Suisse
Conseil fédéral

Voici les enjeux dont devra se saisir le successeur de Parmelin

Les enjeux autour du successeur de Parmelin
Guy Parmelin quitte le Conseil fédéral en période d'incertitudes.

Voici ce qui fera la différence pour obtenir le siège de Parmelin

Guerre en Iran et en Ukraine, chaos chez les voisins, sécheresse, Donald Trump et pénuries d’énergie: le nouveau membre du Conseil fédéral aura fort à faire. Quelles qualités devra-t-il posséder? Nous avons posé la question aux autres partis.
24.10.2026, 12:0324.10.2026, 14:38
Stefan Bühler

Guy Parmelin part au mauvais moment. Le président de la Confédération et ministre de l’Economie quitte le gouvernement en pleine crise. Il laisse un vide au sein du collège gouvernemental qu'aucun des successeurs pressentis ne serait en mesure de combler. C’est en tout cas ce que l’on entend actuellement dans les couloirs du Palais fédéral.

Il y a une part de vérité dans ce constat. Le chef de la diplomatie Ignazio Cassis évoquait récemment un «anneau de feu», soit un cercle de crises situées en Europe, en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Ukraine, qui se rapproche de la Suisse. Des troubles violents ont éclaté en Albanie, en Italie, en Espagne et, plus récemment, en France, où plusieurs journées de chaos ont secoué le pays. La dette française menace désormais la stabilité de la zone euro. En Allemagne, la faiblesse du gouvernement est devenue la norme.

De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump a quant à lui fait de la Suisse l’un de ses boucs émissaires. Selon lui, la prospérité du pays repose sur le fait de profiter indûment des Etats-Unis, que ce soit grâce aux exportations de montres, à une politique des taux d’intérêt prétendument déloyale ou à d’autres griefs qui lui passent par la tête. Chaque mois, parfois chaque semaine, il lance une nouvelle diatribe contre notre pays. Le conflit douanier peut reprendre à tout moment.

Quelles qualités pour le successeur de Parmelin?

Dans ces conditions, on peut effectivement parler d’un mauvais moment pour laisser un siège vacant au Conseil fédéral. Mais la situation ne sera pas différente dans six mois ou dans un an: rien ne laisse entrevoir la fin des crises multiples. Que Parmelin se retire maintenant ou seulement après les élections de 2027 ne change donc pas grand-chose.

La question n’en devient que plus importante: quelles qualités et quelles compétences le nouveau conseiller fédéral UDC ou la nouvelle conseillère fédérale UDC devra-t-il ou devra-t-elle posséder? Nous avons demandé aux partis de formuler leurs exigences à l’égard des candidats de l’UDC. Un constat s’impose d’emblée: les attentes des présidents des groupes parlementaires concordent de manière frappante.

Dans la première phase de sélection des candidats, le débat a porté sur les questions qui reviennent à chaque vacance au Conseil fédéral: la représentation des femmes au gouvernement, celle des régions linguistiques et celle des différentes générations. Avec seulement deux sièges, occupés par Karin Keller-Sutter et Elisabeth Baume-Schneider, les femmes restent sous-représentées. Un rajeunissement du collège serait également bienvenu, alors que son plus jeune membre, Albert Rösti, a déjà 59 ans.

Enfin, l’UDC romande réclame avec insistance que le siège de Parmelin reste en Romandie. Ces facteurs favorisent la candidature de la conseillère nationale genevoise Céline Amaudruz, âgée de 47 ans. Elle a d’ailleurs été la première à manifester son intérêt.

Son calcul n’est certainement pas mauvais: sur le fond, Céline Amaudruz peut s’attendre à recevoir des soutiens. Greta Gysin, présidente du groupe parlementaire des Verts, a déclaré que le Conseil fédéral devrait «refléter au mieux la diversité de notre pays en matière de genre, de générations, de régions linguistiques et de réalités de vie différentes». Yvonne Bürgin, du Centre, et Corina Gredig, des Vert’libéraux, tiennent des propos similaires. Damien Cottier souligne lui aussi que le groupe parlementaire PLR attend «que l’UDC tienne compte de personnalités issues de la Suisse latine lorsqu’elle composera son ticket».

La question des langues nationales

Il serait toutefois erroné d’en conclure que ces partis soutiennent désormais unanimement Amaudruz. D’autant qu’un deuxième candidat romand est entré dans la course entre-temps: Pierre Alain Schnegg, membre du gouvernement du Jura bernois, bien qu’il soit déjà âgé de 63 ans. Et que le Tessinois Marco Chiesa a également annoncé sa candidature.

Mais le siège de Parmelin n’est pas garanti à la Suisse dite latine par des règles explicites. Une exigence fait néanmoins consensus: le nouveau membre du Conseil fédéral doit pouvoir communiquer avec la population dans une deuxième langue nationale, comme le demandent plusieurs chefs de groupe parlementaire. Les Verts se montrent toutefois indulgents sur ce point:

«On ne demande à personne de maîtriser parfaitement toutes les langues nationales dès le premier jour, mais la volonté de les apprendre et de les utiliser activement fait, à mes yeux, partie de la fonction»
Greta Gysin, conseillère nationale (Verts/TI)

La maîtrise des langues nationales ne suffira cependant pas. Quel que soit le département dont héritera le nouveau membre du gouvernement, il devra s’exprimer en anglais sur la scène internationale. Le PLR y accorde de l’importance. «Traditionnellement, notre groupe parlementaire examine aussi les compétences linguistiques dans les langues nationales et en anglais», écrit Damien Cottier.

L'importance de la collégialité

Compte tenu de la situation géopolitique et des crises multiples, d’autres questions prennent désormais le pas sur les quotas liés aux régions, au genre ou à l’âge: à quelle vitesse la nouvelle conseillère fédérale ou le nouveau conseiller fédéral pourra-t-il prendre ses marques? Les candidats sont-ils capables de résister à la pression? Comment s’intégreront-ils au collège gouvernemental?

Les exigences formulées par les présidences des groupes parlementaires sont aussi ambitieuses que vagues. Les notions de «force de leadership, d’intégrité et de sens des responsabilités» reviennent à plusieurs reprises. Le chef du groupe PLR, Damien Cottier, attend des candidats «des compétences, de la clairvoyance, du courage et un esprit collégial», ainsi qu’une «expérience politique».

Yvonne Bürgin avance une piste. Le groupe du Centre veut savoir «si les candidats au Conseil fédéral sont prêts à soutenir et à défendre une décision du Conseil fédéral, même lorsqu’elle ne correspond pas à la ligne de leur propre parti». Samuel Bendahan, du PS, considère également que le respect de la concordance, de la collégialité et des institutions politiques est «absolument essentiel». Il faut dire que Guy Parmelin a incarné de manière exemplaire le principe de collégialité. Il représente parfaitement l’UDC, mais sait aussi reconnaître quand la raison d’Etat doit primer et, en cas de doute, c’est toujours le cas.

Les déclarations d'Yvonne Bürgin et de Samuel Bendahan contiennent un sous-entendu: les bons petits soldats de l'UDC qui n’ont jamais montré de capacité à élaborer des solutions au-delà des clivages partisans et à imposer des compromis malgré les résistances au sein de leur propre camp, auront du mal à convaincre l’Assemblée fédérale. Cela joue contre le chef du groupe parlementaire UDC, Thomas Aeschi, ou contre Michael Graber, le spécialiste valaisan des campagnes de votation. En revanche, les membres expérimentés des gouvernements cantonaux, comme Jean-Pierre Gallati (AG) ou Pierre Alain Schnegg (BE), partent avec un avantage.

Les gros dossiers

Les élus cantonaux devront aussi répondre à une question: sont-ils suffisamment au fait des dossiers de politique fédérale? Parmi les sujets essentiels figurent notamment «les relations avec l’Europe, la politique climatique et énergétique ainsi que la politique économique et commerciale dans un environnement géopolitique de plus en plus exigeant», souligne Corina Gredig, présidente du groupe parlementaire des Vert’libéraux. Yvonne Bürgin cite «le financement de l’armée, l’immigration, la pérennité de nos assurances sociales et la stabilité financière de la Confédération» parmi les dossiers importants. Pour Greta Gysin, «la crise climatique et l’égalité» figurent clairement en tête de liste.

Le PLR et le PS ne se prononcent pas sur ces priorités. Le PLR se concentre sur les compétences et les capacités de direction des prétendants au Conseil fédéral. Le PS entend quant à lui prendre position sur le fond une fois les candidatures connues et dans le cadre des auditions.

Parmelin a eu besoin de temps, mais il n’y en a plus

Après un lancement poussif de la campagne pour le Conseil fédéral et les rebondissements des dernières 24 heures avant la clôture des inscriptions, six candidats et une candidate sont désormais en lice. Thomas Aeschi reste en embuscade. Tous estiment être capables de combler le vide que laissera Guy Parmelin.

Guy Parmelin a placé la barre haut. Il incarne la conscience institutionnelle de l’UDC, garantit la collégialité et évolue avec aisance sur la scène internationale. Il s’apprête en outre à prendre sa retraite politique alors qu’il est actuellement le conseiller fédéral le plus populaire. Les candidats peuvent toutefois y trouver un motif d’encouragement: Parmelin aussi avait commencé comme un outsider dont on se moquait. Ses débuts à la tête du Département de la défense ont été laborieux. Il a fait échouer l’achat de systèmes de défense antiaérienne qui font toujours défaut aujourd’hui. Son anglais était alors plus qu'hésitant et ses apparitions sur la scène internationale étaient considérées comme risquées. Ce n’est que progressivement que Parmelin a pris la mesure de sa fonction.

Mais nous étions alors en 2015. La Suisse traversait une période relativement paisible, dans un monde qui l’était tout autant. Aujourd’hui, la personne qui sera élue au Conseil fédéral n’aura plus autant de temps pour faire ses armes.

(Traduction par tib et Alexandre Cudré)

Parmelin dans tous ses états!
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Parmelin dans tous ses états!

Guy Parmelin porte une casquette portant l'inscription Switzerland great since 1291, le mercredi 29 juillet 2026 à Neudorf.

source: keystone / peter schneider
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Guy Parmelin pouvait «English understand»
Video: watson
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