60 000 escrocs ukrainiens font des ravages en Suisse et en Europe
Des milliers de victimes dans une trentaine de pays, des centres d'appels liés au crime organisé et des soupçons de corruption jusqu'au sommet de la justice ukrainienne: l'Ukraine est devenue l'un des principaux centres des arnaques téléphoniques et en ligne en Europe. Et des victimes sont aussi recensées en Suisse, relate la RTS.
Jusqu'à 60 000 personnes travailleraient dans ce secteur, selon la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (Gi-Toc), une ONG basée à Genève. Pour montrer l'ampleur de ce business, l'ONG indique que ces 60 000 escrocs représentent l'équivalent «des deux tiers des personnes employées dans le secteur bancaire légal ukrainien».
Des escrocs qui arnaquent aussi des Suisses
Dans le seul canton de Saint-Gall, au moins six plaintes pour escroquerie téléphonique ont été déposées en août. Début septembre, un homme de 93 ans a alerté la police, permettant l'arrestation d'un Ukrainien de 38 ans venu récupérer l'argent que les escrocs tentaient de lui soutirer. Mais le phénomène n'est pas nouveau. Une enquête ouverte en 2019 par la police bernoise avait débouché trois ans plus tard sur une vaste opération contre des centres d'appels frauduleux, avec des dizaines d'arrestations en Ukraine et ailleurs en Europe.
Selon le Gi-Toc, ces centres d'appels, apparus en Ukraine depuis la Géorgie dans les années 2010, se sont multipliés après le début de l'invasion russe. Leur développement aurait notamment été favorisé par les perspectives économiques limitées de nombreux jeunes et par la corruption.
La guerre a également fourni de nouveaux scénarios aux escrocs et compliqué la coopération policière internationale. Au début de l'invasion russe, ces centres auraient parfois été perçus en Ukraine comme une activité quasi patriotique, avec l'idée qu'ils ciblaient avant tout des Russes. Fedir Sydoruk, coordinateur du Gi-Toc en Ukraine, nuance:
Un scandale au sommet de la justice ukrainienne
L'affaire a désormais pris une dimension politique en Ukraine. Le Bureau national anticorruption (Nabu) accuse le parquet général d'avoir reçu des pots-de-vin afin de protéger un réseau de centres d'appels frauduleux. Le procureur général Ruslan Kravchenko a été contraint à la démission le 7 septembre.
Fedir Sydoruk relativise et estime que les investigations pourraient révéler un système beaucoup plus vaste. «Presque tous les services de police et les instances judiciaires ukrainiennes sont impliqués dans ce réseau de centres d'appels. J'aimerais croire que ce scandale va changer les choses, mais je ne suis pas optimiste», affirme-t-il. Le secteur de l'arnaque serait devenu «l’une des activités criminelles les plus lucratives en Ukraine, générant environ 1 milliard de dollars américains par mois», écrit la RTS. (hun)
