Voici ce qui s'est passé quand Coop a fait comme Migros
Ce que Migros envisage aujourd'hui, son concurrent Coop l'a déjà fait il y a 25 ans. Si le distributeur n'a pas réussi sa grande restructuration du premier coup, la fusion de ses coopératives régionales en une seule entité lui a finalement permis de réduire ses coûts et de gagner en efficacité.
«Le principal objectif de Coopforte est d'améliorer la rentabilité», déclarait à l'époque Hansueli Loosli, alors patron de Coop. L'autonomie des régions compliquait la mise en œuvre de stratégies communes.
Avec cette réforme, Coop a également réparti ses activités entre six régions en 2001, comme Migros prévoit aujourd'hui de le faire sur le plan opérationnel. Le distributeur bâlois a parallèlement centralisé sa direction.
Des centaines de millions de francs d'économies
Dès le lancement du projet, Hansueli Loosli promettait plusieurs centaines de millions de francs d'économies. La réforme devait porter ses fruits deux ans seulement après sa mise en œuvre, soit dès 2003.
Coop a effectivement simplifié sa structure dirigeante et centralisé ses achats, sa logistique et son informatique. Son conseil d'administration, qui comptait 23 membres en 2001, n'en avait plus que neuf en 2005.
Cette nouvelle organisation a également facilité son expansion. Coop a notamment racheté les enseignes EPA et Waro, puis des magasins Carrefour.
Le distributeur a aussi mis à profit ses gains d'efficacité pour réduire ses prix. Rien qu'en 2005, Coop a abaissé ses prix pour un montant total de 280 millions de francs. Les économies réellement générées par la fusion n'ont toutefois jamais été chiffrées précisément.
Suppressions de postes et tensions avec les fournisseurs
La restructuration a également eu des conséquences pour le personnel. Sur les 45 000 employés que comptait alors Coop, quelque 4500 ont été concernés par des changements. Certains ont dû s'adapter à de nouveaux supérieurs hiérarchiques, d'autres à de nouvelles tâches ou à un changement de lieu de travail. «Personne ne perdra son emploi d'ici à la fin de l'année 2001 en raison de la fusion donnant naissance à la coopérative Coop», promettait pourtant Hansueli Loosli en 1999.
Par la suite, Coop a annoncé la suppression de 150 à 215 postes dans le seul secteur de la logistique. Le distributeur a notamment réduit le nombre de ses centres de distribution et davantage centralisé l'acheminement des marchandises. En Suisse romande, un nouveau centre logistique ouvert à Aclens en 2006 a remplacé plusieurs sites existants. Coop espérait ainsi économiser chaque année plus de 60 millions de francs sur les coûts liés à ses processus opérationnels. Aujourd'hui, le groupe compte, selon ses propres chiffres, six centres de distribution régionaux et douze centres nationaux.
Mais la fusion a aussi provoqué des tensions avec les fournisseurs. Coop leur imposait en effet un «bonus Coopforte» de 0,5% sur leurs factures. Le distributeur entendait ainsi se faire rémunérer pour les avantages que sa nouvelle organisation était censée leur apporter.
Cette déduction forfaitaire a toutefois suscité une levée de boucliers et attiré l'attention de la Commission de la concurrence (Comco). Fin 2001, celle-ci a ouvert une enquête pour soupçon d'abus de position dominante. La procédure s'est achevée en novembre 2004 par un règlement à l'amiable. Coop a dû vérifier auprès des fournisseurs concernés si ce bonus était justifié et, dans certains cas, rembourser les sommes prélevées. (adapt jah)
