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Une entreprise suisse vend des certificats climatiques douteux

Greenwashing: une firme suisse trempe dans un business douteux

Une enquête jette le discrédit sur le commerce des certificats climatiques. La société zurichoise South Pole est également concernée. Elle se défend contre les accusations.
10.02.2023, 06:16
Pascal Michel / ch media
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La forêt de Kariba au Zimbabwe comprend quatre parcs nationaux et constitue l'un des plus grands projets de protection des forêts au monde. Après avoir été massivement défrichée dans ce pays africain, la région a été placée sous protection il y a plus de dix ans. Au lieu de continuer à détruire la forêt vierge, les paysans pratiquent désormais une agriculture écologique et reboisent.

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Ceux qui souhaitent soutenir ce projet peuvent se procurer des certificats du projet Kariba auprès de l'entreprise suisse South Pole. Chaque année, selon South Pole, il permet d'économiser 3,5 millions de tonnes de CO2. L'entreprise de luxe Gucci a par exemple acheté des certificats correspondants, comme l'écrit le Tages-Anzeiger. Elle peut désormais se vanter dans son rapport de durabilité d'avoir ainsi réduit ses propres émissions de gaz à effet de serre en plus de ses propres mesures.

Des économies bien inférieures aux promesses

Mais il y a un problème. Les économies réalisées dans la forêt de Kariba ont été certifiées par l'entreprise américaine Verra. Dans le commerce du CO2, cette entreprise discrète basée à Washington D.C. est une puissance. 75% de toutes les émissions sur le marché de la compensation volontaire — donc non étatique — sont économisées sous sa supervision. Comme le rapportent Die Zeit et le Guardian, l'entreprise a toutefois massivement exagéré les économies que de tels projets permettent de réaliser.

Le lac Kariba au Zimbabwe.
Le lac Kariba au Zimbabwe.Image: Dea / G. Cozzi / De Agostini Éditorial

Il en ressort que 90% des projets certifiés par Verra compensent beaucoup moins de CO2 que promis. Dans le cas de Kariba, il ne s'agissait donc que de 20 millions de tonnes — au lieu des 40 millions de tonnes prétendues depuis le lancement en 2011. C'est à ces conclusions que parvient une équipe de recherche internationale qui a examiné 29 des 87 projets de protection des forêts actuellement certifiés par Verra. Die Zeit conclut: «Un tas de ferraille».

«Nous allons faire une correction»

Renat Heuberger, directeur de South Pole, se défend de ces accusations. «Celui qui protège la forêt ne peut pas savoir à l'avance quelle quantité exacte de CO2 sera économisée». C'est pourquoi il vérifie tous les deux ans combien un projet compense réellement.

«L'erreur commise lors de la certification de Verra a été de ne recalculer qu'au bout de dix ans à quel point le taux de déforestation était en réalité élevé»

Face aux critiques, Verra veut désormais réajuster les projets tous les six ans. South Pole a également tiré les conséquences: Depuis juillet déjà, elle a suspendu la vente des certificats Kariba. Jusqu'à présent, des certificats d'une valeur de 26 millions de tonnes de CO2 ont été vendus. «Cela signifie que nous allons procéder à une correction. Mais les certificats émis conservent leur valeur», explique Heuberger.

Heuberger ne voit pas d'alternative au puissant certificateur américain Verra. «Ce ne sont pas des escrocs. Comme la demande de certificats a explosé ces dernières années, il y a probablement eu une surenchère». L'ingénieur en environnement regrette que la compensation au moyen de certificats soit maintenant présentée sous un mauvais jour. En effet, cette solution pourrait apporter une contribution importante à la protection du climat en permettant aux entreprises de soutenir des projets en plus de leurs propres efforts:

«Nous n'acceptons de toute façon pas les entreprises qui achètent des certificats uniquement pour faire du "greenwashing"»

Girod: «Investir activement dans la nature»

Le conseiller national Vert, Bastien Girod, est l'un des principaux dirigeants de l'entreprise South Pole en Suisse. Il travaille, depuis quatre ans, dans cette entreprise et est devenu entre-temps le «Head of Climate Solutions Europe», c'est-à-dire le responsable européen des solutions climatiques. Le fait que des certificateurs soi-disant douteux soient maintenant discrédités lui fait particulièrement mal.

Bastien Girod, GP-ZH, spricht waehrend der Wintersession der Eidgenoessischen Raete, am Donnerstag, 8. Dezember 2022 im Nationalrat in Bern. (KEYSTONE/Anthony Anex)
Bastien Girod.Image: sda

Car Girod tient beaucoup à l'idée «d'investir dans la nature», donc aussi au moyen de certificats. Lors d'un passage au WEF de cette année à Davos, il a souligné que dans un pays comme la Suisse, on ne pouvait pas du tout vivre aujourd'hui de manière «positive pour le climat». «Même quand on vient en train, on produit des émissions, le train et les rails ont aussi dû être produits». La seule solution pour revenir à une situation positive serait «d'investir activement dans la nature».

«Aucun instrument n'est parfait, il y a toujours des possibilités d'amélioration», déclare Girod à la question. Le fait que les milieux environnementaux critiquent également le «commerce d'indulgence» avec les certificats l'agace. Il demande:

«Quelle est l'alternative? C'est justement dans les pays en développement que, sans de tels projets, il se passera encore moins de choses.»

Swisscom participe à South Pole

En effet, les certificats de CO2 ne permettent pas seulement aux entreprises locales de se donner une image verte. Il y a aussi des affaires à faire. Ainsi, Swisscom s'est récemment lié à South Pole. Elle y est entrée l'année dernière avec une participation minoritaire. L'opérateur de télécommunications expliquait alors vouloir simplifier la protection du climat à l'aide de technologies numériques et proposer une série de services.

«Nous suivons de très près les derniers développements sur le marché de la compensation», explique une porte-parole de Swisscom. Il s'avère que le système ne fonctionne pas encore sans heurts, mais qu'il a néanmoins sa raison d'être dans la lutte contre le changement climatique. «C'est pourquoi nous continuons à considérer les certificats de CO2 comme utiles, tout en veillant très attentivement à leur qualité». Une tâche loin d'être simple sur ce marché complexe. (aargauerzeitung.ch)

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