«Comme tu es la seule maman dans cette rédaction, tu ne voudrais pas nous faire un commentaire à ce sujet?», me lance un collègue. «Alors ça, il n'y aucun souci, j'ai des choses à dire.» Il faut dire que j'attendais cet article depuis quelques jours. Après avoir lancé des appels à témoignages sur les réseaux sociaux, le quotidien 24 heures livre une enquête étayée sur le manque flagrant de places dans les crèches vaudoises. Le titre est on ne peut plus clair: au moins 4000 enfants attendent une place en crèche. Eh bien, vous savez quoi? Il y a encore une année, mon fils en faisait partie. Récit d'un parcours semé d'embûches.
«Bonjour, c'est l'AJEMA pour votre fils, nous avons le plaisir de vous annoncer qu'il y a une place disponible dans une structure d'accueil, est-ce que vous êtes toujours intéressée?» Ce coup de fil du réseau d'accueil sonne comme un gain à la loterie. Le gros lot, c'est quoi? Une place en crèche publique. La réponse devra se faire dans un délai de quelques jours sinon la place ira à un autre enfant. «On écrit le mail ce soir, faut pas rater la place», lançais-je euphorique à mon conjoint.
Après avoir inscrit notre fils (encore en gestation) en 2018, c'est au printemps 2020 que le réseau d'accueil nous contacte pour cette heureuse nouvelle. Deux ans: on n'y croyait plus.
Ces conseils entendus auprès de mères expérimentées, je ne les ai pas pris en compte, entendez par là, je n'ai pas harcelé la personne en charge des placements de ma commune. Mais ce qui frappe aussi lorsque l'on inscrit son enfant pour une solution de garde, c'est le manque de transparence du réseau, comme le relève 24 heures.
En résumé, on ne sait pas comment est constituée la liste d'attente, quels sont les critères précis de placement et surtout, quelles seraient les conséquences si l'on refuse une place.
Bon, ils ont fini par nous rappeler, mais cela a pris quelques mois supplémentaires. Il faut aussi rappeler que selon 24 heures, obtenir une place en crèche peut prendre jusqu'à quatre ans selon la commune. Mais alors, comment a-t-on fait durant ces deux premières années? Ode aux grands-parents et à la débrouille.
Ce matin, j'ai déposé le petit chez ses grands-parents, je ferme la porte du jardin et en voilà un autre couple de personnes âgées, se promenant avec des bambins âgés de 4 à 8 ans. Je continue mon chemin et croise des grands-parents affairés à ranger une poussette dans une voiture. Bon, il faudra du courage à ceux-là, car ils avaient trois mômes à gérer.
Ils sont donc partout. Les papys et mamies qui gardent les enfants en bas âges. Selon l'Office fédéral de la statistique (OFS) quelque 45% des grands-mères et 33% des grands-pères s'occupent de leurs petits-enfants au moins une fois par semaine. Et pour ceux qui l'ont vécu ou qui le vivent actuellement, cette question est incontournable :
Car, oui, les grands-parents sont devenus indispensables dans ce monde où pour certains politiques la garde des enfants reste une affaire privée. «Vous avez choisi de faire des enfants, vous devez vous en occuper, mères indignes!»: cette injonction populiste résonnait quelques fois dans mon esprit lorsque je déposais le petit en crèche. Culpabilité, quand tu nous tiens.
Bon, pour en revenir aux grands-parents, certains en ont assez de garder les petits enfants, sans autres formes de compensations. Ruth Fries, mamie zurichoise expliquait dans les colonnes de la NZZ qu'elle lançait «la Révolution des grands-mères», sorte de manifeste qui demande que les grands-parents soient dédommagés pour la garde de leurs petits enfants.
Ruth Fries souhaite que ce baby-sitting, qui représentait 160 millions d'heures, soit plus de 8 milliards de francs en 2016, soit dédommagé. Ce dédommagement se transformerait en allègements fiscaux, des bons ou une rente plus élevée, suggère la grand-mère militante.
Et pour ceux qui ne peuvent pas faire appel aux grands-parents, parce qu'ils ne souhaitent pas s'occuper de leurs petits enfants ou ceux qui travaillent encore? Ah ben, là, c'est la galère.
Pour le coup, en lisant ce témoignage, je me dis que j'ai eu beaucoup de chance. La première année, mon fils était gardé par ma famille proche (remerciements éternels aux grands-parents ainsi qu'à la cousine qui a conduit 150 kilomètres tous les mardis pour garder un bébé d'une année). Mais que s'est-il passé la seconde année me demanderiez-vous? Eh bien, nous avons trouvé une place en crèche privée, en attendant le fameux coup de fil de l'AJEMA. La crèche privée, c'est sympa, c'est très grand, c'est trilingue (on n'a pas cherché selon ce critère, on vous rassure), mais ça coûte un bras.
Nous avons attendu encore une année dans les limbes de la liste d'attente de notre commune avant qu'une place correspondant à nos critères de recherche se libère, avec à la clef, un soulagement pour toute la famille, mais aussi pour notre porte-monnaie.
J'ai lu attentivement les premiers articles de 24 heures consacrés à l'accueil de jour et je suis navrée pour tous ces parents qui n'ont pas eu la chance de jongler avec des grands-parents bienveillants et disponibles. Aujourd'hui, il ne reste plus qu'une année en crèche pour notre fils et bientôt il rentrera à l'école. Je me dis que les soucis de placement seront enfin derrière nous. C'est alors que mon conjoint me lance: