voiture.

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Train cargo des CFFImage: KEYSTONE

Les CFF, obligés de mettre la main à la poche

Si la deuxième variante devait être retenue par la Confédération, cela entraînerait une nette diminution du trafic de marchandises sur le rail alors que la Confédération s'attend à une augmentation de 650 000 trajets de wagons par an.

«Une bonne offre ferroviaire ne serait plus disponible que là où les volumes de transport sont plus importants, c'est-à-dire dans les zones urbaines»

Selon la porte-parole de CFF Cargo, Luana Quinter, les décisions seront prises au plus tôt dans le courant de l'année 2024. Raison pour laquelle aucune décision ne peut être prise par l'entreprise publique concernant le matériel nécessaire aux transports de marchandises — achat de locomotives inclus. «Nous ne connaissons pas encore la solution qui sera adoptée par la politique pour le transport ferroviaire de marchandises en Suisse», explique-t-elle.

Toutefois, CFF Cargo doit rapidement renouveler sa flotte, sous risque de se retrouver en sous-effectif. Raison en est les wagons «vieux de 45 ans, qui sont en fin de vie», explique la porte-parole. Ce leasing est le résultat d'une «évaluation économique en faveur de la flexibilité pour les changements stratégiques et le raccordement aux standards techniques». Il permet également à l'entreprise publique d'attendre le prochain saut technologique.

Des «coûts légèrement plus élevés»

Si les locomotives étaient achetées, chaque exemplaire coûterait entre trois et cinq millions de francs, soit jusqu'à 175 millions de francs au total. Mais en leasing, les coûts sont «légèrement plus élevés», selon Luana Quinter. Toutefois, ce modèle de financement a déjà été utilisé par CFF Cargo pour acheter douze locomotives de manœuvre de type Alstom Prima.

Il s'agit là d'une location pure et simple, et non d'une opération de «sale and lease back» ou même de «lease and lease back». Un modèle connu notamment dans les années 1990, lorsque les CFF, le BLS ou les transports publics zurichois louaient une partie de leur matériel roulant à des investisseurs américains, puis le sous-louait ensuite. Les entreprises américaines pouvaient ainsi économiser des impôts — et faisaient profiter leurs partenaires suisses de leurs économies. Cette lacune a été comblée à la fin des années 1990, mais les contrats ont parfois continué à courir pendant des années.

Voici comment les voleurs des bornes CFF opèrent
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