A 80km/h sur l'autoroute: ce document qui circule à Berne est radical
La Suisse risque de manquer de carburant. L’approvisionnement en produits pétroliers est «très tendu», écrit l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE), chargé de veiller à ce que la Suisse ne connaisse pas de pénurie de biens essentiels. Depuis plusieurs semaines, l’office a relevé son niveau d’alerte.
Selon nos informations, l’office fédéral prépare des mesures radicales, qui risquent de faire polémique: il a soumis aux autres services un projet prévoyant de limiter la vitesse maximale sur les autoroutes suisses à 80 km/h. Dans une procédure de consultation interne, il est demandé aux autres offices fédéraux de prendre position. Sur son site, l’OFAE écrit à ce sujet:
Celles-ci comprennent notamment des appels aux économies. La Confédération entend ainsi inciter la population à utiliser avec précaution les ressources disponibles en quantité limitée. «Des appels au covoiturage, à privilégier les transports publics et à réduire les déplacements de loisirs permettent, par exemple, de diminuer la consommation de carburant», précise le site internet. Et le point qui nous intéresse:
L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays semble désormais passer à l’action. «Afin que cette mesure soit elle aussi prête à être mise en œuvre, une consultation interne à l’administration a été menée cet automne», explique un porte-parole en réponse à une demande de renseignements.
En cas de grave pénurie, une réduction de la vitesse «viendrait compléter les prélèvements déjà en cours dans les réserves obligatoires et renforcer leurs effets grâce à des économies supplémentaires», précise l’office. Celui-ci ne donne toutefois aucune indication sur les quantités de carburant qui pourraient être économisées en roulant à 80 km/h ni sur les conditions dans lesquelles la mesure entrerait en vigueur. De manière générale, les détails des consultations internes à l’administration ne sont communiqués qu’une fois le processus de concertation achevé.
Aussi pour le diesel
La situation se dégrade depuis plusieurs semaines. Récemment, la Confédération a décidé de puiser dans les réserves obligatoires de kérosène. Vendredi, le délégué à l’approvisionnement économique du pays a également autorisé le recours aux réserves d’urgence de diesel.
Jusqu’au 22 novembre, il sera possible de prélever 45 millions de litres, soit un peu moins de 4% des réserves obligatoires de diesel actuellement disponibles. Cette mesure s’impose après que des retards dans les livraisons par pipeline, dus aux fortes pluies dans le sud de la France, ont provoqué à court terme une pénurie de diesel.
La pénurie actuelle de produits pétroliers s’explique par plusieurs facteurs. La situation instable dans le golfe Persique en fait notamment partie. Cette importante voie d’approvisionnement, qui passe par le détroit d’Ormuz, ne fonctionne que de manière limitée. En outre, la ligne ferroviaire de la vallée du Rhin a été fermée à plusieurs reprises ces derniers temps, compliquant les livraisons vers la Suisse.
Enfin, en raison de la sécheresse persistante, le Rhin affiche toujours un niveau d’eau très bas, ce qui paralyse presque entièrement le trafic fluvial. La question de la sécheresse devrait à nouveau être abordée par le Conseil fédéral dès mercredi prochain. Aucune nouvelle mesure n’est toutefois attendue pour le moment.
Un rappel de la crise pétrolière de 1973
L’idée de réduire la vitesse n’est pas nouvelle. Il faut toutefois remonter plus de cinquante ans dans les livres d’histoire pour trouver un précédent. En octobre 1973, les pays arabes décident de réduire drastiquement leurs exportations de pétrole vers les pays occidentaux. Cette décision fait suite à la guerre du Kippour, qui opposait alors la Syrie, l’Egypte et Israël au sujet du plateau du Golan et de la péninsule du Sinaï. L’objectif de cet embargo était de contraindre les pays occidentaux à mettre fin à leur soutien militaire à Israël.
Cette décision a eu des répercussions considérables sur le prix du pétrole. Le Conseil fédéral a réagi en imposant des dimanches sans voitures et en abaissant la vitesse maximale sur les autoroutes à 100 km/h. A l’époque, la Suisse n’a toutefois jamais connu de véritable pénurie d’essence. La crainte d’un manque d’énergie a néanmoins perduré pendant de nombreuses années. Elle a finalement contribué à l’inscription de la politique énergétique dans la Constitution suisse dans les années 1990.
Depuis, les réductions de vitesse et les dimanches sans voitures figurent régulièrement parmi les revendications politiques. Plus récemment, les Verts ont réclamé une limitation à 80 km/h sur les autoroutes suisses en réaction au déclenchement de la guerre contre l’Iran. Ils pourraient désormais se faire devancer sur ce terrain par nul autre que Guy Parmelin, conseiller fédéral UDC chargé de l'Economie.
(Traduit par tib et acu)
