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Pénurie de neige en Suisse: «Tu skies, toi?»

Sur les hauts de Grindelwald, début 2022.
Sur les hauts de Grindelwald, début 2022.fred valet
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«Tu skies, toi?» La question qui ne se posera bientôt plus

Grâce au réchauffement climatique, ce mythe ancré dans le patrimoine helvétique va fondre comme neige en janvier. Et c'est peut-être une bonne nouvelle.
08.01.2023, 16:2410.01.2023, 18:18
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Dans une famille suisse, la passion du ski alpin s'est longtemps transmise comme une Patek Philipp. Un luxe à cueillir délicatement sur l'arbre généalogique, déguisé en un héritage aussi émotionnel que l'album photo du grand-père.

L'or blanc, à l'instar d'une miette de diamant dans un cadran made in Vallée de Joux, fait partie de ces étranges joyaux nationaux foutrement élitistes, mais profondément populaires. Une anomalie heureuse, un rituel de passage pour jeunes adultes à croix blanche, qu'on n'a jamais eu trop besoin de questionner.

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Si bien qu'en Suisse, on pouvait tout à fait être chauffagiste la semaine et propriétaire accidentel d'un bien immobilier à Villars le week-end. Foi de testament. «C'est mon père qui a acheté ce mayen dans les années huitante» et «C'est la Blancpain de mamie», dégagent cette même fierté molle qu'on aime insuffler autour d'une moitié-moitié.

«Un jour, tout cela sera à toi mon grand»

Le ski n'a jamais été que cette activité qui consiste à dévaler un talus enneigé sur des lattes. Même si c'est plutôt divertissant, avouons-le. On ne godille pas sur ses Rossignol comme on lance une boule de bowling le samedi après-midi. Ce 2 étoiles du cap d'Agde en juillet n'a pas la même saveur que les 4 Vallées pendant les relâches.

Etre le roi de la station, ça se mérite. Au moment d'évoquer un domaine skiable, il faut être plus proche du lexique du sommelier que du cartographe. C'est charnel, intime, poétique et juste ce qu'il faut de pédant. Décrire une piste, une météo, un enneigement, c'est littéralement faire l'amour à la montagne.

On sent bien qu'il faut connaître la Tzoumaz comme son ex.

Il s'agit d'intégrer l'école de ski avec le même sérieux que l'école de recrue. Pas de dépaysement: le moniteur est souvent aussi aviné que le caporal.

La première fois que l'on hisse son aîné sur le télésiège du Grand Chamossaire, il y a ce même honneur qu'en l'initiant au rasage avec sa vieille lame paternelle. «Viens que je t'apprenne à farter, fiston.» Aucun Suisse n'oubliera sa première Ovomaltine dans les bras de maman, les joues froides contre le feu de cheminée et la combi qui sèche sur le chauffage d'appoint.

Mais quand on n'a pas eu la chance d'en faire un art de vivre génétique, le ski n'est plus que cette fantastique collection d'emmerdes hors de prix. Le descendeur du dimanche qui n'est pas en mesure de glisser à son collègue de boulot qu'il «monte au chalet vendredi», n'est qu'un beauf sur un tire-fesses, avec une Swatch au poignet.

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Nous ne sommes plus dans les années soixante. Depuis fort longtemps, pour que toute la famille puisse se taper une piste bleue à Noël, il faut se résoudre à faire tomber le compte-courant et les nerfs dans le rouge. Au programme: réserver un studio pour quatre, louer lattes et bâtons, faire pisser le dernier contre un arbre, roter les bolognaises de midi sur le téléphérique et éviter la blessure stupide en fin de journée.

C'est fâcheux, mais il n'y a plus grand-chose entre le blond de Gad Elmaleh et Jean-Claude Dusse.

Tout ça, c'est fini

Le mythe du Suisse qui vit tout schuss pendant trois mois a fondu comme neige en 2023. Nous sommes au début de l'hiver, il fait 12 degrés sous les bonnets et c'est jour blanc sur nos souvenirs d'enfants. La poudre n'est plus aux pieds, mais aux yeux.

Certes, on branle les canons, on bricole des alternatives histoire de ne pas perdre la face et trop de pognon, mais les stations pleurent à chaudes larmes. Sur les pistes, les ratraks jouent les chercheurs d’or, sauf que l’ambiance est au damage collatéral et à la catastrophe balisée.

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Maintenant que l'altitude nécessaire pour trouver de la neige tutoie le budget pour pouvoir skier, il est peut-être temps de passer à autre chose.

Quand le cirque n'est plus blanc, on n'est soudain plus qu'une poignée de clowns à taper le carton dans un chalet. Alors que la montagne a tant d'autres joies à offrir qu'un embouteillage de SUV au pied des pistes vertes.

Le ski est un sport de riche? Assumons peut-être la définition et figeons cette gloire nationale pesante au niveau du golf ou de la voile. Faisons de la godille un véritable passe-temps de nantis. Troquons les buvettes contre des salons VIP, la tartiflette contre une douzaine d'huîtres et hissons les pass à deux milles balles la journée.

Vidéo: watson

L'ascenseur social aurait fière allure sous la forme d'un télésiège en or massif. C'est finalement dans l'ordre des choses d'isoler l'élite au sommet. Même que le Cervin ressemble comme deux gouttes d'eau à la pyramide de Maslow.

Et puis, ce serait l'occasion d'arrêter, une fois pour toutes, de faire croire à un pays (majoritairement peuplé de non-skieurs) qu'être patriotique se résume à se saigner pour une petite semaine à Zermatt. Niveau swiss made, on se contentera de la Patek de papa.

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Video: watson
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