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Vendredi à midi, les cloches de Suisse sonneront pour en hommage aux victimes du Covid.
Vendredi à midi, les cloches de Suisse sonneront pour en hommage aux victimes du Covid.Image: Keystone/Shutterstock

Pourquoi commémore-t-on une pandémie qui n'est pas terminée?

C'est le président Guy Parmelin qui l'a voulu pour marquer le 1er anniversaire de la crise du coronavirus en Suisse. Une minute de recueillement suivie d'un concert de cloches dans tout le pays. C'était aujourd'hui, vendredi, à 11h59.
03.03.2021, 11:1305.03.2021, 14:28

Aujourd'hui 5 mars, à 11h59, la Suisse se tait durant une minute pour offrir un hommage national au premier décès provoqué par le coronavirus il y a un an dans notre pays. Guy Parmelin l'a décidé et il en parlait d'ailleurs il y a quelques jours sur le plateau du «19:30» de la RTS:

Evidemment, des questions se posent: pourquoi sonne-t-on les cloches? Comment la Suisse manie la symbolique de la commémoration? Pourquoi se recueille-t-on alors que la pandémie, qui a fait plus de 9200 morts dans le pays, n'est pas terminée? Philippe Bender, historien valaisan à la fibre radicale, nous offre quelques éléments de réponse.

Quel sens symbolique donner à cette commémoration?
Philippe Bender:
Il s’agit de célébrer la communauté des morts et des vivants, et aussi de montrer que les autorités sont en charge du pays, surtout dans une démocratie directe. Cette initiative revêt une forme modeste. On peut penser qu’elle correspond aux attentes d’une population en proie à la douleur et aux incertitudes.

Quel profit le Conseil fédéral peut-il en retirer? N'y a-t-il pas là une forme de manipulation de la population?
Je ne crois pas que le Conseil fédéral recherche à récolter des louanges. C’est plutôt son devoir d’Etat que de dire «aux chers et fidèles Confédérés» selon la formule consacrée, qu’il est là, avec toutes les autorités, à tous les niveaux, pour veiller à la patrie, comme il est écrit dans le Palais fédéral: «Salus publica, suprema lex esto!»: «Que le salut de la république soit la loi suprême!»

Guy Parmelin, un côté «père la nation».
Guy Parmelin, un côté «père la nation».Image: ats

A quelle occasion fait-on sonner les cloches dans le monde? Est-ce une manière de rappeler les racines chrétiennes de la Suisse?
Les cloches sonnent dans les grands moments, personnels et publics, de joie et de peine. Elles sonnent pour les enterrements en terre chrétienne, mais aussi pour des catastrophes, ou des temps d’allégresse, par exemple lors de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il n’y a là rien d’artificiel, car la Suisse est marquée par la civilisation chrétienne, mais par une civilisation qui se veut ouverte, tolérante, et qui refuse le dogme totalitaire.

Nous, Suisses, commémorons bien peu d'événements. Pourquoi?
Les Suisses sont des gens discrets, remplis de pudeur devant leur passé, leur histoire. Ils forment un Etat fédéral, et leur mémoire reste souvent «petite», cantonale, régionale. Pas trop de monuments, ni de plaques ou de rues portant le nom de «Grands Hommes». Certes, il y a quelques exceptions, à Genève, à Zurich, à Bâle, à Berne, etc. Nous ne sommes pas une république unitaire en perpétuelle construction mémorielle ou historique, avec à la clé des querelles, des violences verbales, etc.

«Nous Suisses, préférons le présent et le futur à un passé qui nous a fortement divisés»

Le pragmatique plutôt que le grandiloquent…
Il y a sans doute ce vieux fond culturel protestant, qui a déteint sur les catholiques, et sur tous à la fin. Nous pensons, par fausse modestie peut-être, ne rien pouvoir ou devoir enseigner au monde. Notre histoire ne se veut pas universelle, porteuse de mille exemples! A la française, à l’anglaise, et demain à la chinoise. C’est celle d’un petit peuple heureux, qui trait sa vache, et voit au loin passer le monde: ce mythe est resté puissant dans nos esprits.

N'est-ce quand même pas curieux de commémorer un événement dramatique alors que le drame est toujours en cours? D'habitude, on commémore quelque chose qui s'inscrit dans le passé, non?
Il est vrai que normalement, on commémore un événement qui a déjà eu lieu, que ce soit une victoire ou une défaite. La démarche que nous propose d'accomplir le président de la Confédération et avec lui le Conseil fédéral, c'est moins une commémoration au sens historique strict du terme, que de marquer le coup face à une pandémie non encore terminée, qui fait des dégâts sur les corps mais aussi dans les esprits.

A quoi pourrait-on alors comparer cette initiative?
Cette invitation à observer une pause me fait penser au Jeûne fédéral, à un moment de recueillement où nous prenons conscience que nous sommes peu de chose sur cette terre. Mais où nous prenons conscience aussi que nous sommes forts et capables de surmonter l'épreuve. Cette commémoration, appelons-la ainsi, est destinée à réunir le troupeau. L'autorité qui s'exprime par la bouche de Guy Parmelin a un aspect patriarcal.

Diriez-vous en fin de compte que cette commémoration voulue par le président de la Confédération est plutôt une bonne chose?
Je la trouve louable. Chaque petite patrie, chaque canton, qui composent la Suisse, fruit tardif d’un XIXe siècle tourmenté, a ses repères historiques, ses «héros», mais il ne viendrait à l’idée de personne de soutenir qu’ils valent pour l’ensemble du pays, ou alors, c’est rare: un Dufour, général et fondateur du CICR, un Escher, bâtisseur du Gothard, un Pestalozzi, un père Girard, des pionniers de la pédagogie...

Une minute de silence. Pourquoi pas deux?
Nous avons trouvé la réponse dans une chronique du journaliste (et humoriste) David Castello-Lopes diffusée sur Europe 1 en septembre dernier. Cette tradition est née en 1910 au Portugal, qui proclame cette année-là la République. En 1912 meurt un diplomate brésilien qui avait ardemment soutenu la jeune République portugaise. Le Sénat portugais décrète non pas une mais dix minutes de silence! En France, le premier moment de silence a eu lieu le 11 novembre 1922 pour la commémoration de l'armistice de 1918. Il a duré seulement une minute, qui deviendra la durée standard de ce type d’hommage. Retrouver ici la chronique en entier.

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